Notes prises - dans ''Nécropolitique '' d'Achille Mbembé, souveraineté politique et '' mort'' - et par-ci par-là dans 4 liens :1) geoconfluences.ens-lyon.fr article de L. Dall’Aglio; 2) shs.cairn.info, article de A. Mbembe; 3) europhilomem.hypotheses.org article d'A. Coignard : bio, thanato, necro politique; 4) contremag.org, article de I. Diesel ''Faire vivre et laisser mourir''

Publié le par Claire Antoine

Le royaume politico/médiatique est habité, officiellement et visiblement (auditivement aussi, s'entend 😊) par la mort, celle violente/douce/agonique/participative/bienveillante dont les politiques font ''récit''. 

J'ai recherché quelques textes pour me permettre de consolider mes connaissances ''béantement''lacunaires concernant l'exercice du pouvoir, aujourd'hui.

Comment les formes du pouvoir ont-elles produit, en les occultant, des technologies de la mort ? 

Il faut en passer par Michel Foucault qui explore le passage (en rupture) d’un pouvoir (avant le 18e s.) centré sur la souveraineté (droit de vie et de mort du prince sur ses sujets (de droit) - le pouce levé ou baissé) à un pouvoir qui ayant pris en compte les avancées intellectuelles/scientifiques concernant la notion de ''vie'', comme toujours, approfondit, catégorise, rationalise... Et va s'attaquer, pour rester en place, à la vie elle-même biologique, sociale et collective. Giorgio Agemben, lui, verra une continuité (et non pas une rupture) entre ''la souveraineté'' et le concept de biopouvoir/biopolitique qui repose sur une autre logique de gouvernement des populations celle, inverse, du « faire vivre et laisser mourir ».

La vie biologique devenant un enjeu politique avec des corps scrutés, scannés, transformés en données, avec des taux, des niveaux...et de l'administratif. Le vocabulaire s'adapte : ''gestion'' (de la vie) ''optimisation'', ''régulation'' et donc, ''surveillance'' et ''contrôle'' rapproché à l'entrée et à la sortie.                                                                              

La domination absolue et légitime (aristocratique) disparaît au profit d'une façon d'agir sur les populations grâce à une conception scientifico/médicale des rapports entre le vivant et son milieu. Façon émanant d'une vision (bourgeoise et) individualiste de la vie qui met en place des politiques populationnelles hygiénistes.

Il suffira de détecter les menaces biologiques qui pèsent sur la population, pour fournir une légitimation à la massification des mesures de ''salubrité'' du type ''nettoyage''.

Et le critère de ''la race'' va, par exemple, par métaphore, pouvoir permettre de désigner des ennemis politiques, comme des menaces biologiques autorisant meurtres, génocides.

Autre petite précision de vocabulaire :

là où Michel Foucault parle de  ''thanatopolitique'', Achille Mbembe introduit la ''nécropolitique''. Thanato et necro, deux préfixes grecs ne sont pas tout-à-fait synonymes. 

''Thanatos'' signifie la mort comme disparition. 

''Necros'', signifie le mort, le cadavre ou comme en témoigne le mot ''nécropole'', cimetière antique ou même celui de ''nécrose'', mort cellulaire.

Il est présence, entre-deux, entre vie et mort. Le monde tragique des enterrés vivants. 

''La nécropolitique''« politique de la mort », est un mot créé par le politologue et historien camerounais Achille Mbembe. 

              Il fait l’hypothèse que l’expression ultime de ''la souveraineté'' réside

                            dans le pouvoir social et politique

                            de décider qui pourra vivre et qui doit mourir.

=> Comment la sphère politique produit et gouverne (tout en ''le'' justifiant) le corps mort ? 

                                                Necro - pouvoir/bio - pouvoir

(Le concept part du bio-pouvoir de Michel Foucault qui montre bien la domination politique du corps et de la vie, ( gouverner les corps vivants)  mais qui ne rend pas compte des formes contemporaines de soumission de la vie au pouvoir de la mort, ni de la manière dont la politique fait aujourd’hui du meurtre de son ennemi son objectif premier et absolu, sous le couvert de la guerre, de la résistance, ou de la lutte contre la terreur. Par la guerre, établir sa souveraineté et son droit de faire mourir.

   La nécropolitique (et ses différentes formes : étatiste, raciale, état d’exception) montre que le pouvoir a aussi une dimension de contrôle sur la possibilité même de la vie.

Le concept est multidimensionnel. Il contient le droit d’imposer la mort sociale ou civile, celui d’asservir les autres, et d'autres formes de violence (politique) anciennes.

                                         ''Les autres'', ''autrui''

                              Une catégorie politique. Figure rhétorique de l’ennemi.

 

 La relation d’inimitié (fictionnalisée) est la base normative du droit de tuer (Tu n'es pas mon ami·e, désolé·e, tu es donc mon ennemi·e et ''J'te tue, avant que tu ne me tues''...).                  

Sans oublier l'état d'exception, d'urgence. Dans le cas d'un état d’urgence, quelles sont les personnes qui doivent mourir/vivre? Tout cela présuppose la distribution des espèces humaines en groupes, sous-groupes, et l’établissement d’une césure biologique entre les uns et les autres. Et là davantage encore que les classes sociales, la race est l’ombre présente sur la pensée occidentale, pour imaginer l’inhumanité des peuples étrangers et la domination à exercer sur eux. 

''Hannah Arendt situe la politique de la race dans l’expérience de l’altérité liée à la politique de la mort. Le racisme est, avant tout une technologie visant à permettre l’exercice du biopouvoir, ''ce vieux droit souverain de tuer''.''

