"Saleté" de Robert Schneider ( + qq notes /citations autour du syntagme lui-même )

Publié le par Claire (C.A.-L.)

                              A l'occasion de la découverte de la pièce

 Saleté
   de Robert Schneidercréée par la compagnie (J.M. BOURG) "Labyrinthes" (trada : Claude Porcell )jouée à Paris en 2009
dans une mise en scène de Hans Peter Cloos.
                             Saleté
 

                                                           copié/collé trouvé sur le site

            "A propos de Saleté et de Schneider par Hans Peter Cloos le 4 octobre 2008

                                         "Rendre curieux du monde

Schneider : un nouvel auteur autrichien qui me fascine. Voici « Saleté » (« Dreck »). Dans « Saleté », c’est un étranger, un exclu, un clandestin, qui parle de son pays d’accueil. Il a pour nom Sad, il est Arabe et immigré clandestin. Dans un texte grandiose, Sad parle de lui et du pays duquel il vient, de ses souvenirs, de ses rêves et de ses espoirs. En des termes pleins de poésie et souvent très directs et provocants, il décrit sa vie dans une ville allemande, la découverte qu’il a de sa différence, et du mépris affiché par les autres. Il se fait humblement bouc émissaire, il fait sien les préjugés les plus absurdes. Pourtant il laisse toujours entendre sans la moindre ambiguïté qui sont les véritables responsables. « Saleté » est une pièce où le racisme et la xénophobie sont vus d’une toute autre perspective – par le regard chargé d’émotion d’un étranger sur la vie chez nous.

J’entends donner à ce texte toute sa beauté et toute sa force. Je travaille pour cela avec un acteur très particulier, Florian Carove ; il est jeune, Autrichien et plein de talents. Le spectateur doit être très près de l’action. L’espace doit être petit, et intime. Sad s’y présente devant un petit groupe de témoins, qui sont les spectateurs. Le théâtre implique. Il est là pour rendre curieux du monde.

(*) Robert Schneider vit seul, lui aussi, dans un village des Alpes autrichiennes. En retrait du monde, pour écrire, comme Thomas Bernhard, et comme Thomas Bernhard, d’ailleurs, il écrit des romans et des pièces de théâtre sur son pays. Robert Schneider connaît lui aussi un succès international. Son roman « Frère Sommeil », publié en France aux Éditions Calmann-Lévy, a été traduit en vingt quatre langues et littéralement encensé par la critique, dans son pays comme partout ailleurs ; il a été adapté au cinéma et transposé en livret d’opéra."

                                                                       ***

      Extraits de textes variés trouvés sur internet à partir d'une recherche autour du mot " saleté " 

 

 Mythologies  Barthes  Saponides et détergents . Liquides purificateurs (javel); Détergents(omo,paic); poudres saponides
( lux, Persil). La légende implicite de ce genre de produits repose sur l'idée d'1 modif violente, abrasive de la matière. Le produit "tue" la saleté. Les poudres =éléments séparateurs; leur rôle idéal est de libérer l'objet de son imperfection circonstancielle : on "chasse" la saleté, on ne la tue plus.
Dans l'imaginaire omo, la saleté est un petit ennemi malingre et noir, qui s'enfuit à ttes jambes du beau linge pur, rien qu'à la menace du jugement omo.
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Zola L'Assommoir (de Coupeau) : " Oh! le cochon ! Le cochon ! répétait Gervaise, indignée, exaspérée. Il a tout sali...Elle tenta encore de trouver un coin propre et de passer.
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Céline "C'est la fatigue, épouvantable, surnaturelle et l'eau jusqu'au ventre, et la boue et l'ordure et l'infâme saleté."
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Des propos concernant des oppresseurs " ...Ils sont moralement sales. Saleté éthique, qu'ils traînent de l'âme au cerveau, qu'ils ont projeté sur la gestion de la cité.
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Marguerite DURAS : "La saleté, ma mère, mon amour." ds l'Amant.
Cette mère adorée dont on a honte. La mère est l'objet d'1 amour mêlé de haine. Comme le proclame l'Amant " Elle est à enfermer, à battre, à tuer."
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     L'"idole" en hébreu : (ghiloulim )= crottes, souillures, ordures.
Un vieux monsieur " la politique (ds le sens de combine) est co 1 chemise sale, on a beau la laver jour et nuit, elle sentira tjrs la saleté."
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                                        Thèmes récurrents litte sur pays méditerranéens ou Afrique
pauvreté de la campagne ( sécheresse, guerre) qu'on essaie de fuir, pour aller à la ville. Une fois en ville misère avec ses corollaires ( saleté, violence, solitude) où l'on essaie de survivre ds la rue : pauvreté;corruption; prostitution; sida; rêve d'exil.

