A relire "L'Amour du nom" de Martine BRODA ( Nancy, 1947- Paris, 2009 ) est une poétesse, critique littéraire et traductrice française.

Publié le par Claire (C.A.-L.)

                                            fin sept 2012 003
 Citations, commentaires, analyses trouvés sur Wikipedia, Poezibao, Médiapart etc
    "Son essai sur la poésie du haut lyrisme («qui est le chant de "l’amor fati", chant du monde et non du moi») L'Amour du nom (José Corti),  est un bijou d'érudition frémissante." Antoine Perraud
                                
 " En un peu plus de 250 pages, cet essai propose, selon une avancée logique et chronologique, une suite de chapitres consacrés les uns à des lectures poussées de poètes allant de Dante au Aragon du Fou d'Elsa, les autres à la théorie. Reliés par la problématique amoureuse, innervés par une érudition jamais pesante, ils forment une sorte de manifeste"
      Gérard Noiret,La Quinzaine littéraire, 1/15 avril 1998.

    " Le haut lyrisme n'est ni mièvre, ni attendri. Il est, au contraire, "terrible", comme les "Anges" de Rilke. Il surgit d'une perte avec laquelle il se tient dans un rapport d'horreur et de joie."
     Jacqueline Risset,Le Monde, 13 mars 1998.
                                    Résumé trouvé sur le site des éditions José Corti
                                                             AMOUR DU NOM ET TRAVAIL DU NOM

" Traversant tout le champ de la poésie, le livre de Martine Broda est d’abord un essai, et non une encyclopédie ou un ouvrage érudit. Même si le corpus concerné est immense, elle a préféré analyser à fond une dizaine d’exemples d’auteurs de toutes époques, français et étrangers. Dans un ordre à la fois logique et chronologique, le livre alterne les chapitres consacrés à des auteurs et ceux qui sont purement théoriques. Martine Broda tente de déconstruire la définition la plus communément admise de la poésie lyrique comme "expression du moi", en soulignant sa stricte historicité : elle est l’invention du romantisme allemand, comme l’a montré Gérard Genette.
     Il existe une autre tradition à l’intérieur de la théorie des genres (Hölderlin, Nietzsche), qui conçoit une énonciation en première personne, où le sujet n’est pas un sujet plein.

Plutôt que celle du "moi", le lyrisme pose la question du désir, par où le sujet accède à son propre manque à être, et il la pose en sa dimension ontologique, par rapport à notre destination.

Il est ce chant de l’amor fati, chant du sujet et non du moi, qui célèbre dans son pur apparaître l’éphémère, le périssable, et relève d’une conception positive du sublime (l’ekphanestaton selon Philippe Lacoue-Labarthe), celle qui concerne encore la poésie, à la différence de la peinture moderne.

En effet, loin d’être platement sentimental comme ses caricatures, le haut lyrisme est fondamentalement d’ordre sublime et ce dont il est finalement question,

c’est d’une épiphanie,

en dernière instance celle de la Chose (das Ding), son aboutissement naturel étant le geste à célébrer.


     L’accent a été mis sur la poésie amoureuse, part depuis toujours majoritaire du corpus de la poésie lyrique, l’amour, dans cette tradition, ayant une fonction épiphanique.

La thèse est que les poèmes d’amour, dans une logique du désir pur, ne s’adressent presque jamais à des objets d’amour empiriques ou biographiques, mais, derrière des "senhals" qui sont autant de faux noms de "la personne aimée par moi inventée et vraiment fausse", selon une expression de Pierre Jean Jouve, à cette Chose énigmatique dont parle Lacan :

soit l’Autre maternel préhistorique, barré par la loi de la prohibition de l’inceste,

figure de la perte sans objet perdu et pur manque d’où procède tout désir.

D’un bout à l’autre de la tradition, les œuvres lyriques naissent de femmes perdues, mortes, inaccessibles, ou même, plutôt, de leur nom, et un rapport du poème à l’amour impossible se dessine, jusqu’en des exemples contemporains.

René Char écrivait : "le poème est toujours marié à quelqu’un",

mais tout en étant

"le poème d’amour réalisé du désir demeuré désir." "


 

                       Bibliographie de  l'auteure sur Wikipedia ou Poezibao           

  •                                                  [...] et sur le site 

                                           de Jean-Michel MAULPOIX

                                          http://www.maulpoix.net/autobiographie.html

La verticalité lyrique est solidaire du travail du nom, ou plutôt de ce que Martine Broda appelle " l'amour du nom ". Car le nom est nom du père, nom propre, nom où s'instaure et se nomme le propre, surtout quand il devient nom d'écrivain. Or Claude Royet Journoud intitule l'une des sections de La notion d'obstacle " Le travail du nom ". On y trouve notamment ces mots:
ensevelissement de la filiation ! Masque; Le travail au noir de l'écriture est ici travail pour se soustraire " à l'enveloppement biographique " tel que s'y livrent maints lyriques.
Manière obstinée, répétitive et théâtrale de faire en sorte que " les chambres refroidissent dans l'énigme ". Ce geste d'atterrement qui ramène tout au noir entend précisément substituer de l'horizontalité (planitude) à la verticalité (plénitude).
S'établir à distance, entretenir la surface, travailler la page comme un sol, telle est ici la seule façon de forcer et de traverser " le corps de la mère ". Il s'agit d'apprendre à " écrire sous son nom "
Mais écrire sous son nom, c'est précisément s'efforcer de se libérer de tout un héritage symbolique qui contraint et qui parasite. C'est violemment s'en prendre à l'enveloppement du corps de la mère tel qu'il retient aussi bien dans une nasse de signes convenus ou imposés. Il s'agit alors de pratiquer un systématique " épierrage du jardin familial ", de désencrasser et de " nettoyer la langue ", cela afin de " parvenir à se réveiller " ainsi que l'aurait dit Michaux. Le poète littéraliste se constitue en " spectateur d'une annulation " pour reprendre le titre d'un ouvrage de Royet-Journoud intitulé Le Renversement , qui précisément s'ouvre par ces mots : sans offrandes ni traversée parentale  hors de l'écart hors de l'implosion rurale

Désireux de ne pas mentir et de simplement faire face à " ce qui est devant nous ", le poète littéraliste procède à une espèce d'effacement génétique.
Ecrire sous son nom c'est écrire dans le neutre, se déprendre du symbolique et signer en définitive de son propre nom cette " approche difficile ".
[...]

Publié dans citations. Notes.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article