Vocabulaire - ''La panique morale'' 4 liens : 1) universalis.fr ''développement et limites du concept'' par Cédric Passard; 2) telos-eu.com article de Guy Groux et Richard Robert ''...concept à la dérive'': 3) pedagogie.ac-amiens.fr, pour le compte rendu d'Arnaud Desjardin sur l'essai de Ruwen Ogien ''la panique morale'';4) shs.cairn.info, Pierre De Visscher : ''Craintes, peurs, insécurités''
Exergue
''Si l’avenir d'un groupe [humain] et [le sentiment d']immortalité qu’il procure sont menacés, les individus ressentiront de la peur collective autant qu’ils ressentiront la peur individuelle face à leur propre mort … Deux types de menaces sous-jacentes à la peur collective … : une menace qui vise le caractère distinctif du groupe et une menace qui vise l’existence même du groupe (…)
La menace de perdre sa spécificité provient souvent d’un exo-groupe dominant perçu comme capable, par son statut, son pouvoir, sa taille, d’imposer ses valeurs, sa langue et son modèle économique, politique et social.'' Pierre De Visscher.
Quelques notes prises dans les textes en lien autour de l'expression ''panique morale'', empruntée à McLuhan, par le sociologue britannique Stanley Cohen qui la conceptualise en 1972, en en faisant une théorie/un concept social/e.
En 2004, en France, le philosophe Ruwen Ogien publie chez Grasset un essai intitulé '' La Panique morale'' dans lequel il entend ''débusquer toute la part d’incohérence et de fabrication d’une kyrielle de crispations propres à faire frémir la foule silencieuse''.
La notion de ''panique morale'', développée depuis les années 1970, est très ambiguë puisqu'elle disqualifie d'emblée les réalités qu'elle désigne et qu'on ne sait pas bien quel est le statut des individus qui y sont sujets.
Au départ, c'est la crainte disproportionnée, irrationnelle, d’une société (qui semble régresser mentalement) face à des pratiques sociales ou culturelles d’individus qu’elle juge déviants ( il s'agit de morale) et qu’elle considère comme un péril pour sa sécurité, ses valeurs et (ou) son mode de vie. L'adjectif ''morale'' se référant à un ordre social assez rigide.
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PANIQUE MORALE : Développements et limites du concept | Sciences humaines et sociales
https://www.universalis.fr/encyclopedie/panique-morale/2-developpements-et-limites-du-concept/
''Force est de reconnaître que le concept a d’abord été pensé dans une perspective critique pour attirer l’attention sur certaines disparités flagrantes du traitement médiatique ou politique de certaines questions. Cohen appelait d’ailleurs de ses vœux de « bonnes » paniques morales à propos de réalités souvent invisibilisées ou déniées comme le sont souvent certaines formes de souffrance sociale ou des atrocités laissées dans l’indifférence.'' — Cédric Passard
Panique morale: un concept à la dérive
Par Guy Groux & Richard Robert
https://www.telos-eu.com/fr/societe/panique-morale-un-concept-a-la-derive.html
Si le travail de Stanley Cohen s’inscrivait dans le cadre d’une recherche académique qui se donnait comme mission d’apaiser le débat sur la notion de ''déviance''en réaffirmant un espace commun dans un esprit de tolérance, les sociologues qui dénoncent aujourd’hui des « paniques morales » ont une optique bien différente. À la complexité des interactions dans lesquelles surgissent les émotions sociales, ils substituent une dénonciation néomarxiste de l’aliénation du peuple égaré par ''des entrepreneurs de panique''. Une phraséologie très marquée politiquement : d’un côté les « luttes », de l’autre la « réaction ».
Notes/Extraits
Le concept a, au départ, été pensé dans une perspective critique pour attirer l’attention sur les disparités flagrantes du traitement médiatique politique à propos de certaines questions politico-sociales .
Pour qu'il puisse y avoir panique ''morale''... La base, le préalable
Les ressorts de la “panique morale” nécessitent l’implication de ceux qui ''bâtissent la morale” (on parle ''d'entrepreneurs de morale'') de ceux qui, depuis la position qui est la leur dans la société (militants, personnel politique, éditorialistes…), définissent des normes. Et commentent les modes de vie ou les façons de faire à l'aune de ces normes-là.
C'est la crainte,le plus souvent irrationnelle, que quelqu'un ou quelque chose est une menace pour les valeurs, la sécurité et les intérêts d'une communauté ou de la société en général.