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Jean-René AYMES La ville espagnole à l'époque des Lumières. L'accent mis sur la saleté et l'insécurité. La menece pèse non sur la vie ( malgré assassinats perpétrés) mais sur la propreté des vêtements exposés aux éclaboussures. On est enclin de penser qu'en matière de saleté, les progrès pas à la hauteur.
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Jean BOUDOU écrivain de langue d'oc ( de Catherine PARAYRE) ..."fait comprendre à son interlocuteur que sa pauvreté et la saleté causée par les longs voyages causeront une extrême répugnance chez tous ceux qui l'approcheront"
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SI VOUS N'AVEZ PAS BCP DE TEMPS, LISEZ CELUI-LA : EXCELLENT

                                              D'Anne ELAINE ( Québec)

                                  "Présentation : l'immonde. Ceci n'est pas un thème."

Notre littérature marquée par une dé-figuration insistante, celle du déchet, de l'immonde, de la déjection; celle aussi de la langue et de l'histoire en proie à la déperdition.
Un corps-chose, formule dans une matière textuelle ce qui sans voix, ni mot se décline dans des signes comme boue, glaire, bave, merde, cadavre, pus, ordure, plaie, sang.
AUTEURS :
DUCHARMES : honte retournée en valeur
ARQUAIN
BLAIS
VLB
LA ROCQUE
GAUVREAU: pétrification exploréenne
GARNEAU
TREMBLAY: honte de soi
BIGRAS: honte des origines
BEAULIEU :honte suppliciante et sacrificielle dont la violence est l'ultime sublimation .

                                           L'immonde est une épreuve, pas un thème.
Pas une figure, mais hors-monde d'où nous venons et où il nous arrive de revenir dès que l'ordre symbolique qui
fonde l'espèce s'effrite, se décompose - pour 1 seul ou pour l'ensemble.

                                         L'envers du monde / lien avec sacré, extase, folie, sublime.

           Peut-être l'immonde n'est-il jamais que le support de l'écrit,
                        ce contre quoi le verbe se déploie.

                                             Et la souillure, son envers incarné.

Plusieurs écrivains rappellent cette proximité, inquiétante qui soude la loi qu'est la parole au réel innommable.
Co si l'énonciation, acte de dire, en tant que tel, nous plaçait tjrs ds l'injonction de l'extrême, au seuil de la disparition.

                                             Posture apocalyptique de tout discours.
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Arthur Schnitzler (ctprain de Freud) "...On se dit dévoué, carriériste etc alors que seule parle une horreur qui n'est pas tjrs celle de la mort, 1 jouissance obscure de l'efraction, 1 satisfaction de ne pas être l'autre qui souffre et qui meurt.. 1 passion d'enfant à connaître les secrets de l'âme, les recoins du corps et les affres du désir."
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                             Les naufragés de Patrick DECLERCK coll Terre Humaine PLON, 2001

Plongée ds la lecture de l'univers des clochards suscite élans de sympathie qui rapprochent et de dégoût qui mettent à distance et rejettent. Or le dégoût pour crasse, microbes, poux, pus,  signe culturellement ce qu'1 société décide de mettre dehors. 1 ds liens cultu fdtaux (avec le culte des morts) est la sublimation s'appuyant sur lr dégoût commun pour les choses décrétées abjectes.
Les marginaux divers, gueux et clochards ont tjrs existé.
                       Ils désignent la souillure : ce qui n'est pas à sa place selon 1 certain ordre
                                                      et le menace de bouleversement.

Dégoût = essence de la chose indicible, informe, gluante, grouillante
et que provoque ce qui ds la société est souffrance, placé ds 1 zone réelle ou imaginaire,limite, périphérique, intermédiaire, 1 zone d'attente de "reclassement" ou d'abandon et de précipitation ds la mort.
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                                                                  Suite Anne ELAINE
Quand le réel du monde fait retour dans le texte, la voix, le corps, la lettre, c'est pcqu'elle est aussi la part infigurable, cachée, secrète, im-montrable, au coeur du sujet, gardée en lui, co une chair impossible.
Est immonde ce qui nous anéantit, ns réduit à cette condition d'imposteur, de trou, de rat...Ce qui ns arrache à l'espèce et ns regarde co 1 chose expulsée.
Est immonde ce qui ns met hors du monde.
Humiliation, néantisation, destructuration, desubjectivisation.
            Le XXème s. a inventé l'abolition de l'ho...degré de dissolution à un degré  de puissance inédit.

