Slam-Expression libre - Les 12 mots de septembre 2026 : Disparaître - torticolis - anachorète - Danube - oubli - content - finitude - mule - mulet - gouffre - apesanteur - alléluia
Texte 12 mots septembre 2026
Disparaître - torticolis - anachorète - Danube - oubli - content - finitude - mule - mulet - gouffre - apesanteur - alléluia
Le monde a changé
depuis la nouvelle loi, approuvée, votée, confirmée,
au coeur de l'étouffant été,
loi dite de ''fin de vie''.
C'est la société/ nos élus qui gère(nt) ça, (normal, on est des êtres sociaux).
Ils nous donnent à nous, à moi, à toi,
(comme le veut l'idée de contrat passé/né au XVIIIe siècle entre le peuple et ses maîtres),
comme mission ou devoir de t'abattre toi-même,
de te trucider,
de te faire ta fête,
bref de disparaître, si ça ne va plus.
''Tout doit disparaître'' Allez venez venez. C'est la braderie : il reste encore quelques vieux rossignols ( je recycle un mot des 12 mots de Juillet ...je fais un lien...un pont.)
...N'oublions pas, non plus, la finitude humaine, n'est-il pas ?
On naît et on meurt, on le sait dès le début. Quand c'est l'heure, c'est l'heure.
...
Il faut dire que pour les vieilles et vieux c'est dur.
...
J'attendais mon tour, dans le couloir d'attente d'un hôpital,
quand j'ai entendu un homologue masculin,
à la voix terrorisée,
répéter :
''je n'y arriverai pas, je n'y arriverai pas''.
J'ai penché la tête au risque d'attraper un torticolis.
Et je l'ai vu. Il était devant la borne d'enregistrement de sa carte vitale
celle qui devait lui délivrer un numéro de passage,
sans lequel, il ne pourrait pas avoir accès au guichet d'accueil,
ni donc prendre place dans une des longues files
conduisant à une porte battante -
par laquelle il pourrait s'engouffrer -
si et seulement si...
son numéro pris à la fameuse borne !
était affiché tout en haut à gauche.
D'où son importance, à la borne...
Je ne sais pas ce qu'il est advenu du Monsieur auquel une voix pressée et enjouée a enjoint de ne pas paniquer : ''Enregistrez-vous, Monsieur, vous y arriverez...Mais si, mais si... ça va bien se passer...''
Mais j'ai aussi entendu bougonner sur ma droite et sur ma gauche et même devant moi : " Si on ne peut pas se débrouiller avec les machines, on s'en va ! On se retire ! C'est pu ton monde mon Loulou."
Et là, je me suis dit que ce n’était peut-être pas seulement une histoire de borne. C’était plus vaste : une manière de ne plus savoir où se mettre dans un monde qui avance sans vous demander si vous suivez.
Je vais où ? C’est peut-être ça qu’il demandait, au fond, le vieux monsieur. Pas seulement : “où est l'accueil guichet ?”, mais : “où est ma place maintenant ?”
- Oh ! là ! Quand même c'est pire que ce que je pensais, il ne comprend pas...
(...)
J'aurais pu lui dire : "Ecoute ! Tu pourrais jouer les anachorètes,
mourir au monde,
au moins spirituellement, te terrer dans une grotte, au fond d'un gouffre
où sans t'angoisser tu consacrerais ta vie à la prière...
Tu serais comme en apesanteur, tu ne sentirais plus ton corps, tu n'en aurais plus besoin...
Ou alors tu demandes ta dose. Quelques vérifications et en 48 heures c'est fait, tu reçois le flacon.
Et ici on entend Le beau Danube bleu ( à chantonner doucement ). Excusez-moi, je fais un pendant maladroit avec ‘’Soleil Vert’’ et la ‘’6 ème symphonie’’ de Beethoven.
Et comme Ulysse ( je viens de voir le film !) tu vas suivre le fleuve de l'oubli pour voyager dans le royaume des morts où le soleil ne brille jamais ( là au moins pas question de canicule, c'est déjà ça).
''Il faut oublier, tout peut s'oublier'' (Jacques Brel)
Bon, Ulysse, lui, il remonte, il est content, il a rencontré du beau monde : Tirésias, Agamemnon, Achille, Ajax, Hélène, la belle Hélène et aussi sa mère. Bon ça... Mais il va pouvoir retrouver sa femme et son grand fils qui ont connu bien des déboires. Dix ans, c'est long.
Et puisqu’on en était aux fleuves, aux passages, aux vivants qui descendent et aux morts qui ne remontent pas toujours, il me restait à trouver qui, dans tout ça, savait encore remonter le courant.
Et là...comme j'avais eu peur de ne pouvoir introduire ni le mulet ni la mule ... J'ai bien fait de penser au poisson et non pas aux chaussures sans talons ni aux équidés ni même aux oiseaux dont un des parents se doit d'être un canari.
En regardant Wikipedia on trouve, pour les poissons, les deux mots sur la même ligne ''mulet'' dit aussi ''mule''.
Il y a des mulets ailés, boxeurs, cabot, enchanteurs. Ils vivent dans les criques, les coins à l'abri des rochers, près des embouchures de rivière ou des fleuves qu'ils remontent...
Eux aussi ils ont l'air contents. Ils se la coulent douce... Alléluia !