Analyser des textes ? Et d'abord, qu'est-ce qu'un texte ? en lien, un article très intéressant de Paul Siblot sur la construction du ''sens'' d'un texte dans ses relations avec le ''hors texte''. L'évanescence du sens. lien journals.openedition.org /praxemique
Les palimpsestes du texte ou les fantômes de l’interdiscours Paul Siblot
En lisant le texte en lien, ci-dessus, j’ai pensé à mon propre parcours d’enseignante qui m'a amenée à naviguer, sans le théoriser pleinement, entre le confort de l’extra‑discursif et l'exigence de ''la forteresse du texte''.
Petit avant et après propos ''expérientiel'', ''situé'' peut-être un peu grinçant...
Quand j'ai commencé à enseigner le ''Français'' après cinq ans de laborieuses études de Lettres Classiques, l'extra discursif avait toute sa place. Le hors-texte venait élargir les analyses et renforçait la compréhension du "sens ", qui était largement immanente.
J'avoue que souvent je n'avais qu'une envie : celle de paraphraser, d'apprécier, de dire combien j'étais d'accord avec tel/le ou tel/le auteur/rice, ils/elles disaient ça si bien, (j'avais, assurément, en plus de ma difficulté native à prendre du recul par rapport à ce que je lis ..., retenu, à force de l'entendre répéter, le propos sentencieux de La Bruyère '' Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement/ et les mots pour le dire arrivent aisément'' - primauté donnée à l'idée-vérité bien nettement échafaudée dans ta tête, puis elle devient phrases, mots - correctement orthographiés - comme ça tu ne perds pas de points - qui arrivent comme une volée d'oiseaux sur la page de ton cahier qui n'attend que ce moment de grâce. )
Heureusement que pour ''faire du texte'', il y avait le secours des références biobibliographiques, historiographiques, philosophiques et littéraires, évidemment, et aussi des comparaisons de thèmes trouvés chez d'autres Littérateurs/trices, reconnus depuis ''toujours'' (et à connaître...) par tous les gens ''cultivés''... Il y avait aussi ''la grammaire'' non pas du texte, mais de la phrase qui pouvait venir au secours des profs, des points précis qui permettaient de faire preuve d'érudition... et qui entrainaient parfois très loin.
Puis est venue l'époque où je me suis dit que ce serait peut-être bien de devenir ''titulaire'' d'un poste et donc est venue l'époque des concours, ce qui coïncide avec celle de l'avénement dans la pratique enseignante, de l'analyse textuelle et des formations, pour tout le monde, en didactique du Français. La façon d'enseigner en a été brutalement bouleversée. Le texte devenant un lieu clos dont tous les matériaux résonnaient à la fois en se heurtant aux ''murs'' de son ''encadrement'', mais aussi entre eux.
C'était passionnant, mais il était plus difficile (dans tous les cas, en ce qui me concerne) de transformer mes nouveaux acquis en ''matériel pédagogique''afin de pouvoir mener à bien, en deux/trois heures (en une heure n'en parlons même pas) l'analyse d'un poème, par exemple, qui permette, après avoir croisé toutes sortes de données ''grammaticales'' au sens large - on parlait de ''grammaire du texte''- d'arriver à un sens, enfin, à une conclusion qui rassemble, synthétise les éléments de ce qui s'apparente à une enquête méthodique dont les élèves qui à l'époque, n'en avaient pas l'habitude, devaient apprendre, très vite en ce qui concerne les lycéens, à manier les rudiments et plus, si possible.
Je caricature un peu, puisque chaque ''signe'' était censément un indice renvoyant à des notions psychanalytiques, historiques, sociologiques etc., mais j'avais l'impression de ne jamais réussir à en arriver à ce stade ''interprétatif'', sinon en plaquant artificiellement des notions, que moi-même je ne maîtrisais pas suffisamment et que donc, je banalisais, caricaturais. D'abord tu dis : Allez ! On prend son crayon et on cherche ensemble. On regarde, on souligne, on encadre, on entoure, on relie etc. les verbes, les pronoms, les champs sémantiques et puis tu termines par faire noter, ''en silence, s'il vous plaît'', une sorte de synthèse que tu sors de ton chapeau. (Ben oui ! ça va sonner ! La/le collègue suivant/e est déjà devant la porte...)
