Réflexion - Liberté d'expression / Censure/Autorégulation - 4 liens : 2 articles de 2020, trouvés sur le site ''Cairn'' : l'un de Catherine Brun, l'autre de Philippe Roussin ''Liberté d'expression et nouvelles théories de la censure''; lien 3 ; site dreuz.info ''Deluck - Le dessin du jour''; lien 4 Blog de Claire ''Sur la tolérance intolérante de Voltaire''

Publié le par Claire Antoine

                                                                                     LIENS à lire 

Brun, Catherine, et Philippe Roussin. « Présentation », Communications, vol. 106, no. 1, 2020, pp. 13-16.

Roussin, Philippe. « Liberté d’expression et nouvelles théories de la censure », Communications, vol. 106, no. 1, 2020, pp. 17-32.

Réflexion - Liberté d'expression / Censure/Autorégulation - 4 liens : 2  articles de 2020, trouvés sur le site ''Cairn'' :  l'un de Catherine Brun, l'autre de Philippe Roussin ''Liberté d'expression et nouvelles théories de la censure''; lien 3 ; site dreuz.info ''Deluck - Le dessin du jour''; lien 4 Blog de Claire ''Sur la tolérance intolérante de Voltaire''
  • Ce que j'ai voulu/pu retenir de la lecture de ces articles très intéressants avec  prise de notes/citations/éclaircissements/ajouts/effacements... 

  • « Censure ! Mais où ça ? Tu abuses...  » 

  • Qu'est ce que la censure ? Qui censure ? 

  • Les intellectuels occidentaux, principalement les historiens baignés de libéralisme, nous entrainent, depuis "les Lumières", dans un récit "émancipatoire" qui oppose  la démocratie (émancipatrice) et sa "liberté d'expression", la "free speech", aux tentatives totalitaires (obscurantistes et oppressives) des autorités religieuses et politiques qui manient la censure (politique) entravant ainsi la libre circulation des idées et des écrits autant sur la place publique que dans les productions imprimées. 

  • "En France, la littérature aura, avec la presse, constitué un personnage central dans ce récit d’émancipation, le domaine de l’art et de la littérature étant alors perçu comme un révélateur du degré de liberté de la société et de l’époque, et l’auteur identifié comme un représentant et un symbole de l’individu luttant pour la liberté d’expression." Le combat contre la censure se confond avec la conquête de l’autonomie littéraire et instaure la confusion entre liberté de parole et liberté littéraire et artistique. 

  •                                         Mais ce "consensus libéral" (cf. Coetzee) est arrivé à son terme.

  • La foi dans les vertus et les bénéfices sociaux de la liberté d’expression a été maintes fois remise en cause, questionnée. Ses limites apparaissent. Prenons l'exemple de la critique féministe (progressiste) qui attaque la position libérale dès lors qu'elle accepte ( et donc refuse de censurer) la pornographie au nom de la liberté d'expression. En effet, le libéralisme (culturel) prône la liberté des mœurs, et refuse la coercition collective qui pourrait mettre en place une certaine vision d'un idéal culturel ou moral. Ou encore concernant l'avortement : le libéralisme culturel sera contre l'interdiction de l'avortement, mais aussi contre son remboursement par la collectivité, qui exigerait la levée de nouveaux impôts. 

                                                  La censure prend d'autres voies : Le sens du mot s’élargit.

  • Au départ donc, la censure émanait des détenteurs de l'autorité, les églises ou l'Etat : les interdictions étant, selon le droit, toujours prononcées par eux. Désormais, leur pouvoir s'est affaibli et ce ne sont plus les seuls ni même les premiers acteurs de la censure. 

