Extraits de ''Neiges'' de Saint-John Perse 2 liens 1) poemes.co pour le poème dans son intégralité; 2) terreaciel.net pour une contextualisation et une belle analyse de Florence Saint-Roch

Publié le par Claire Antoine

Extraits de ''Neiges'' de Saint-John Perse 2 liens 1) poemes.co pour le poème dans son intégralité; 2) terreaciel.net  pour une contextualisation et une belle analyse de Florence Saint-Roch

Introduction aux extraits à l'aide de quelques notes prises dans le texte en lien écrit par Florence Saint Roch   

''Neiges'' appartient au recueil Exil publié à New York, en 1944, 20 ans après Anabase

Le poète est chassé de France en 1940, en raison de son rôle diplomatique et politique sous la Troisième République  et il se réfugie aux États-Unis.

Cependant, les circonstances personnelles qui nourrissent ce recueil sont effacées dans l’écriture, à la fois pour généraliser son expérience et pour tenter de dépasser les épreuves de l’exil. 

                                             ''Neiges'' (...), exprime la relation que le poète entretient avec son art.

Une relation de retrait et d’effacement. L’exil qui, tout en se disant, s’achève avec ce recueil (...)
Outre les aléas de sa carrière diplomatique et les vicissitudes de l’Histoire,

Saint-John Perse s’est exilé lui-même de sa propre pratique poétique.
Durant 20 ans il n'a rien publié.  ''Neiges'' raconte la sortie du silence. Ce moment où il a retrouvé  ''le chemin des mots et de la création''. 
 ''Neiges ''rend l’univers à sa pureté, à sa nouveauté : il s’agit de tout recouvrir, tout effacer, tout oublier, pour rejoindre l’esprit du monde et des choses, et tout recommencer.

(...) cette buée d'un souffle à sa naissance, comme la première transe d'une lame mise à nu...
Il neigeait, et voici, nous en dirons merveilles: l'aube muette dans sa plume, comme une grande chouette fabuleuse en proie aux souffles de l'esprit, enflait son corps de dahlia blanc.
Et de tous les côtés il nous était prodige et fête.
Et le salut soit sur la face des terrasses, où l'Architecte, l'autre été, nous a montré des œufs d'engoulevent !
Je sais que des vaisseaux en peine dans tout ce naissain pâle poussent leur meuglement de bêtes sourdes contre la cécité des hommes et des dieux; et toute la misère du monde appelle le pilote au large des estuaires.
Je sais qu'aux chutes des grands fleuves se nouent d'étranges alliances, entre le ciel et l'eau : de blanches noces de noctuelles, de blanches fêtes de phryganes.
Et sur les vastes gares enfumées d'aube comme des palmeraies sous verre, la nuit laiteuse engendre une fête du gui.
Et il y a aussi cette sirène des usines, un peu avant la sixième heure et la relève du matin, dans ce pays, là-haut, de très grands lacs, où les chantiers
illuminés toute la nuit tendent sur l'espalier du ciel une haute treille sidérale : mille lampes choyées des choses grèges de la neige...
De grandes nacres en croissance, de grandes nacres sans défaut méditent-elles leur réponse au plus profond des eaux ? — ô toutes choses à renaître, ô vous toute réponse!
Et la vision enfin sans faille et sans défaut!...

 

(...)                                                          

... Et du côté des eaux premières me retournant avec le jour, comme le voyageur, à la néoménie, dont la conduite est incertaine et la démarche est aberrante, voici que j’ai dessein d’errer parmi les plus vieilles couches du langage, parmi les plus hautes tranches phonétiques : jusqu’à des langues très lointaines, jusqu’à des langues très entières et très parcimonieuses, comme ces langues dravidiennes qui n’eurent pas de mots distincts pour « hier » et pour « demain ».

Venez et nous suivez, qui n’avons mots à dire : nous remontons ce pur délice sans graphie où court l’antique phrase humaine ; nous nous mouvons parmi de claires élisions, des résidus d’anciens préfixes ayant perdu leur initiale, et devançant les beaux travaux de linguistique, nous nous frayons nos voies nouvelles jusqu’à ces locutions inouïes, où l’aspiration recule au-delà des voyelles et la modulation du souffle se propage, au gré de telles labiales mi-sonores, en quête de pures finales vocaliques.

(...)

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