Du ''droit à la vie'' au ''droit de mourir'' - notes ''personnalisées'' prises dans 4 liens : 1) Suzanne Rameix ''Tu es vieux, il te reste ''ta mort à vivre''; 2) ''Justifications philosophiques du critère de fair innings et controverses'', Paul-Loup Weil-Dubuc, Jérôme Wittwer, Clémence Thebaut; 3) republicain-lorrain.fr : euthanasie avant de ''décliner''; 4) coupdevieilles.fr film ''Plan 75''
''La valeur de la mort'' ( combien ça coûte ? est peu discutée par les théoriciens de la justice sociale contemporains.
Comment appliquer les principes d’équité en matière de répartition des ressources en général (éducation, revenu, etc.) à cet objet particulier qu’est la santé, en particulier au moment de la fin de vie ?
''Le développement conjoint des progrès scientifiques et des systèmes d’assurance maladie pose la question de la responsabilité collective vis-à-vis de l’accès aux technologies permettant de retarder la mort.
La question de l’acceptation de la mort qui relevait du domaine de l’intime fait désormais également l’objet de décisions communes. Cette situation soulève des questions éthiques nouvelles sur la valeur de la mort du point de vue des théories de la justice.''
Objectif : égaliser les durées de vie (ici, penser au deuxième principe du triptyque républicain)
Depuis une certaine dédramatisation de la mort - après tout, les morts en solitaire ou en groupe, il y en a tout le temps et partout, c'est un truc pour tout le mode, ( On naît, on meurt, c'est comme ça ! ''Tout retourne au néant'' comme le dit Lucrèce ) plus ou moins lointain, plus ou moins violent, ok ? - notre lot, donc, à tous, est mis, aujourd'hui en première ligne, pour faire des lois, sous le terme de ''Fin de vie''.
Un questionnement émerge, issu de nouvelles thérapies innovantes et coûteuses qui suscitent de grands espoirs concernant la santé publique. Pour offrir un accès équitable à ces innovations très attendues qui coûtent cher et qu'il faut rentabiliser, il faut savoir ce que la collectivité est prête à dépenser et sur quels critères (la rareté de la maladie, les modes de vie, les inégalités sociales, l'âge...). Il y a donc choix et priorités. Un principe prévaut, celui appelé ''fair innings'' ( ''parcours équitable/honorable'' ) qui s'oriente du côté de ''l'égalisation des durées de vie''.
Une priorité est accordée aux populations les plus jeunes et des arguments permettent de justifier le critère de l'âge au nom d'un objectif d'égalisation des opportunités de bien-être dans la population, le temps ''offert'' ( par qui ? ) aux gens conformément à une idée de justice/équité pour réaliser ''leur plan de vie'' et aussi le temps qui leur est ''offert'' pour accepter la mort.
Quelques préalables Le droit à la vie
Dans la ''Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789'', intégrée au ''Préambule de la Constitution de 1958'', on parle, dans l'article 2 des ''droits naturels et imprescriptibles de l’homme''. Les constitutionnalistes y intègrent ''le droit à la vie'', qui est le premier des droits de l’homme puisqu’il est la condition de tous les autres.
Tout humain/vivant est ''attaché'' à la vie.
''Je pars si/quand/parce que je (le) veux''
Mais, contrairement à cet'' instinct'' de survie qui est le sien, l'homme ( qui est/se croit/s'envisage comme ''maître de son destin'') peut décider de quitter la vie, par le suicide. Albert Camus, par l'intermédiaire de son mythe de Sisyphe (1942), au programme de terminale, (dans tous les cas, à l'époque des boomeur·euse·s, (classe d'âge, principalement, avec ''la GenZ'', dans le collimateur, aujourd'hui) permettait d'en parler comme du seul problème philosophique qui vaille - compte tenu de l'absurdité de l'existence - et qui pouvait se résoudre en transformant précisément cette conscience de l'absurdité en moteur/désir de révolte et de liberté.
''Volonté'' de vivre contre ''volonté'' de mourir ? A priori tout suicide est individuel...
Même si on passe par la case ''sociologique'' (de ''logique sociale'' ?)
En 1897, Emile Durkheim, 50 ans avant Camus, avait écrit Le suicide texte considéré comme une oeuvre fondatrice de la sociologie moderne. En gros, il y démontre que les comportements individuels même extrêmes, comme le suicide, sont influencés par des structures sociales et des normes collectives. Mais c'est l'individu qui au final, se jette sous le train ou appuie sur la détente qui va actionner la gâchette...
Retenons, - c'est intéressant comme préparation à la logique actuelle de ''fin de vie dans la dignité'' - que Durkheim distingue 4 types principaux de suicide : le suicide ''égoïste'' ( tu es tout seul...), ''l'altruiste'' ( tu es très intégré, ce qui fait que tu peux avoir envie de sacrifier ta vie pour ''la collectivité''), ''l'anomique'' ( les règles sociales sont relâchées en période de bouleversements économiques /sociaux), le ''fataliste'' (il y a des règles sociales trop contraignantes qui t'oppressent).
En passant aussi par les lois Comment penser le suicide ''assisté'' ? Se tuer soi-même en utilisant concrètement, en pratique ''positive'' des membres de la société ( ''soignants'' /famille/amis), en leur demandant leur ''aide'', afin d'échapper à leur fréquentation... ''Aidez-moi à vous fuir...à me priver de vous, à vous priver de moi.'' Je veux, moi-même, grâce à vous, renoncer à mon droit de vivre. ''Je ne veux plus ou je sais, je sens que je n'ai plus ''le droit'' de rester parmi vous et en plus de contribuer à ce sentiment que j'ai de vous ''nuire''. Vous ne m'êtes pas vraiment utiles d'habitude, mais, je vais inverser les choses et l'être, pour vous, là on va faire une exception... Je veux me ''sacrifier'' (je sais le mot un peu connoté...) parce que j'ai honte de vous coûter trop cher, parce que j'ai honte de ne plus être beau/belle, de ne plus tenir debout, de souffrir, de ne plus pouvoir manger seul·e, de ne plus pouvoir me retenir, sauver les apparences... Et que dire des soignants, auxquels la déontologie apprenne-t-il, impose de te ''soigner'', obligés de t'aider à partir, à faire le grand saut ? Ce ''Ce droit de mourir, qui se définit comme un droit d'être aidé pour se tuer ou comme un droit d'être tué pourrait-il dériver vers un devoir de mourir fondé sur ce qu'on pourrait appeler d'une manière certes ''radicale'' : '' une citoyenneté létale''?
Article de revue Le droit de mourir Par Suzanne Rameix
Justifications philosophiques du critère de fair innings et controverses Paul-Loup Weil-Dubuc, Jérôme Wittwer, Clémence Thebaut
La Lorraine Isabelle Monico-Fabisiak, 71 ans, s’est fait euthanasier le 28 septembre en Belgique. Trois semaines avant, elle nous a reçus, diminuée mais encore digne, pour témoigner de son choix. Se sachant condamnée, mais loin d’être en fin de vie, elle a préféré en finir plutôt que de se voir décliner. Récemment votée, jamais la loi française ne lui aurait permis cela.
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