"Le vrai lieu" à travers une "langue transparente" cf Philippe Jaccottet par Jean-Michel MAULPOIX ( Site : TLP )

Publié le par Claire

Trouvé sur    

TLP  :  Toute la poésie,

communauté poétique internationale

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     Notes  sur Philippe Jaccottet (né en 1925). 

Revendication de l' ignorance qui n'est  ni naïveté, ni innocence :
« nous ne sommes plus en un temps où l'on puisse feindre l'innocence : le savoir est là, plus envahissant que jamais . ».

Mais  ignorance positive, raison d'être de la poésie inaptitude fondamentale de la créature
à connaître la mort,
l'absolu,
l'au-delà,
l'infini,

= > nécessaire humilité du poète qui veut la  juste mesure de ce qu'il est
et de ce qu'il peut accomplir dans le langage pour dire la  
précarité de l'homme « qui avance dans la poussière », il « n'a que son souffle pour tout bien, pour toute force qu'un langage peu certain » .

                             Effacement, retrait, désir de justesse.

                           " que l'effacement soit ma façon de resplendir »  

Présence d'une voix qui s'interroge tout haut sur elle-même et ce qu'elle peut dire:

      « Qui chante là quand toute voix se tait ? Qui chante

            avec cette voix sourde et pure un si beau chant ? »



  • Pour Philippe Jaccottet  : Les surréalistes ont abusé d' images, de trouvailles verbales reliant les choses plus ou moins bizarrement "qui peut, à bon marché, faire croire qu'on a découvert les secrètes structures du monde, alors qu'on a simplement tiré le maximum d'effets de l'imprecision d'une expression"




    ===> Recherche d'1 langue transparente  qui noue l'homme au monde dans un lien de simplicité et d'étrangeté.

    Modèle : Le haïku "poésie sans images, une poésie qui ne fit qu'établir des rapports, sans aucun recours à un autre monde, ni à une quelconque explication."


    La principale vertu de cette langue de verre serait de laisser passer la lumière et d'offrir un accès furtif au sens qui se dérobe.

     

  • La poésie devient donc une espèce de morale précaire en action. façon de se tenir et de se déplacer dans le monde sans l'appui d'aucune croyance.

     Elle veut être le lieu où l'homme prend vis-à-vis de l'infini la mesure de sa finitude. Contre la gnose néo-platonicienne qui fait payer la plénitude promise au prix du refus du corps mortel.
  • La recherche de la présence a pour corollaire une interrogation sur le lieu, voire sur ce qu'Yves Bonnefoy appelle le "vrai lieu". Celui-ci n'est pas une abstraction, mais un fragment de territoire concret où se produit soudain une espèce de révélation profane.

    Le "vrai lieu" est celui où l'infini tout à coup "se déclare" et se donne à lire dans le fini. Il ne représente donc, à vrai dire, qu'un "moment consumé". 
  • On voit alors la poésie tenter de parvenir à un nouveau sentiment de l'universel qui, selon les mots de Bonnefoy dans Les Tombeaux de Ravenne
    "n'est pas cette certitude abstraite qui pour être partout la même ne vaut vraiment nulle part.
  • L'universel a son lieu. L'universel est en chaque lieu dans le regard qu'on en prend, l'usage qu'on en peut faire.
  • " La véritable immortalité, ajoute-t-il, est simplement "de l'éternel que l'on goûte", et non pas "la guérison de la mort".
  •  Il rapatrie au sein du monde sensible et de la conscience humaine lucide ce dont la religion se nourrissait naguère.
  • Des mots comme « clairière », « verger », « paroi », vont ainsi dessiner dans la poésie française des années 50 une sorte de géographie aléatoire de l'Etre et du sens. Ils se trouvent essentialisés. Ils construisent un paysage préservé, aux antipodes de la cité.

    La langue poétique ressemble à ce dont elle parle, et devient à son tour telle un archipel de sites surdéterminés, de lieux de résistance. Comme si la modernité avait besoin de dresser, en face de l'éphémère et du contingent dont elle est la conscience et la voix, des points de référence où le sentiment de l'éternité viendrait se loger sans occulter pour autant la précarité de la créature qui l'éprouve .

 

  • Chez Philippe JACCOTTET, le lieu poétique par excellence, celui qui fait office de modèle, serait le verger :

    "Je crois bien qu'en tout verger, l'on peut voir la demeure parfaite: un lieu dont l'ordonnance est souple, les murs poreux, la toiture légère; une salle si bien agencée pour le mariage de l'ombre et de la lumière que tout mariage humain devrait s'y fêter, plutôt qu'en ces tombes que sont devenues tant d'églises."

 Pour lui, la tâche ultime de la poésie consiste à transcrire une expérience singulière qui porte en elle-même sa nécessité. A la façon des Rêveries du promeneur solitaire, il en décrit soigneusement le cadre et les circonstances. Il confie à l'écriture le soin de répercuter des échos dont le monde sensible est la source et dont l'homme est à la fois le témoin et le lieu de résonance.