Début du poème ''De la nature'' de Parménide (Ve siècle avant J-C) traduit par A. Fairbanks. (Illustration By Sergio Spolti wikipedia)3 liens : 1) fr.wikipedia.org sur Parménide 2) plato-dialogues.org : Le Parménide de Platon et 3) Pour une même structure imaginaire : you tube ''Le saut du tremplin'' de Théodore de Banville dit par l'enchanteur Gérard Philippe
Parménide d’Élée incarne l’idéal du philosophe authentique qui privilégie la vérité rationnelle sur les commodités de l’opinion.
Cette exigence d’authenticité intellectuelle constitue un modèle permanent pour quiconque entreprend de penser rigoureusement les questions ultimes de l’existence.
Sa doctrine apparemment abstraite, pose les questions essentielles qui nourrissent encore la réflexion contemporaine. Il fonde en raison l’exigence de vérité.
Platon lui consacre un dialogue qui porte son nom, ''le Parménide'', pour traiter la question de ''l'Être'', -qui ''est''- par opposition au ''Non-Être'' qui n'est pas
Le Parmenide de Platon: extraits traduits
(La liste des extraits traduits se trouve à la fin de l'introduction, qu'il est fortement recommandé de lire avant de passer à la lecture des traductions). Comme dans toutes les traductions ...
https://www.plato-dialogues.org/fr/tetra_6/parmenid/extraits.htm
Pour Parménide il existe un domaine supérieur de compréhension mal interprété par les êtres humains. ''(...) une voie qui est et une voie qui n'est pas [une voie de vérité et une voie d'opinion]. Il n'y a rien d'autre que ce qui est, et il n'y aura rien d'autre, car le Destin l'a enchaîné pour qu'il reste entier et immuable.
La puissance de la Vérité entraîne l'esprit au-delà des illusions du monde sensible.
'' I / Les cavales qui m'emportent au gré de mes désirs, se sont élancées sur la route fameuse de la Divinité, qui conduit partout l'homme instruit;
c'est la route que je suis, c'est là que les cavales exercées entraînent le char qui me porte.
Guides de mon voyage, les filles du Soleil, ont laissé les demeures de la nuit et, dans la lumière, écartent les voiles qui couvraient leurs fronts.
Dans les moyeux, l'essieu chauffe et jette son cri strident sous le double effort des roues qui tournoient de chaque côté, cédant à l'élan de la course impétueuse.
Voici la porte des chemins du jour et de la nuit, avec son linteau, son seuil de pierre, et fermés sur L'éther ses larges battants, dont la Justice vengeresse tient les clefs pour ouvrir et fermer.
Les filles du soleil la supplient avec de douces paroles et savent obtenir que la barre ferrée soit enlevée sans retard; alors des battants elles déploient la vaste ouverture et font tourner en arrière les gonds garnis d'airain ajustés à clous et à agrafes; enfin par la porte elles font entrer tout droit les cavales et le char.
La Déesse me reçoit avec bienveillance, prend de sa main ma main droite et m'adresse ces paroles:« Enfant, qu'accompagnent d'immortelles conductrices, que tes cavales ont amené dans ma demeure, sois le bienvenu; ce n'est pas une mauvaise destinée qui t'a conduit sur cette route éloignée du sentier des hommes; c'est la loi et la justice. I1 faut que tu apprennes toutes choses, et le cœur fidèle de la vérité qui s'impose, et les opinions humaines qui sont en dehors de le vraie certitude.
Quelles qu'elles soient, tu dois les connaître également, et tout ce dont on juge il faut que tu puisses en juger, passant toutes choses en revue. Allons, je vais te dire et tu vas entendre quelles sont les seules voies de recherche ouvertes à l'intelligence; l'une, que l'être est. que le non-être n'est pas, chemin de la certitude, qui accompagne la vérité; l'autre, que 1'être n'est pas: et que le non-être est forcément, route où je te le dis, tu ne dois aucunement te laisser séduire.
Tu ne peux avoir connaissance de ce qui n'est pas, tu ne peux le saisir ni l'exprimer; car le pensé et l'être sont une même chose. II m'est indifférent de commencer d'un côté ou de l'autre; car en tout cas, je reviendrai sur mes pas. II faut penser et dire que ce qui est; car il y a être : il n'y a pas de non-être; voilà ce que je t'ordonne de proclamer. Je te détourne de cette voie de recherche où les mortels qui ne savent rien s'égarent incertains; l'impuissance de leur pensée y conduit leur esprit errant: ils vont sourds et aveugles, stupides et sans jugement; ils croient qu'être et ne pas être est la même chose et n'est pas la même chose; et toujours leur chemin les ramène au même point.
Jamais tu ne feras que ce qui n'est pas soit; détourne donc ta pensée de cette voie de recherche; que l'habitude n'entraîne pas sur ce chemin battu ton œil sans but, ton oreille assourdie, ta langue; juge par la raison de l'irréfutable condamnation que je prononce.''
Le poème se divise en trois parties qui imitent la progression de la révélation philosophique depuis l’ignorance vers la connaissance authentique :
1. Le prologue mythologique (celui copié/collé en infra).
Le philosophe (Parménide) est présenté comme emporté sur un char, par des juments immortelles, guidé par les ''filles du soleil'', vers la demeure d’une déesse qui lui révèle la vérité. C'est une allégorie du voyage initiatique, qui conduit de l'obscurité de la Nuit vers la Lumière de la Vérité et de la Justice.