De plus, j'ai mis un certain temps à le comprendre, il ne fallait pas négliger, Aïe, Aïe, Aïe ... in fine, la fameuse ''ouverture conclusive'' qui devait, comme avant, mener, hocus pocus, à un propos général permettant de classer l'auteur dont on venait d'étudier le texte, dans ''sa'' catégorie : celle des parnassiens, des symbolistes, lyriques ou autres. Ce qui est certes intéressant, utile ou même nécessaire mais qui relève de ladite ''culture générale'' que les élèves auraient dû avoir à cœur d'approfondir pendant leurs loisirs, puisqu'en classe on passait notre temps à d'autres choses plus''techniques''...
Tout comme les profs auraient dû passer tout leur temps extra-scolaire ( le savoir à appréhender était si vaste et si mouvant) à approfondir leurs connaissances dans ''les matières'' qui n'avaient pas fait l'objet de leurs études ''premières'' au risque de passer à côté parfois...du sens.
Quelques petites notes
''Il est impossible d’analyser un discours comme un texte, c’est-à-dire comme une séquence linguistique fermée sur elle-même, mais il est nécessaire de le référer à l’ensemble des discours possibles à partir d’un état défini des conditions de production''.
(...) l’objectif des lectures/analyses est toujours de déchiffrer des textes pour en connaître le sens profond, le sens ''vrai''.
''Les fondements théoriques des analyses textuelles sont anciens, mais on peut dater la première de ces démarches de la parution de Sémantique structurale (Greimas, 1966).
Hjelmslev récuse la « tradition selon laquelle un signe est avant tout signe de quelque chose/ expression d’un contenu extérieur au signe lui-même ».
Il souscrit « (à) la théorie moderne (qui) conçoit le signe comme un tout formé d’une expression et d’un contenu »;
il exclut donc tout ce qui, « extralinguistique ».
Une problématique du signe, du texte et du sens est ainsi posée, par ce qu'ils ont en commun : l'idée de clôture.
Au même moment pour d'autres, la démarche s'inverse : en analysant le discours, selon « le point de vue de la parole » et non plus celui de « la langue »
Le discours/ le discursif, met en relation les formes et le contenu du discours avec son entour. La clôture du texte est invalidée et plus précisément l’immanence du sens dans le texte (ce qui est maintenant admis), tout comme dans le signe, (ce qui l’est moins).
La clôture du texte est brisée pour être franchie en direction des multiples facteurs de la vie sociale : les analyses ouvrent sur la sociologie, la psychologie, l'ethnologie, la psychanalyse, la linguistique…) à tel point que la discipline peut en paraître menacée :
L’analyse sémiotique, principalement consacrée aux textes littéraires, et l’analyse de discours, elle tournée vers les langages de la presse et du politique se concurrencent.
Dans les deux cas il s’agit de dégager des structurations internes censées rendre compte de la construction du sens dans le texte.
Soit par les procédures d’un « close reading » radical, (qui prend pour donnée exclusive le corps du texte)
soit par la mise en relation de caractéristiques textuelles avec des paramètres extérieurs au texte : ce qui revient à une démarche, « archéologique » au sens strict.
On ne naît pas signe, on le devient ( je ne donne pas ''la réf...''😊)
Si on considère que « les faits sémantiques, comme les autres, sont construits », on ouvre un débat qui domine en France, les recherches sur l’interprétation du ''sens textuel'' :
soit on découvre par procédures appropriées le sens immanent au texte ;
soit, on le constitue, et donc, le sens devient pluriel, en fonction des lecteurs/trices, bien sûr.
« le sens n’est pas immanent au texte comme message, mais à une situation de communication », et le texte est comme un ensemble d’instructions que traitent les interprétations.
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