Vocabulaire : définir ''la French Theory'' soit '' la pensée française'' Liens 1) shs.cairn.info article de François Cusset : The “theory mess” seen from afar, un demi-siècle de batailles théorico-critiques(...)
The “theory mess” seen from afar (vue de loin, avec distance) : un demi-siècle de batailles théorico-critiques états-uniennes au prisme de la recherche américaniste en France Par François Cusset
La French Theory, est un corpus ''postmoderne'' de théories philosophiques, littéraires et sociales apparue dans les universités françaises dans les années 1960 où la notion de déconstruction (et non pas destruction) tient une place centrale.
Des penseurs, littérateurs et artistes américains, à partir du milieu des années 1970, ont nourri leur réflexion et leur pratique des apports du corpus français de la dire French théorie qui a contribué à partir des années 1980 à l'apparition des études culturelles, de genre et postcoloniales.
Les principaux auteurs rattachés à ce mouvement sont,
en France :
Louis Althusser, Jean Baudrillard, Simone de Beauvoir, Hélène Cixous, Gilles Deleuze Jacques Derrida, Michel Foucault, Felix Gattari, Luce Irigaray, Julia Kristeva, Jacques Lacan, Claude Lévi-Strauss, Jean-François Lyotard, Jacques Rancière, Monique Wittig
et aux Etats-Unis,
Judith Butler, Gayatri Chakravorty Spivak, Stanley Fish, Edward Saïd, Richard Rorty, Fredric Jameson, Avital Ronell, Donna Haraway
Ce sont donc les écrits de ces penseur·e·s qui constituent le corpus de ce que l'on désigne sous le nom de ''French Theory'', ''pensée française'', ou même aujourd'hui, tout simplement ''théorie''. Un tel rassemblement dans une même école philosophique gomme, à l'évidence la singularité de chacun·e.
Les suites
En France, à compter du milieu des années 1970, on assiste à l'estompement graduel de la French theory trop marquée à gauche, pour des gens déçus par mai 68. ce qui laisse tout loisir à des personnalités médiatiques désignées comme étant de ''nouveaux philosophes'' d'entraîner débats français vers diverses formes de combats pour les droits et la conquête de l'appareil politique à des fins ''humanitaires''.
Tous ceux qu'on désigne sous le terme prestigieux d' ''intellectuels'', qui se réclament de Foucault, Baudrillard, Deleuze, etc., disparaissent de l'avant-scène.
Mais, paradoxalement la French theory prend son essor, aux États-Unis, ce qui fait que quelques années plus tard, dans les années 2000, elle refait son apparition, en France, sous l’influence de traduction de travaux américains, en prenant différentes formes de remise en cause accusatrices du modèle français avec les études de genre, post-coloniales etc. qui posent la question philosophique et politique de la différence, du pouvoir et de l’imposition des normes.
P.S. Selon François Cusset, les seules similitudes qui apparaissent entre les Etats-Unis et la France sont des démarches critiques semblables :
la critique du sujet, de la représentation et de la continuité historique
la relecture de Freud, Nietzsche et Heidegger
et la critique de la ''critique'' elle-même, c'est-à-dire de la tradition philosophique allemande
🚩 Copié/collé un peu raccourci, transformé en discours mineur, ordinaire
d'un début d'introduction de François Cusset, sur le site (en lien) shs.cairn.info, à propos de ''The “theory mess” seen from afar : un demi-siècle de batailles théorico-critiques états-uniennes au prisme de la recherche américaniste en France.''
- ''Theory''
C'est le nom indéfini, donné, aux États-Unis, au fil des cinq dernières décennies, au discours critique transdisciplinaire et référentiel produit par la recherche universitaire, à partir et autour de trois postulats formulés en négatif :
1) Aucun discours principiel, universaliste ou objectif, ne saurait subsumer les discours mineurs et situés des usagers ou interprètes ordinaires des textes et la vigilance critique a pour devoir de traquer et de désactiver les résidus de ce discours longtemps hégémonique dans les humanités.
2) Aucune provenance identitaire fixe l’identité présumée ou catégorisée étant toujours le résultat d’un processus de pouvoir, par interpellation et assignation, il appartient aux communautés d’interprétation, ensemble ou séparément, de la mettre en question, d’en refuser l’assignation et de se réapproprier ses effets (ses affects), d’en exposer la construction historique et politique et d’en tirer une contre-proposition identitaire ouverte et plurielle, comme reconnaissance et encapacitation (empowerment).
3) dans la mesure où les deux premiers postulats ( rien de fixe ni principe de ''base'', ni ''identité'') sont respectés, rien ne saurait prévaloir dans l’élaboration du discours théorique, qui emprunte à des sources multiples sans les hiérarchiser, procède à des prélèvements et détournements conceptuels locaux pour des usages inédits,
met ainsi en doute
la préséance du texte-source,
le privilège de l’origine en histoire intellectuelle et, partant,
les notions de chef-d’œuvre et de maître à penser (...)
Tracts (N°45) - La haine de l'émancipation. Debout la jeunesse du mond
Derrière l'épouvantail woke, le vieux monde allié à l'extrême droite s'attaque à la jeunesse et à son combat renouvelé pour la justice, sexuelle, raciale, sociale, climatique - en fustigean...
Extrait de l'essai ( lien 2)
'[Ils] sont nombreux à trouver la source des ''fanatismes'' d'aujourd'hui (appelés ''wokes'' ) dans les pages obscures des philosophes français de l’après-structuralisme,
les Foucault, Derrida et Deleuze que les campus américains ont rassemblés sous le label de ''French Theory'',
avant de développer en leur nom
études minoritaires de Master et autres cours de cultural studies –
alors que la ''déconstruction'' de Jacques Derrida ne visait pas le mâle dominant
mais la transparence du sens,
la ''normalisation'' explorée par Michel Foucault
ne mettait pas l’Occident en accusation mais les théories du pouvoir sous un jour neuf,
et les ''politiques mineures'' invoquées par Gilles Deleuze et Félix Guattari
ne concernaient pas l’activisme minoritaire
mais
l’usage de la langue allemande par Kafka et des ''lignes de fuite'' par ceux qui préfèrent se soustraire aux institutions.
Mais peu importent les contresens, la messe est dite : ces philosophes trop en vogue pour n’être pas suspects auraient inspiré les dangereux minoritaires d’aujourd’hui.
La haine du bouc émissaire minoritaire
- que ''sa différence'' pousserait à trahir nos valeurs communes, et que son purisme naïf muerait en ange exterminateur-
vient elle aussi de loin :
de siècles de différence prohibée et de minorités réprimées, et du tournant du dernier demi siècle,
à mesure qu’on remplaçait la terreur communiste, en phase de déclin rapide,
par un épouvantail au goût du jour,
un nouvel ennemi puritain et communautariste permettant de ressouder des sociétés désenchantées
autour d’un combat commun
– car pour exister, la République a besoin d’un adversaire.
Saint-Just l’écrivait en 1792 : ''l’arbre de la liberté ne croît qu’arrosé par le sang des tyrans'',
ces derniers fussent-ils désormais des lycéennes voilées, des militants communautaires, des jeunes en transition de genre ou des antispécistes taguant une vitrine de boucherie (...)
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