La Grande Guerre par le prisme des femmes et du genre : extraits d'un article d'Audrey Gelman, à destination des profs d'histoire-géo. 2 liens 1) académie de Paris; 2) Journal paysan breton : article passionnant de Carole David sur les héroïnes oubliées de la guerre de 14-18 et leur émancipation éphémère

Publié le par Claire (C.A.-L.)

Par sa nature, par le traumatisme qu’elle engendre, la guerre [apparaît comme] conservatrice, voire régressive, en matière de rapports entre les sexes.

 

L' extrait d'"article", qui suit résonne aujourd'hui à plusieurs niveaux, date en fait du 3 novembre 2014, avant donc la guerre en Ukraine. Je l'avais posté dans le cadre de mon atelier d'écriture( poétique) de/sur la guerre. 

 

Il s'attarde sur un seul aspect : les violences faites aux femmes, pendant "la GRANDE guerre" : période  étudiée au collège, en 3ème.

 

Comme toujours, il est préférable de lire les articles dans leur intégralité  (cf les liens)

 

                                                            

 

Quelques éléments centrés autour des violences sexuées et sexuelles de guerre

"les femmes dans les zones occupées : les oubliées de l'histoire

Dans les territoires occupés ... notamment par l'Allemagne en Belgique et dans le Nord-Est de la France, les témoignages d’exactions contre les femmes sont nombreux.

Outre le pillage et les réquisitions, des jeunes filles sont déportées pour travailler dans les champs ou les fabriques ou détenues dans des camps, maltraitées, parfois contraintes à se prostituer.

Les déportations de femmes hors des villes occupées suscitèrent des réactions violentes pour que les Allemands mettent fin à cette pratique dès 1916.

Tous les camps font état, dans des formes comparables, de viols commis par les ennemis dans les territoires occupés : sur le front ouest, en France et en Belgique ; sur le front est, en Prusse orientale, en Russie, en Galicie autrichienne et en Serbie. Ces viols font l’objet, à des fins de propagande, de rapports publiés par toutes les nations belligérantes.

En France, les rapports sont l’œuvre de la Commission d’enquête en vue de constater les actes commis par l’ennemi en violation du droit des gens. La quasi-totalité des quotidiens en publient une partie à la mi-janvier 1915 : cela fonde le discours français sur les atrocités allemandes pendant toute la guerre.

L’enquête est directe, on va même dans les territoires évacués par les Allemands après la bataille de la Marne.

On cherche à établir que le viol a été une pratique de masse

(mais l’information statistique fait défaut).

 

Stéphane Audoin-Rouzeau remarque à ce sujet que le thème des viols est un objet culturel nouveau, symptomatique des franchissements de seuils de la violence de guerre d’un conflit à l’autre : la propagande de la guerre de 14-18 leur fait la part belle tandis que celle de la guerre de 1870-1871, si elle développait déjà les thèmes des atrocités prussiennes et de la barbarie teutonne, restait beaucoup plus discrète sur le viol.

 

Il est difficile de quantifier les viols commis par les troupes d’invasion car la honte pousse les femmes au silence,

mais le débat sur les « enfants de l’ennemi » révèle en France l’ampleur du problème. (...)

 

Les viols de guerre apparaissent le plus souvent comme des viols de groupe et présentent fréquemment des points communs dans les récits qu’en font les victimes : omniprésence des armes et particulièrement de la menace de la baïonnette, qui marque les esprits ; ils s’accompagnent parfois de pillages, de coups, voire de la mise à mort ; ils sont souvent publics, commis en présence du père et des enfants.

 

Les contemporains se sont montrés incapables de penser les viols de guerre et de les insérer dans leur système d’interprétation des “atrocités” ennemies :

on ne les considère pas autrement qu’en tant que débordements d’ordre individuel, révélateurs de l’inhumanité ennemie.

Stéphane Audoin-Rouzeau (...) voit quatre éléments :

- la volonté de conquête et d’humiliation de l’adversaire à travers le corps des femmes,

- le rôle joué par l’anomie de la guerre,

- par le port des armes et par le sentiment d’impunité,

le traumatisme du combat et la peur engendrée par des dangers imaginaires,

- enfin l’effet de (petit) groupe : les “groupes primaires” font triompher, au cours du viol collectif,

le mythe de la virilité qui est exalté au combat et scellent ainsi leur camaraderie.

 

Paradoxalement, les journaux édulcorent la brutalité et la crudité des témoignages par l’emploi de la périphrase ou de la métaphore.

Le même processus d’occultation de la réalité du viol se retrouve dans les récits de fiction. En fait, le mot même de viol est rarement prononcé.

L’iconographie participe du mouvement et ne fait que suggérer.

 

Les viols de guerre témoignent cependant d'une certaine ambiguïté.

Ils sont en effet au croisement d’une criminalité sexuelle et de l’image que l’on se fait de l’ennemi.

Ce ne sont pas seulement les femmes qui ont été violées, mais aussi la Nation : souiller les femmes, c’est souiller la Patrie, la terre des ancêtres.

Cette violence est donc tout autant une violence contre l’ennemi qu’une violence contre les femmes.

Profondément sexualisé, le discours de guerre met en avant une division complémentaire de la nation entre l’homme-soldat et les femmes et les enfants assimilés à la terre qu’il défend.

Le rôle des hommes est de défendre l’inviolabilité du corps féminin, symbole de la nation et du foyer, d’où l’équation posée entre pureté nationale et pureté sexuelle qui conduit à une mythification du viol, très présente dans l’iconographie de guerre.

Viol des femmes, viol de la patrie.

Mais aussi, sur un plan symbolique, viol des hommes.

La protection des femmes était l’un des points d’ancrage du sentiment national français et le viol est la matérialisation de l’impuissance des hommes à les protéger.

 

(...) Une des questions a été de savoir s’il fallait supprimer, abandonner ou conserver les enfants du viol. Ce débat est général et implique la presse, les “intellectuels”, les médecins, les féministes, les Eglises, les socialistes, les syndicalistes...

Des féministes (pas les réformistes qui accordent une place centrale aux valeurs de la maternité) demandent d’autoriser l’avortement ou l’accouchement sous X en France, d’autres de parrainer ces enfants de la honte. (...) Si au début de la guerre, les juges sont indulgents pour les infanticides ou les avortements (on craint pour la pureté de la race), avec la chute de la natalité et les pertes humaines des champs de bataille, l’État décide que ces enfants du viol seront élevés comme de bons petits Français et punissent les mères qui les suppriment. En général, on se soucie plus du sort de l’enfant que de la femme.

 

à suivre pour l'exploration du deuxième lien.