Dialogue en dérivation : “Vivre ou Mourir ? Choisissez en toute sérénité. Vous avez 48 heures. Humanisme 2.0.” Théâtre de Claire Antoine. 2 liens: 1) fabula.org pour un article de Caroline Anthérieu-Yagbasan ''Utopie ou le désir, d’ailleurs ?''; 2) fr.wikipedia.org pour l'article ''Euthanasie''
Il suffit parfois d’une phrase publicitaire, anodine en apparence, pour faire déraper la pensée. Et voilà que les voix se mettent à discuter entre elles, à se contredire, à glisser d’un registre à l’autre. Sous la surface différentes couches affleurent, sans que l'une n'efface l'autre : la grammaire, la peur, la politique, l’utopie douce, la mort programmée.
''Vivre ou Mourir ? Choisissez en toute sérénité. Vous avez 48 heures. Humanisme 2.0.”
Deux personnages et une voix off
Un/Une et Un/Une bis dialoguent sur les marches d'un escalier. Un/Une regarde sa tablette. Un/Une bis fait des exercices de gymnastique du visage
Un/une (ironique) -Voilà une publicité qui tombe à pic ! Ecoute ça : ''Pour que mes proches puissent, à ma mort, vivre leur deuil sereinement''.
Un/une bis - Et alors ? Qu'est-ce qui te choque là-dedans ? Parce que là, tu ne te vois pas ! Tu convulses, on dirait ! Tu fais tes grimaces de panique. Moi, voilà ce que j'appelle une phrase bienveillante. D'ailleurs ce n'est pas une phrase, il manque quelque chose qui s'appelle ''la proposition principale''.
Un/une - Tu as raison. La voici : ''J'organise mes obsèques à l'avance, pour que ...taratatataratata''
Un/une bis - Et qui parle ?
Un/une - Une femme souriante dans la soixantaine ou moins. Elle semble apaisée, sereine.
Un/une bis- Tu devrais l'être aussi si tu arrêtais de trembler. Avant la dégradation, elle tient encore sa vie en main. Elle est libre, elle dit ''Je''. Elle gère. Elle organise. En pleine conscience, clarté mentale. Et elle veut y rester. Laisser cette image d'elle à ses proches. Elle regarde la mort en face. Toi, tu la regardes de biais.
Un/une - Elle nous regarde nous, surtout.
Un/une bis - Toi, en fait, toi tu flippes. Elle n'a pas peur, elle. Et elle veut te faire passer sa sérénité.
Un/une - Une contamination, une contagion de sérénité. Un trucage : le point de vue interne.
Un/une bis - Elle met dans la balance sa ''mort'', et ''leur deuil''. Sa ''mort'' et leur vie, potentiellement - on est dans une proposition subordonnée de but, au subjonctif - sereine, je te répète. Elle pourrait ne pas l'être...
Un/une - Si je ne mourais pas ?
Voix off - Demandez votre devis gratuit ! Demandez votre devis gratuit ! Demandez votre devis gratuit !
Un/une - Parce que ce dont il est question, c'est de ''ma mort''. En fait, comme elle dit ''Je'', toutes les personnes qui lisent le texte disent aussi ''Je''. Chacun y lit sa propre mort.
Un/une bis - Pff ! L'analyse de texte à deux balles.
Un/une - Texte publicitaire...Et alors, il faut bien que les études littéraires servent à quelque chose...Partout on te parle de ''récit''. Mettre en ''récit'', changer de ''récit'', faire le bon ''récit'' pour que ''ça'' coopère...
Un/une bis - Ne t'emballe pas. Je ne te suivrai pas sur ce terrain. Tu ne veux pas mourir dignement, en souriant, dans l'acceptation et la résilience, en mettant tes proches à l'abri du stress de ton enterrement ? Tu préfères participer au chaos du monde ?
Un/une - On se fait rouler affectivement. Ce sourire confiant… c’est presque une injonction.
Un/une bis - Tu as toujours peur de ça, l'immersion psychologique. Tu te méfies de tout ! Un peu parano voire complotiste, la Un/une tout court. Mais si, toi aussi, tu souriais, un peu...en sachant que tes proches n'auront pas à supporter les frais de ton enterrement, ils souriraient aussi et ...donc, ils souffriraient moins, peut-être même plus du tout.
Un/une - D'autant qu'ils n'auront rien à payer...Tu as raison ! C'est une histoire de dignité, de respect. Souffrir te retire ta dignité d'être humain. Plus personne n'a le droit de souffrir. Nouveau devoir pour une nouvelle table de la loi !
Un/une bis - N'ironise pas ! Toutes les lois votées aujourd'hui vont dans ce sens. Elles permettront de cadrer, synchroniser, organiser, prévoir... prévoir, à la minute près, l'heure de notre mort, - hors accident, évidemment -. La mort pourrait devenir un créneau. Un horaire. Un rendez-vous. Plus d'angoisse ni d'agonie ...
Un/une - Là c'est toi qui t'emballes ...
Un/une bis - De plus, réfléchis 5 minutes, de façon pratique et raisonnable, par rapport au Budget du pays, dont tu connais le problème : plus besoin d'hôpitaux, de médecins, de soignants, ni même de soins ''palliatifs''. Pour ''pallier'' quoi ? Tant mieux, d'ailleurs, parce que tout le monde ne peut pas se les payer.
Un/une - Tu as raison, on n'aurait plus besoin que, pour peut-être 1/2 heure, le temps que le processus s'accomplisse d'une main secourable, et encore seulement si tu n'es pas en état ou si tu as mal prévu ton coup. Tu imagines le gain : une seule personne, un seul jour, pour toute une rue... Oui. ca fait rêver. Mais dis-moi, en plus, ça corrige l'inégalité sociale. Tout le monde à la même enseigne. Nous voilà dans les valeurs ! Les valeurs de la Vie.
Un/une bis - Oui. La vie sans le mal ! Ce n'est pas merveilleux ? Fini de se plaindre. Aller ''mal'' ne sera plus permis, disparaîtra du vocabulaire.
Un/une - Et comme chacun sait, sans les mots pour formuler les idées, il n'y a plus d'idées !
Voix off psalmodiant (accompagnée et ''débordée'' par une musique douce genre ''symphonie du nouveau monde'' ou ''Le roi lion'') - Je rêve d'un monde où le mal serait prohibé, où seuls le bonheur et la joie auraient droit de cité. Utopia ! Utopia ! Le yin et le yang mêlés, fondus en gris. Une médaille sans revers. Un ruban de Möbius ! Finis les discutailleurs, les antagonismes, les luttes.
Un/une bis - Au moins tu as arrêté ta gym du visage. Tu me fais peur avec tes mimiques grimaçantes. Tu ne vois pas que tes rides s'accentuent ? Crois-moi ça ne te rajeunis pas. Alors ? Tu te décides pour tes obsèques ?
Fin ?
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Utopie ou le désir, d'ailleurs ?
Ce titre de Thomas Bouchet est peut-être celui qui incarne le mieux l'exigence de la collection " Le mot est faible ", placée sous l'égide de Georges Orwell. En effet, prévient l'auteur dès ...
https://www.fabula.org/revue/document14183.php/sommaire14149.php
Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre. À l'origine, l' euthanasie (du grec ancien εὐθανασία / εὖ euthanasía: / θάνατος / eû, "bonne", thánatos, "mort") est le fait...