Extraits des travaux/ questionnements (voies d'accès) préparatoires à ''la dramaturgie polyphonique'' du 8 mars 2026
Parler de dramaturgie c'est parler de théâtre
Comment, ici ?
Avec le mot ''Acte'', (il y aura 3 "actes") qui impose une lecture ''traditionnelle'' où - en direct- une situation initiale (un équilibre) va après un/des bouleversement/s (''tournant/s narratif/s'', épisodes) retrouver un nouvel équilibre, un apaisement, une possibilité de continuer, cahin-caha (quoi ?) jusqu'à la situation finale, le ''bouclage''.
La situation "initiale" n'étant pas nécessairement la situation "de départ", mais la situation finale, elle, coïncide le plus souvent celle d'arrivée, sauf en cas, en particulier, d'anticipation (procédé que l'on retrouve plutôt dans les récits). Il y a du ''flou'', au départ, entre ce que voit le spectateur, auquel ce qui est raconté peut cacher la réalité de ce qui va être ''la base'' du/des changements/ débats/querelles... ce qui génère les actions successives, ce qui donne une impulsion, pulsion de vie, d'énergie. Avec l'idée d'axe, de ''sens'', de relations/d'interaction des différents textes/fragments les uns avec les autres, pour créer de la profondeur.
Tout cela est au théâtre, porté par des dialogues (les monologues étant, le plus souvent, des dialogues avec une partie - (s)ombre ou pas, intime ou ''sociale'' - de soi-même) ...
Comment des fragments pourraient-ils devenir dialogues porteurs d'une énergie suffisante pour que les spectateurs (et accessoirement les lecteurs) aillent sans ''désespérer...''😏au bout du temps imparti (40/45 minutes) ?
Des lecteurs qui, au lieu d'incarner des ''personnages'' différents vont raconter quelque chose de quelqu'un qui raconte des fragments de sa vie, à des moments différents (en gros, dans une ''durée'' de 10 ans).
Dans quelle mesure le partage des voix donne-t-il une dimension ''épique'', partageable à d'autres ?
Ils ''transportent'' la voix ailleurs sur un autre terrain, invisible, le monde que chacun porte en soi.
Est-ce qu'on peut dire comme le dit Denis Guénoun qu'il y aurait là une sorte de "''Dispersion d’une intimité, qui s’ancre dans la solitude de chaque lecteur et qui multiplie les mises à distance; celui où chaque voix tend à s’élargir en un réseau polyphonique et à devenir "" un groupe, [un coeur,] une bande."" ?
Est-ce que ce que dit ''la passeuse''à ce stade, donne à envisager ''la dynamique'' ? Elle est en (réelle) position de ''rhapsode'' qui mène la scène, qui suture, coud.
Est-ce qu'on peut dire qu'elle tient le rôle du ''chœur'' ce ''personnage'' placé entre le spectacle et le spectateur, complétant, explicitant quelque chose de ma pensée ou même la dépassant, lui donnant la possibilité de se dire, lui conférant une légitimité, celle d'être considérée/traitée comme ''pensée'' ?
La relation aux spectateurs
« À côté du ''dialogue'' indispensable, il y en a presque toujours ‘’un autre’’ superflu, inutile.
(…) le seul que l’âme écoute profondément, parce que c’est en cet endroit seulement qu’on lui parle. (…) ».
Cette citation a peut-être à voir avec l'idée du vide (plein) qui permet d'unifier ce qui est ''ailleurs''.
‘’dialogue autre’’
Dialogue au second degré… qui disloque l’univers représenté, le rendant en quelque sorte multidimensionnel, l’ouvrant à cette dimension dialogique et polyphonique, où sont saisies des voix diverses, la mienne par l'intermédiare d'autres voix encore par le jeu des citations, des allusions à des poètes
Et moi ?
Entre ce que je fais dire de moi, par d'autres que moi en articulant les bribes, comme des sortes de gros rochers permettant de passer à pied sec sur l'autre rivage d'une rivière (en même temps, quel serait ce rivage et cette rivière) ? et l'image que je donne habituellement est-ce que la dynamique est là ou bien est-ce une sorte de ''queue de poisson'' ?
Autre voie d'accès
'' Les fragments oscillent entre ce qui se dit et ce qui se dérobe, entre la matière d’une voix et ce qu’elle laisse en suspens.''
Une lecture plutôt ''phénoménologique''?
La voix comme apparition, une mise en présence, entre ''le dit (qui s'expose) et le non-dit'' (ce qui reste en creux et résiste à la formulation) : Ce ne sont pas seulement des contenus mais des phénomènes qui apparaissent, se retirent, affleurent, reviennent autrement.
Ce n'est pas à proprement parlé une re-présentation.
Les phénomènes apparaissent sans raconter ''une histoire'',
mais une voix, un fragment, un souvenir, une sensation, un geste qui font apparaître des ''éclats d’expérience''; les lecteurs/trices ne jouent pas un rôle, mais laissent advenir une voix ;
Le sens se constitue dans l’écoute, dans la rencontre entre voix et ''auditeurs''.
Dans une dynamique phénoménologique, le sens naît de ce qui apparaît et disparaît dans le même mouvement.
Peut-être ''matérialiste'' (Là où la forme fait sens par sa matérialité même) ?
Avec le texte comme matière, la voix (le corps qui la porte) comme sup-port. La matérialité du texte (sa fragmentation, ses ruptures), la matérialité de la voix (souffle, rythme, grain) qui ''circule'' devenant mouvement physique non seulement symbolique, en ajoutant celle du geste (avec le fil rouge - objet concret signe minimal de tissage - la transmission des fragments ( unités matérielles et non pas psychologiques).
La lecture devient un lieu où l’on ''manipule'' des matériaux : voix, textes, rythmes, silences.
Refus de la psychologie, de la représentation, de l’unité narrative, de la démonstration.
Elle privilégie : l’apparition, la sensation, la présence, la matière, la circulation.
Entre phénoménologie et matérialisme contemporain,
Le sens naît de ce qui apparaît, de ce qui circule, de ce qui se donne dans sa matérialité.
« La polyphonie fait apparaître des voix dans leur matérialité : un souffle, un rythme, un passage. »
Et cependant c'est aussi un espace où s’affrontent, se croisent, se répondent deux manières de comprendre ce qui fait ''la réalité'', ce qui ''existe'' idéalisme et matérialisme : l’une tournée vers le sens (l’invisible), le sens et l’autre vers le sensible, (la matière).
Ces deux pôles cohabitent. L’idéalisme La recherche d’un sens, même fragile. Le désir de transmission. La mémoire comme forme. La voix intérieure, intime, presque conceptuelle (filiation/généalogie/légitimité). La métaphore du tissage. Le matérialisme avec le fragment comme unité brute, non interprétée.
Le souffle, la voix, le corps des lecteurs. Le fil rouge comme objet concret. La lecture comme atelier, comme manipulation de matériaux. Les ruptures, les blancs, les hésitations. La circulation physique des voix.
Une tension/énergie productive entre les deux ?
Entre ce qui est dit et ce qui reste en suspens, entre la mémoire intime et la matérialité du fragment, entre la voix intérieure et la voix incarnée, entre le désir de forme et la résistance du matériau, entre le fil symbolique et le fil concret.
L’énergie de la polyphonie viendrait du fait que l'ensemble ne soit ni trop conceptuel, ni trop ‘’brut’’.
Que la tension protège le texte de la confession, d'une trop grande exposition de ''ma voix''. Elle donne une profondeur à la fragmentation, rend la polyphonie vivante.
Elle peut créer (je l'espère) un espace où le public peut penser, sentir, respirer.
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