  • - Au début des années 1970, Roland Barthes redéfinit « la vraie censure » qui selon lui « ne consiste pas à interdire » mais « à étouffer, à engluer dans les stéréotypes » : « la censure sociale n’est pas là où on empêche, mais là où l’on contraint de parler » : Les abus de langage et la privation de sens se substituant à la privation de parole selon un processus social continu de filtrage des opinions admises conduisant à un conformisme idéologique et artistique

  • - Bourdieu, lui, pointe plutôt une « censure structurale » (« parmi les plus efficaces et les mieux cachées ») qui la relie non seulement à la loi mais aux normes de discours qui excluent certains groupes (non-bourgeois).

                  La mondialisation devient le nouveau cadre des rapports entre censure et liberté d’expression,

  • La notion évolue encore quand parallèlement l’attention des censeurs, se déplace des "médias papier" en perte de vitesse vers les médias visuels et à l’Internet,  ( Facebook, Twitter, Instagram ...) plus populaires, avec leurs millions d'abonnés internationaux.  Les grands groupes de mass media de dimension internationale ont, sans doute, en matière de censure plus de pouvoir que la plupart des États. 

    Ce qui fait qu’on peut dire qu’à « la censure juridique aurait ainsi succédé celle de la surveillance, à l’origine d’une autocensure grandissante. 

    La cartographie de la liberté d’expression du xxe siècle s’est brouillée : l’emploi récurrent du terme « censure » est considéré par certain·e·s comme abusif. On pourrait parler de « Post-censure(s) » pour désigner toutes  les opérations civiles, médiatiques, numériques, multinationales de recouvrement ou de contrôle/suppression de gestes créatifs, d’énoncés (fussent-ils haineux), d’informations ou d’images jugés perturbateurs et de ce fait « offensants ». 

  • Dans un cadre libéral où l’émancipation est en quelque sorte arrivée à son terme, ni l’Etat ni la religion (les deux « autorités » autrefois officiellement « censureuses ») ne sont plus concernés par la censure « morale ». L’État affiche sa neutralité en matière de mœurs et, en France du moins, le délit de blasphème n’existe pas. Mais c'est « la « société civile » qui surgit comme source critique et normative potentielle : la censure est privatisée.

  • En témoigne l’émergence des sensitivity readers, ces lect·eur·rice·s en sensibilité mandatés par les auteurs ou les éditeurs pour traquer, dans les ouvrages à paraître, des propos potentiellement sexistes, homophobes ou racistes offensants et préserver les auteurs, en particulier du "shit storm" ( "orage de merde") des réseaux sociaux.

  • "On peut se poser la question de l'avenir de la littérature,  du cinéma, du théâtre, de la musique, des arts plastiques. Censurés par les instances qui président au destin des œuvres ? autocensurés ? souverains parce que affranchis des lois de la moyenne et du droit ? Quelles sont les relations entre post-censure et création, autocensure et création ? Y a-t-il une portée esthétique de la post-censure ?

  • Et si l’on observe les modes de diffusion et de circulation de l’information, de quelle nature sont les objets de la post-censure ? La post-censure se confond-elle avec l’autocensure entendue comme nouveau visage de la censure à l’ère du néolibéralisme ?

  •                    Pour euphémiser tout ça, si on parlait d'autorégulation et de feedback ? 

  • Ne serait-il pas alors plus juste de parler d’autorégulation,  ( tout organisme vivant s'autorégule) signe que la culture de l’ère mondialisée entre dans la logique de l’industrie du divertissement cinématographique qui a depuis longtemps internalisé la critique sous la forme de dispositifs d’autorégulation reposant sur un « agrégat de processus par lesquels les variables psychologiques, à la fois du répertoire des individus de leur répertoire biologique et de leur environnement immédiat, sont interreliées en vue d’orienter ou de soutenir le comportement dirigé vers un but de l’organisme de chacun d'entre eux » ?

  •                                                              Les problèmes sont loin d'être résolus

  • Toutes les sociétés, même les sociétés démocratiques, connaissent des phénomènes de post-censure, il devient nécessaire de conjoindre l’analyse du régime politique de ces phénomènes et celle de la globalisation de l’expression culturelle. À suivre...

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