''Clinamen - ataraxie -sagesse'' en 2 liens books.openedition.org : 1)pour l'article de Nadine Fille : Le clinamen ou le ''grand dévoiement''; 2) pour la couverture de l'ouvrage ''Déclinaisons de la voie : Avoiement, dévoiement, fourvoiement'', du groupe de recherche pluridisciplinaire de l’Université de Perpignan-Via Domitia.
Le clinamen ou le ''grand dévoiement'' Nadine Fille
Déclinaisons de la voie : Avoiement, dévoiement, fourvoiement. Sous la direction de Pascale Amiot, Hélène Guillaume et Paul Carmignani L’ouvrage présente la synthèse de deux années de travaux menés par les membres du VECT-Mare Nostrum (“Voyages, Échanges, Confrontations, Transformations”), groupe de recherche pluridisciplinaire de l’Université de Perpignan-Via Domitia. Reliant les domaines de l’imaginaire, de la littérature et de l’épistémologie, les treize études réunies ici confrontent les réflexions de spécialistes de divers domaines (lettres classiques, lettres modernes, études médiévales, philosophie, études anglo-américaines....
- Quelques notes un peu aménagées du résumé de présentation de l'ouvrage -
Lucrèce et ses atomes propose, comme aide à vivre, aux humains, la sagesse épicurienne sous-tendue par un nostalgique retour à l'unité (peut-être ce que les chrétiens appellent ''la parousie'' ?). En ces temps de théories transhumanistes, qui actionnent les croyances, ''progressistes'', mot dont le sens courant, celui qui nous vient à l'esprit immédiatement, dessine plutôt comme une avancée ( une voie) linéaire et infinie, dans le toujours mieux, toujours plus, plus vite, performant, il me semble intéressant d'en prendre conscience.
Dans le chant 1 du De rerum natura ( De la nature ), il oppose la sérénité de ceux qui ont découvert la vérité, à l’égarement de ceux qui sont aux prises avec leur ignorance et leurs passions.
Lucrèce, invite à suivre les exhortations du héros bienfaiteur, Epicure, afin d’atteindre la sérénité.
Epicure, en sauveur, '' parcourant l'infini sur les ailes de sa pensée'' protège les hommes d' éventuels fourvoiements, qui les conduiraient à des absurdités,
car il les a, en premier lieu, délivrés de ''la crainte des dieux'' (''superstition religieuse'') que'' personne nulle part n'a jamais vus'', nous rendant par sa victoire égaux aux dieux.
Epicure leur a enseigné la sagesse, sans laquelle il n’est pas possible de vivre ''le cœur léger, pur''.
Alors que les hommes étaient esclaves de la terreur, ''le premier, un Grec, un simple mortel, a osé, enfin, relever les yeux et dépassant les obstacles, ''les barrières étroites de la nature'', ''les bornes enflammées du monde'', lui résister, en face.
Ayant, après l'avoir ''constaté'', démontré que tout s’expliquait par le vide et par les atomes, il a aidé, en leur offrant une voie à suivre, un avoiement, les hommes à ne plus se fourvoyer dans les croyances inculquées par la civilisation ni dans les illusions nourries par les sens.
Le clinamen est l'illustration de ce l'affirmation de ce ''dé-voiement''.
En effet, avant le clinamen, régnait ''un voiement'', qui correspond à l’état de mobilité ''relative'' des atomes.
Leur mouvance semblait immobile : rien ne naissait de ce mouvement. Le clinamen a eu pour fonction de dévoyer ce voiement, générant ainsi la vie, par opposition au fourvoiement qui conduit à l’absurdité.
Ainsi, le clinamen met-il en évidence le drame de la condition humaine :
l’homme doit toujours se mouvoir, s’agiter pour ne pas mourir, et en même temps il ne doit pas perdre de vue qu’il ne pourra toutefois pas échapper à la mort qui symbolise l’immobilité absolue. En réponse à cette mouvance perpétuelle, une solution : se laisser guider par l’ataraxie, un état de sérénité pour l’âme. Idéal de sagesse, ''avoiement'', voie à suivre, pour guérir l’homme victime de fourvoiements.
Toutefois ... cf. Michel Serres, Lucrèce ne se libère pas facilement de la métaphysique, dans une société toute imprégnée de sacré. La leçon ultime de l’épicurisme est nostalgique du retour à l’unité.
Mais, pour cela, on ne peut faire l’économie ni des avoiements, ni des dévoiements, ni même des fourvoiements, qui sont indissociables des métamorphoses du vivant.
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