Lire Howard S. Becker pour son livre '' Comment parler de la société ? ( avec la voix ''plurielle'' de la société ) 3 liens : 1) espacestemps.net pour une approche du livre par Corinne Delmas; 2) journals.openedition.org pour un résumé du livre par H. S. Becker lui-même; 3) radiofrance.fr, pour un podcast France culture, entretien ''À voix nue'', avec H.S. Becker

Publié le par Claire

                           Copié/collé de quelques passages  de l'article de Corinne Delmas

''(...) Becker défend depuis toujours une sociologie simple, directe, (...) fuyant toute délimitation trop autoritaire des contours de la réalité sociale et préférant se rapprocher des acteurs pour rendre compte des pratiques.

Insistant sur le conservatisme résultant en art comme en sciences sociales du poids des « formes conventionnelles » ou des « méthodes admises », ce livre s’inscrit(...) à rebours d’une science sociale qui se serait, selon Becker, mutilée en s’imposant « des limites strictes sur les manières autorisées de parler des découvertes des chercheurs », l’ouvrage est une invitation à innover en exploitant les nombreuses ressources qu’offrent les représentations littéraires et artistiques de la vie en société.

Si artistes, écrivains et sociologues se retrouvent dans un même souci de représenter la vie en société, la proximité se lit également dans la confrontation de leur langage pour écrire sur la vie sociale à « l’expression des jugements moraux, soit qu’on essaie de les éviter, soit qu’on les formule de manière déguisée ». 

Le problème classique en sciences sociales des « présupposés afférents à la pensée conventionnelle » peut trouver des solutions grâce aux romanciers, aux poètes, aux artistes. Le recours à un langage clinique et distant de Georges Pérec s’inscrit, par exemple,  dans une volonté de description de la société française ou de l’une de ses strates à un moment donné de son histoire. La distance est amenée par les gros plans et les regards détaillés chez Italo Calvino etc.

Les oeuvres littéraires sont donc particulièrement riches pour le chercheur sur le plan de l’analyse sociologique ou de la théorie sociale. (...)

Le théâtre à voix plurielles de Shaw, Churchill et Shawn, est pour sa part suggestif quant à la question de savoir comment inclure des points de vue pluriels dans la représentation des situations étudiées.

Certaines solutions conventionnelles plus ou moins satisfaisantes existent en sciences sociales, tel le piège consistant pour le chercheur à privilégier la voix des autorités.

À contrario, les études de sociologie de la déviance, dont l’œuvre de Becker lui-même (Becker, 1985), ont pu se développer dès lors que les chercheurs ont pris en compte les points de vue des acteurs étiquetés comme déviants et de ceux qui leur attribuaient ces étiquettes.

                  Le recours à l’effet dramatique pourrait constituer une réponse à ce défi.

Becker montre, à partir de la mise en scène par George Bernard Shaw de discussions sur la prostitution dans La profession de Madame Warren, l’intérêt d’un tel effet pour représenter la confrontation de plusieurs points de vue. L’analyse de la pièce de Caryl Churchill, Mad Forest, traitant des événements de décembre 1989 en Roumanie, lui permet pour sa part de démontrer les ressorts d’une histoire racontée par de multiples voix, tandis que l’œuvre de Wallace Shawn illustre une autre manière de faire : solliciter intentionnellement une seule voix, la mauvaise.

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