La mort est justifiée puisque la souveraineté doit éliminer la prise en compte de la pluralité humaine.

Par exemple, dans le cas de la Palestine qui illustre ''l’occupation coloniale de la modernité tardive'', les pouvoirs s'enchainent : disciplinaire, bio et nécro-politique. Avec des ''dispositifs'', des'' machines de guerre''.  

''La souveraineté'' quelle que soit la définition est déterminée, concernant la population, par l’application de certains dispositifs de mort.

Bien entendu, le pouvoir dépend encore d’un contrôle rapproché des corps (voire de leur concentration dans des appareils disciplinaires), mais les nouvelles technologies de destruction visent à les inscrire, le moment venu,

               dans l’ordre de l’économie maximale, aujourd’hui représentée par le « massacre ».

L'idée est que ''la solution aux problèmes sociaux et économiques viendra de l’application de techniques d’exclusion et de mort contre une partie de la population''.

Alors, comme les sociétés vont-elles produire, via des discours et des lois, des politiques de tri social, d’eugénisme, de répression et aussi d’extermination et de génocide, des catégories sociales dont la mort est justifiée

Quelles sont les conditions concrètes où s'exerce ce pouvoir de faire mourir, laisser vivre, ou d’exposer à la mort?  

 Cette délimitation s’appuie sur des critères discriminants, en particulier racistes 2, mais pas que..

- Sur des critères ''géographiques'' : dispositifs spatiaux internes et externes au territoire, tels que les barrières, les grilles, les murs, les zonages, les frontières... qui montrent la façon dont est produite, dans l’espace, des différenciations qui permettent ''d'accueillir'' la mort, de la juger normale, ''naturelle''. L’espace est dans le cas de la colonisation la matière première de la souveraineté et de la violence qu’elle porte en elle. (Cf. Frantz Fanon ''La ville du colonisé est une ville accroupie, une ville à genoux, une ville vautrée'' ... la souveraineté, est la capacité à définir qui a une importance et qui n’en a pas, qui est dénué de valeur et aisément remplaçable, et qui ne l’est pas. Lieu d’indifférenciation entre la vie et la mort, où la vie du dominé s’abîme.

- Le critère économique apparaît comme légitime pour effectuer un tri entre des populations qui ont droit à un environnement sain et des populations pouvant être exposées au risque. ( Une nécropolitique implicite se dévoile dans le fait que les populations paupérisées sont plus que d'autres, exposées aux polluants issus de l'industrie pétrochimique.) 

-Les politiques européennes de ''frontiérisation'' de la Méditerranée relèvent d’une nécropolitique quand elles intègrent le risque de mortalité en mer comme une manière de décourager, mais sans succès..., la traversée illégale des frontières. 

                                    (Lien entre modernité et terreur)

 

Afin de substituer à la souveraineté violente séparatrice et hiérarchisée de l’Homme sur le monde, Achille Mbembe rêve d'une émancipation véritable émanant d'une politique de ''solidarité terrestre'' qui passe par une ''décolonisation'' du monde une ''écologisation'' de la pensée politique.( Irène Diesel)

 

Et si on refuse de percevoir l’existence de l’Autre comme un attentat contre sa propre vie, de voir dans les ''autres'' une menace mortelle ou danger absolu dont l’élimination biophysique renforcerait notre potentiel de vie et de sécurité?

Face à un régime de prédation généra

Un des imaginaires de la souveraineté caractéristique des modernités, que l'on peut critiquer en disant qu'il définit le politique comme ''la'' relation guerrière par excellence et aussi qu'il s'adresse :

au nihilisme (qui proclame que l'essence de l’être est la volonté de pouvoir),

à la réification (devenir-objet de l’être humain),

à la subordination de chaque chose,

à une logique impersonnelle

et au royaume de la calculabilité

et de la rationalité instrumentale. 

La terreur n’est, au fond, pas liée à la seule croyance utopiste dans le pouvoir sans limite de la raison humaine.

Elle se rapporte aux différents récits sur la domination et l’émancipation qui s'appuyent pour la plupart sur des conceptions de la vérité et de l’erreur, du « réel » et du symbolique, héritées des Lumières.

Même nos ''maîtres à penser'' Marx, Hegel... La modernité marxienne veut prouver sa souveraineté au moyen de la lutte à mort. 

Marx conçoit le travail comme le vecteur de l’auto-création historique du genre humain, sur les chemins qui mènent  au dépassement du capitalisme par le communisme (la vérité de l’Histoire), de la forme marchande et des contradictions associées, faisant dépendre l’émancipation de l’homme de l’abolition de la production de marchandises. 

Avec l’avènement du communisme et l’abolition des relations d’échange, le « réel » se présenterait en ''vrai'', sans médiation, transcendant tout sur son passage, la distinction sujet/objet, être/conscience... 

Mais ainsi Marx atténue-t-il les distinctions essentielles entre

-le royaume de la liberté construit par l’homme

-le royaume de la nécessité produit par la nature 

-et la contingence de l’histoire. (...) 

et c'est ainsi que (...) la militarisation du travail, l’effondrement de la distinction entre État et société, et la terreur révolutionnaire ont visé l’éradication de cette condition humaine élémentaire qu’est la pluralité.

Quant à Hegel, la terreur et le meurtre sont, pour lui, les moyens de réaliser la fin de l’Histoire...

 On peut donc dire que viser le dépassement des divisions de classe, le délitement de l’État,

et l’épanouissement d’une volonté véritablement générale 

désignent comme obstacle principal à la réalisation finale du telos/ la fin prédéterminé/e de l’Histoire,

                                    la/une/cette conception de la pluralité humaine.

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