Vocabulaire : ce que signifie ''être une personne'', corps et âme, singulière et universelle, juridique et morale, ''digne''. 2 liens : 1) shs.cairn.info, article d' Emmanuel Housset; 2) causecommune-la revue.fr, article de Julian Roche
''La personne en actes'' Par Emmanuel Housset
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Une théorie marxiste de la personnalité
CC#19 dans le dossier un article de Julian Roche
https://www.causecommune-larevue.fr/une_theorie_marxiste_de_la_personnalite
Les deux textes en liens, sous-tendus, l'un par une vision chrétienne du sens de la vie et l'autre par une vision athée, marxiste, peuvent toutefois être interrogés, l'un et l'autre, à partir d’une critique de l’anthropocentrisme occidental. Malgré leurs différences, ils restent pris dans une certaine tradition qui accorde à “l’humain” une place exceptionnelle.
Chez Emmanuel Housset, la dignité de la personne est pensée à travers une séparation forte entre la personne humaine et le simple vivant, y compris animal. Cette distinction permet de protéger l’humain vulnérable contre sa réduction à un organisme, à une chose ou à une fonction, mais elle peut aussi reconduire l’exceptionnalisme d’une métaphysique chrétienne et européenne de l’homme.
Le texte de Julian Roche, marxiste, de son côté, rompt avec la transcendance religieuse, mais demeure centré sur l’individualité humaine, le travail, l’histoire sociale et l’émancipation. Il peut donc lui aussi être interrogé par les pensées écologiques et animalistes, qui déplacent la question de la dignité vers celle de la vulnérabilité commune du vivant.
Première approche
Chez Housset, la personne humaine est pensée comme irréductible au vivant biologique et même aux animaux. Il affirme qu’il ne peut pas y avoir de “zoologie de la personne”, soit une forme d’exceptionnalisme humain.
Cette distinction entre “personne” et “animal” reste héritière : du christianisme, de la métaphysique européenne ; de la séparation âme/corps ou esprit/nature ; de l’idée que l’humain est le seul être vraiment porteur d’un sens spirituel.
Or cette ''dignité'' humaine est-elle vraiment universelle, ou est-elle construite depuis une certaine histoire religieuse, philosophique et culturelle de l’Occident ?
On peut parler d’anthropocentrisme si la dignité est pensée comme ce qui sépare radicalement l’humain du reste du vivant.
La question critique serait alors :
En voulant protéger la personne humaine contre sa réduction à une chose, ne risque-t-on pas de réduire les animaux, le vivant ou la nature à de simples “choses” ?
C’est une difficulté réelle. Housset veut éviter que l’humain soit naturalisé, mais il peut sembler reconduire une hiérarchie où seule la personne humaine aurait une vraie profondeur morale ou spirituelle.
Des approches écologiques, animalistes ou post-humanistes contesteraient cela en disant que : l’animal n’est pas une chose ; le vivant a une valeur propre ; la vulnérabilité n’est pas seulement humaine ; la sensibilité, la dépendance et l’interrelation traversent tout le vivant.
Résumé de la deuxième approche,
marxiste est moins spiritualiste. Elle évite la transcendance religieuse et la métaphysique de la ''personne'', mais elle n'est pas moins anthropocentrée.
Elle pense l’individualité à partir du travail, des rapports sociaux, de la biographie, de l’aliénation et de l’émancipation. Ce qui procède d'une vision occidentale, productiviste (prométhéenne) de l'humain liée à l’histoire industrielle européenne, avec l'idée que l'homme se réalise par la transformation du monde, que l'humanité se définit par sa capacité à produire, transformer, maîtriser les conditions matérielles, malgré une critique du capitalisme.
On pourrait dire en prenant en compte une vision écologique que si le marxisme corrige l’individualisme libéral, il ne sort pas toujours d’un imaginaire où l’humain reste le centre de la valeur.
Pour en revenir aux débats sur la fin de vie, qui mettent en exergue le mot ''dignité'' on peut se demander si celle-ci doit-elle être réservée à la personne humaine, ou faut-il penser plus largement une éthique du vivant vulnérable.
On ne peut pas fonder la dignité humaine sur le mépris implicite du reste du vivant, même en refusant d'effacer les différences entre humains et animaux.
Les deux textes résistent à une autre réduction très dangereuse, celle qui transforme les personnes vulnérables en vies “moins dignes”.
L’enjeu est de défendre la dignité des personnes en fin de vie sans retomber dans une souveraineté arrogante de “l’homme” sur le vivant.
Nuançons les critiques
Il serait injuste de réduire les deux textes à de l’orgueil ou du narcissisme occidental.
Leur intention principale est de protéger l’humain vulnérable contre la réduction à l’utilité, au biologique, au marché ou à la performance.
Dans le débat sur la fin de vie, cette insistance sur la dignité humaine a une fonction éthique importante : elle empêche de dire qu’une vie dépendante, handicapée, âgée ou souffrante aurait moins de valeur.
Donc il y a une tension : Force de ces textes : ils défendent l’irréductibilité de la personne contre l’utilitarisme.
Limite possible : ils risquent d’accorder cette irréductibilité seulement à l’humain, en maintenant une frontière trop haute
Postscriptum
Notes prises dans le texte de Emmanuel Housset
La catégorie de ''la personne'', terme aux multiples significations, fournit un schéma individuant de l'être humain : est-elle une réalité effective ou une simple abstraction ?
La question de'' la personne'' a agité les discussions philosophiques*, politiques, juridiques, sociales du siècle dernier. *Cf les différentes figures du ''personnalisme'' comme Emmanuel Mounier, Max Scheler, Ricœur ou Lucien Sève pour le marxisme.
Aujourd'hui, quand on ''débat'' sur la fin de vie, et aussi sur son début (procréation assistée/statut de l’embryon), il s'agit de déterminer le mode d’être de la personne humaine, (ce qu'on va appeler ''sa dignité'') en l'opposant au reste du ''vivant'' (faune, flore...) et aux ''choses'' et je rajouterais bien aux robots, à l'I. A. qui contient l'opposition dans son nom oxymorique-même.
Or, pour vraiment débattre, il faut pouvoir penser l’unité vivante de la personne humaine dans cette époque qui à la fois uniformise les individus et les divise par des particularismes. Il faut pouvoir comprendre (prendre ensemble) une distinction des personnes qui permette leur union dans la communauté humaine.
Souvent, évoquer ''la personne'' ne prend en considération que
-la personne sociale qui se comprend à partir de sa place dans un ensemble,
-ou la personne juridique qui a des droits reconnus par les autres,
-ou la personne morale qui doit respecter les grandes règles de l’action.
Alors que la personne est à la fois corps et âme, singulière et universelle, juridique et morale.
Pourquoi ''la personne'' devrait-elle se différencier des animaux et de toutes les ''choses'' ?
-Il n'y a pas de zoologie ou de botanique de la personne, dans le sens de classification (des espèces), puisque comme le disait Husserl, ''la personne se définit par la liberté''.
La notion de personne permet d'identifier le savoir d'une société, relatif à l'être humain en tant que situé à une place sociale qui est authentifiée, corrélative de droits et d'obligations et localement conçue comme « naturelle ». Mais, bien sûr, une telle conception n'est pas séparable des autres ordres de représentations – cosmogoniques, symboliques, biologiques, etc. – propres à toute société.
- c’est la compréhension de la vie spirituelle qui donne un sens à ''la vie'' biologique.