L'immonde est ds le regard de la haine, pcq il traverse l'image du corps, dénie l'apparence humaine encombrante et décide de la matière abjecte; regard démiurgique et cadré qui permet,  (dans le cadre du miroir brisé), au nazi d'aimer ses enfants, sa femme etc  sans cesser d'accomplir  sa besogne d'extermination.
L'immonde  est cette part destituée de l'image, celle de l'autre comme moi-même, part déjetée, rompue du semblable, parce que des-identifiée, retournée au réel d'une matière sans nom.
Il a traversé le miroir à cause de sa peur, déclarée et travestie en "raison", du regard qui, de là, lui revenait et qu'il a cru pouvoir aveugler.

                  Ce regard, qui dans toute imag vous attend, vous fissure parce que justement, il vous regarde.
                                          La fonction du regard et ses pouvoirs déstructurants
                                                  dont nous sommes  tous tributaires, incarnés en elle.

Regard comme  vecteur de la honte, facteur d'évanouissement qui interdit le témoignage et frappe celui qui veut parler, d'imposture, d'artifice, de pauvreté, pouvoirs d'inversion, de retournement du monde.

                                   La honte est le signal d'une  rencontre frontale avec l'immonde
                                     dont l'écriture serait à la fois le paiement et la restitution.

Honte ? = effet de mise à nu de qqch "irregardable" à la place où je suis et qui m'ordonne le désaveu de ma parole...L'horreur dévoilée est l'invisible et tant que tel. Le sujet qui s'éprouve violé effracté imposteur sans légitimité.

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                                                       Le Journal de Saint-Denys GARNEAU
amorces de récits, projets ébauchés => noyaux d'effondrement = matière première; objet, cause de la narration.  Une tradition d'écriture dont la scène est toujours celle d'une destitution.  Scène du fantasme qui révèle la réserve de dépossession  fondatrice du sujet.
Toute puissance du regard de l'autre qui peut sans effort toucher en nous le réel le plus voilé, le dévoilant pour la honte de celui qui sent fuir son secret, son rien secret qu'il ne soupçonnait pas à ce point effroyable avant de le perdre.
Destitution/dévoilement
Enigme/messe noire, ordure indépassable et sublime projet de roman inaccompli, livre au futur comme en attente de la révélation de cette scène fondatrice, désigne aussi la place inévitable de l'écrivain dont la position subjective vise à exhumer la Chose.
Exhumation  qui passe par une profanation du secret mais qui consiste à construire une cache nouvelle qui ne voilera plus l'infigurable néant mais en dira l'impossible par l'abjection qui est encore un masque.
L'écrivain écrit qu'il n'écrit pas, qu'il n'a pas encore commencé à dire. Il draine donc toujours cette chose immonde et secrète qu'il force au-devant de la scène. Comme sa honte ET sa causalité
                     Cette Chose qui se pare de lambeaux de chair, c'est la fiction, une mascarade.
L'écriture de ceux pour qui la langue n'arrive pas à céler l'image dans sa consistance -de face- et dt la parole est structuralement empêchée avt d'être interdite paye tjrs sa dette à la Chose, elle peut devenir création, car cette chose immonde, on ne peut la projeter sur l'autre, la devenir pour la faire disparaître sans reprogrammer la catastrophe. CF TREMBLAY : théâtre hanté par la déchéance et l'impuissance.
                               Qd l' immonde : occasion d'1 rencontre avec l'insoutenable,
                                           devient occas d'1 vérité enfin prononçable.
                     Vérité qui profane la langue pr la rendre à son tranchant premier.
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                                                             Naples chez certains écrivains du XIXe
Saleté, relâchement moral, criminalité, l'engrenage de la misère.
Sentence hygiénico-morale.
" Personne n'ignore que la malpropreté éteint dans l'homme toute énergie morale, et le dépouille toujours  d'amour propre et de cette dignité de l'âme, qui est la mère des grandes vertus et des nobles actions"
imbrication du  physiologique  et du moral dans l'étiologie  de l'habitat : conséquence de la saleté sur l'organisme et la conduite.
Point de moralité sans propreté. La cause de l'immoralité est à chercher ds l'habitat dégradé.
                  Extrapolations fantasmatiques où l'hygiéniste exprime les angoisses de son époque  et la toute puissce de la science, capable de résorber tous ls maux de la société.

Publié dans citations. Notes.

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