Une panique morale est perpétuée par les médias d'information, alimentée par les politiciens, et aboutit souvent à l'adoption de nouvelles lois ou politiques qui ciblent la source de la panique. Ainsi peut-elle favoriser un contrôle social accru.
Les paniques morales sont souvent centrées sur les personnes marginalisées dans la société en raison de leur race ou ethnicité, classe, sexualité, nationalité ou religion.
En tant que telle, elles s'appuient souvent sur des stéréotypes connus et les renforce.
Cela peut également exacerber les différences et les divisions réelles et perçues entre les groupes de personnes. La panique morale est liée à la théorie de ''l'étiquetage de la déviance''.
Théorie des paniques morales de Stanley Cohen
Dans son livre, Stanley Cohen, part de la rivalité, en Angleterre entre les sous-cultures des jeunes "mod" et "rocker" des années 60 et 70.
La théorie qu'il développe se présente comme un processus en 5 étapes.
Etapes et les principaux acteurs
- Premièrement, quelque chose/quelqu'un est perçu et défini comme une menace pour les normes sociales et les intérêts de la communauté ou de la société en général.
- Deuxièmement, les médias d'information décrivent la menace de manière simpliste et symbolique qui devient rapidement reconnaissable par ''le public''.
- Troisièmement, la façon dont les médias ''d'information'' présentent la menace suscite une inquiétude générale dans le public.
- Quatrièmement, les autorités et les décideurs répondent à la menace, qu'elle soit réelle ou perçue, avec de nouvelles lois ou politiques.
- Cinquièmement, la panique morale et les actions menées par le pouvoir mènent à un changement social dans la communauté.
Les 5 groupes d'acteurs clés impliqués
*Les ''démons populaires'', (ces figures populaires diabolisées qui incarneraient tous les maux d'une société). Sans l’idée d’une marge ou d’une déviance qu’on épingle, la panique morale n'existe pas.
*Les responsables de l'application des règles ou des lois (figures d'autorité institutionnelle/police/forces armées).
*Les médias d'information qui annoncent les nouvelles de la menace, continuent à en rendre compte, établissent ainsi l'ordre du jour pour la manière dont elle est discutée et y attachent des images symboliques visuelles. Sans médiatisation intensive, telle une chambre d’écho, pas de panique, morale.
*Les politiciens, qui répondent à la menace et attisent parfois les flammes de la panique,
*Et le public qui développe une préoccupation ciblée sur la menace et exige des mesures pour y répondre.
Les bénéfices
Pour les médias : rapporter des menaces qui deviennent des paniques morales augmente l'audience et rapporte de l'argent aux organes de presse.
Pour l'État : la création d'une panique morale peut lui donner des raisons de promulguer des lois et des lois qui sembleraient illégitimes sans la menace perçue au centre de la panique morale. (...)
Ogien, Ruwen : La Panique morale
Compte rendu d'Arnaud Desjardin. Ruwen Ogien : La Panique morale, Paris, Grasset, 2004. Compte rendu de A. Desjardin, professeur de philosophie à Saint-Quentin. Ruwen Ogien est directeur de ...
https://pedagogie.ac-amiens.fr/philosophie/ogien-ruwen-la-panique-morale/
1. -le refus d’aller jusqu’au bout des implications de nos raisonnements moraux
2. -la tendance à toujours envisager le pire de la part d’individus humains que pourtant l’on sacralise par ailleurs
3. -le refus de payer totalement le prix de notre engagement envers certains droits 4. -la tendance à ne pas tenir compte de l’opinion des individus concernés par un problème. Dès lors, dans le cadre de questions aussi diverses que celles soi-disant mises en débat, on assiste à un “ retour hypocrite (…) de la religion, de la morale et de ''la métaphysique de la personne ” . L’idée de “ dignité humaine ”, par exemple, “ dernier concept à la mode ”, est dénoncée par l’auteur comme une marque du retour (...) du moralisme et de la sacralisation religieuse.
Ainsi, par exemple, les débats de bioéthique auraient une fonction idéologique précise :
faire accepter progressivement l’idée que tout est possible.
La bioéthique, l’une des principales branches de l’éthique appliquée, pourrait ainsi être vue comme une “ agence de relations publiques pour les biotechnologies ”, dont la fonction serait de conditionner l’opinion publique.
La critique, évidemment redoutable, est intégrée mais dépassée par Ruwen Ogien ;
Toutefois, ce dernier bien que reconnaissant les limites des discussions publiques, réfute l’idée selon laquelle il faudrait, du seul fait de ces limites, ne plus avoir du tout de débats publics.
Craintes, peurs, insécurités Par Pierre De Visscher