( Suite) Extraits des travaux/ questionnements (voies d'accès) préparatoires à ''la dramaturgie polyphonique'' du 8 mars 2026 - Fil de réflexions - à la suite de la lecture d’un article de Jean-Philippe Cazier, intitulé : ‘’ Pasolini : Aucune société ne contient le monde (Transhumaner et organiser)’’. Pour le passionnant texte intégral : lien diacritik.com

Publié le par Claire Antoine

( Suite) Extraits des travaux/ questionnements (voies d'accès) préparatoires à ''la dramaturgie polyphonique'' du 8 mars 2026 - Fil de réflexions - à la suite de la lecture d’un article de Jean-Philippe Cazier, intitulé : ‘’ Pasolini : Aucune société ne contient le monde (Transhumaner et organiser)’’. Pour le passionnant texte intégral : lien diacritik.com

Fil de réflexions '' ex-plosées''sur ma polyphonie à la suite de la lecture d’un article de Jean-Philippe Cazier, intitulé : ‘’ Pasolini : Aucune société ne contient le monde (Transhumaner et organiser)’’

                                         Au cœur d'une ''dramaturgie polyphonique''

Une sorte de résonance structurelle entre le montage, l’hétérogène, l’explosion tenue par une forme

Un ordre qui n’unifie pas : l’écriture tend vers l’explosion, il règne une forme d’anarchisme. Le texte organise une forme d’ordre où le divers demeure tel quel, exhibé en lui-même.

''Organiser'' ( Pasolini )  = faire coexister, juxtaposer, monter

La forme n’a pas pour fonction de lisser, mais de tenir ensemble ce qui ne se résout pas. Non pas l’unité mais la coexistence.

L’ordre devient un plan de circulation qui permet aux voix, aux fragments, aux intensités de se répondre sans se fondre. Une forme qui protège l’hétérogène. J’ai peur que parler de mon vécu ne soit trop personnel, que citer des auteurs ne soit trop « universitaire », que montrer mes références ne soit que vanité, que prologue et épilogue ne soient qu’une manière de « compenser »…

Or le fragment, le vécu, la référence, la pensée — tout cela n’a pas à être homogénéisé.

Dans l’ensemble de la dramaturgie, on peut considérer que le personnel n’est pas confessionnel, que le théorique n’est pas professoral, que le fragment n’est pas un manque, que les références ne sont pas des vanités, mais des matériaux hétérogènes qui coexistent sans devoir se justifier les uns devant les autres.

C’est ce que Cazier appelle transhumaner : faire passer, faire circuler, faire coexister.

Le prologue est un plan de montage, un tissage, un ensemble éclaté mais tenu.

Plan de circulation qui permet aux voix de se déployer, de composer un espace, de tenir les écarts, de laisser l’hétérogène être hétérogène, donner une forme qui n’écrase rien. En somme une une dramaturgie qui assume que l’unité n’est pas la finalité.

J’ essaye de passer de l’ inquiétude, celle de «bricoler un ensemble disparate» à une assomption : mon geste n’est pas un défaut, c’est une esthétique, il compose un plan polyphonique, où le divers est la seule unité.

Même si j’ai cette impression que je reste polarisée sur le scolaire, le littéraire, mes incompétences…je pense que c’est ma manière singulière d’organiser l’hétérogène

Cazier évoque un ensemble « qui éclate de toutes parts », il décrit une tension, pas un chaos. L’éclatement c’est le fait que rien n’est ramené à une unité supérieure.

Il me semble que je pourrais concevoir la polyphonie comme un éclatement intérieur, presque ''souterrain'' : faire coexister le vécu, le théorique, le fragment, refuser de lisser, laisser les voix demeurer distinctes, sans synthèse, tenir ensemble des matériaux qui ne se ressemblent pas.

Un éclatement peu bruyant mais contenu, organisé, pas centrifuge où tout partirait dans tous les sens, pas centripète, où tout affluerait vers un centre poreux, pas silencieux, où les fragments cohabiteraient sans se résoudre, mais tissé, les écarts sont maintenus par un fil, où la forme relie sans réduire, sans unifier.