Transposition de l’expérience de la découverte philosophique, elle illustre le chemin initiatique de l'âme :
Les chevaux représentent la force et la rapidité du mouvement vers la connaissance,
Les ''filles du soleil'' symbolisent l’illumination apportée par la raison, seule à même de conduire/guider l’âme depuis les ténèbres de l’ignorance vers la lumière de la connaissance et franchir les portes de l'être, accéder à la compréhension du réel.
L'essieu du char, qui émet un cri semblable à une flûte, souligne la tension et l'énergie du voyage,
Les portes qu'il traverse, gardées par la Justice, marquent la transition entre le monde sensible et le monde intelligible, entre les apparences et la Vérité. La déesse (autorité religieuse) qui accueille le philosophe représente la Vérité personnifiée. Vérité qui se révèle (révélation philosophique) à celui empruntant la voie droite de la raison.
La démonstration procède par élimination des impossibilités logiques : l’être ne peut naître (du néant ou d’un autre être), ni périr (vers le néant ou vers un autre être), ni changer (ce qui supposerait l’altérité).
Cette méthode, en écartant toutes les déterminations empiriques, révèle l’être dans sa pureté absolue.
Le poème de Théodore de Banville qui suit ...
partage, avec Parménide, une même structure imaginaire : un départ, un arrachement, une ascension, une rencontre avec un au‑delà du monde ordinaire.
Un clown marqué par l’excès : barbouillé de couleurs, acrobate prodigieux, échappe à la pesanteur, franchit les « escaliers de Piranèse », se détache de tous ceux qui restent au sol.
Le départ - séparation : quitter les humains ordinaires pour entrer dans un autre régime d’être.
Monter, franchir des seuils, avec un tremplin qui devient un instrument métaphysique qui projette le clown « jusqu’aux sommets », pour dépasser, traverser les couches du cosmos. Il devient un voyageur céleste — une figure comique qui touche au sublime. Il ne reçoit pas, comme Parménide, une vérité, mais il se dissout dans les étoiles. Il ne rencontre pas une Déesse, il rencontre l’infini. Il n’obtient pas un savoir, mais une transfiguration poétique.
Une célébration de l'acte créateur : le saut comme acte de dépassement, d’arrachement, d’amour fou et de liberté.
Le saut du tremplin
Clown admirable, en vérité !
Je crois que la postérité,
Dont sans cesse l’horizon bouge,
Le reverra, sa plaie au flanc.
Il était barbouillé de blanc,
De jaune, de vert et de rouge.
Même jusqu’à Madagascar
Son nom était parvenu, car
C’était selon tous les principes
Qu’après les cercles de papier,
Sans jamais les estropier
Il traversait le rond des pipes.
De la pesanteur affranchi,
Sans y voir clair il eût franchi,
Les escaliers de Piranèse.
La lumière qui le frappait
Faisait resplendir son toupet
Comme un brasier dans la fournaise.
Il s’élevait à des hauteurs
Telles, que les autres sauteurs
Se consumaient en luttes vaines.
Ils le trouvaient décourageant,
Et murmuraient : « Quel vif-argent
Ce démon a-t-il dans les veines ? »
Tout le peuple criait : « Bravo ! »
Mais lui, par un effort nouveau,
Semblait roidir sa jambe nue,
Et, sans que l’on sût avec qui,
Cet émule de la Saqui
Parlait bas en langue inconnue.
C’était avec son cher tremplin.
Il lui disait : « Théâtre, plein
D’inspiration fantastique,
Tremplin qui tressailles d’émoi
Quand je prends un élan, fais-moi
Bondir plus haut, planche élastique !
« Frêle machine aux reins puissants,
Fais-moi bondir, moi qui me sens
Plus agile que les panthères,
Si haut que je ne puisse voir
Avec leur cruel habit noir
Ces épiciers et ces notaires !
« Par quelque prodige pompeux,
Fais-moi monter, si tu le peux,
Jusqu’à ces sommets où, sans règles,
Embrouillant les cheveux vermeils
Des planètes et des soleils,
Se croisent la foudre et les aigles.
« Jusqu’à ces éthers pleins de bruit,
Où, mêlant dans l’affreuse nuit
Leurs haleines exténuées,
Les autans ivres de courroux
Dorment, échevelés et fous,
Sur les seins pâles des nuées.
« Plus haut encor, jusqu’au ciel pur !
Jusqu’à ce lapis dont l’azur
Couvre notre prison mouvante !
Jusqu’à ces rouges Orients
Où marchent des Dieux flamboyants,
Fous de colère et d’épouvante.
« Plus loin ! plus haut ! je vois encor
Des boursiers à lunettes d’or,
Des critiques, des demoiselles
Et des réalistes en feu.
Plus haut ! plus loin ! de l’air ! du bleu !
Des ailes ! des ailes ! des ailes ! »
Enfin, de son vil échafaud,
Le clown sauta si haut, si haut,
Qu’il creva le plafond de toiles
Au son du cor et du tambour,
Et, le cœur dévoré d’amour,
Alla rouler dans les étoiles. (Février 1857.)
Poème du recueil ''Odes funambulesques'' (1857), de Théodore de Banville. Composé de 12 sizains en octosyllabes, aux rimes plates suivies de rimes embrassées (AABCCB). Le clown est ici une métaphore du poète, entre ciel et terre.
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