Cf.Cazier '''' organiser'', faire tenir ensemble ce qui ne se ressemble pas, qui éclate de toutes parts''.

S'il faut parler ''d'anarchisme revendiqué'' dans toutes ses dimensions, pour Pasolini, en ce qui me concerne ce serait plutôt une sorte ''d’ anarchisme soigneux'', pour ne pas dire ''besogneux''..., qui ne se confond pas avec le désordre, même récupéré, en oeuvre magistrale.

Le « scolaire » qui me gêne aux entournures, pourrait être vu comme appartenant à ce qu'on pourrait appeler une ''éthique de la précision'', des matériaux, des pôles de tension, pas des cadres qui enferment, pas des limites, mais des formes dramaturgiques : une façon de penser la forme comme protection.

Et le « littéraire » est là pour habiter la langue avec soin. Ce que je ressens comme des « incompétences » je le ressens aussi comme des zones de fragilité qui permettent d’ouvrir l’espace polyphonique.

Ecrire depuis ma porosité. Une posture d’humilité active, qui permet de créer l’espace polyphonique. La condition de l’éclatement.

                                                                          ‘’Généalogie’’ ?

En fait, en réfléchissant, en essayant de comprendre la source, la dynamique, la manière singulière dont s’est formé cet ''éclatement tissé'', son moteur discret. Je me dis qu'il est tout à fait possible que ces textes disparates  trouvent un sens tout simple,  qu'ils soient une adaptation du métier de prof de français

 .              ‘’ Une histoire de prof’’ devient une dramaturgie, un milieu d’émergence.

                                              Une éthique de la transmission

Être prof de français, c’était faire circuler des textes, accueillir des voix différentes,  prêter une attention extrême à la langue, lire dans le détail. Composer avec l’hétérogène, tenir ensemble des fragments, inventer des passages, adapter sans cesse une forme à une autre. En étant sensible à la pluralité des interprétations avec une pratique quotidienne du montage (entre élèves, œuvres, exercices, fragments). Découper, expliquer, mettre en voix,  faire circuler entre des personnes différentes, accueillir des interprétations inattendues, ajuster les mots à chaque élève.

Au fond, une pratique pédagogique, ‘’dramaturgie polyphonique avant la lettre’’, transformée, transmutée en geste artistique.

                Où une ‘’culture’’ de la relation aux textes devient matière dramaturgique.

                                            ‘’Une séquence’’ transfigurée

Sans structure institutionnelle, sans hiérarchie, sans obligation.

Ce qui reste c’est la pluralité, le montage, la circulation, l’écoute, la fragmentation, la mise en relation. Sans la correction, l’évaluation, la justification, la maîtrise.

C’est une pédagogie devenue poétique. Ecrire à partir de/depuis mon  ‘’histoire de prof’’.  Dans une généalogie créatrice.

Déploiement de mon ex. métier dans un autre espace. Une classe transfigurée en atelier, en scène, ''en constellation''.

                                      Dans une coexistence calme, sans dispersion.

Ce geste-là, peut alors être reconnu et devenir alors, une matière poétique, une forme, une manière d’être au monde.

La dramaturgie polyphonique n’est pas un « projet littéraire » tombé du ciel, ce serait la transfiguration d’une ‘’scène’’ habitée pendant des années : une classe, des textes, des voix, des hésitations, des résistances, des petites victoires minuscules, des fragments qui s’assemblent sans se fondre.

      Matrice secrète, 'la source' retrouvée comme un réservoir de gestes, de formes, de sensibilités. 

          Une pédagogie transfigurée qui fait circuler, coexister, entendre -> l’ « organiser » de Cazier .

Sentir le moment où une voix peut entrer, repérer les zones de fragilité, donner juste assez de cadre pour que ça tienne, laisser l’hétérogène vivre, faire une synthèse qui n’est pas une clôture, mais un élargissement.

         

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