Formes littéraires et conscience historique aux origines de la littérature française (1100-1250)

Publié le par Claire

(PUF) par Dominique Boutet
                                                        dans la conclusion

En privilégiant l'analyse historique dont les oeuvres littéraires portent directement ou indirectement témoignage,

mise en évidence à la fois de l'activité de la conscience historique et de la cohérence des systèmes littéraires  qui mûrissent et se succèdent par glissement progressif pendant ce siècle et demi d'émergence des premières formes en langage vulgaire.

Conscience historique partagée entre culte de Modèles dont le passé est chargé de fournir des illustrations convaincantes et dynamiques 

et la perception d'une faille qui tend à couper radicalement ce passé des potentialités du présent : la croisade, le mythe impérial, le modèle arthurien et plus largement le modèle courtois connaissent ce déchirement.


L'idéologie de la translatio studii et imperii comportait elle-même cette dualité :

glorieuse car célébrant transfert du pouvoir et des valeurs civilisatrices vers l'Occident,
elle associe ce transfert à l'idée de déclin et de promesse de fin des temps.

Le pessimisme des cycles en prose tient peut-être à la découverte de cette dualité
Mais, en même temps, la prose, apte à "configurer" le monde réel, incite à confronter cette constatation théorique avec une analyse du réel à prétention mimétique.

La mimèsis mettant en place des rapports qui créent une intelligibilité du réel. 


La crise de la représentation de l'Histoire-d'1 Histoire qui ne peut que renvoyer le Modèle vers un âge d'or définitivement révolu - joue un rôle à la fin du XIIème s.
- apparition formes littéraires à visée réflexe (fabliaux ou Roman de Renart) qui ne peuvent être rattachés à la perspective théologique  de la fin des temps. # proses du Graal.

                                                  (cf M.Stanesco)

Importance du tournant dont l'écriture romanesque est le signe :

   "La perception de l'existence se fait chez l'homme du roman sub specie novitatis"


                    NOUVEAUTE =  CATEGORIE ESTHETIQUE


Raconter des aventures, entendre des nouvelles, découvrir et interroger des merveilles
telle est l'activité de la cour arthurienne, sens du roman  arthurien.
Dans la chanson de geste, au contraire, 
tout est connu d'avance, l'auditoire connaît l'histoire et n'aspire qu'à en entendre la meilleure répétition possible,
et le jongleur qui en déclame une version différente la présente toujours comme la plus véridique càd la plus conforme à une prétendue version primitive.


                              NOUVEAUTE = aussi CATEGORIE HISTORIQUE


Opposition entre un monde "traditionnel" marqué par "la souveraineté du Même" et un monde"nouveau"qui espère la nouveauté comme instance de l'"Autre", permet de décrire le processus historique qui affecte la fin du XII, et le début du XIIIème. Les Proses du Graal, sont un retour vers le temps chrétien des origines. Elles  aspirent à restituer à l'Histoire humaine, transposée dans la fiction romanesque, une vaste unité que signale la circularité du retour vers Sarraz. (la recherche du modèle a déplacé son objet)

Différents genres = fonctions distinctes dans le système littéraire et dans la société.
La Chanson de geste vise à renforcer la cohésion de l'ensemble de la "cité" par célébration valeurs féodalo-chrétiennes et à promouvoir la défense de ces valeurs dans le monde. 
Le grand chant courtois et les différentes  variétés du roman s'intéressent au groupe aristocratique.

Fabliaux et Roman de Renart affirment les droits d'un vitalisme qui cultive le principe de plaisir et bousculent, par transgression systématique des tabous, les interdits que les proses du Graal considèrent comme  infrangibles sous peine de faire basculer la marche de l'Histoire vers le châtiment divin, précipitant la venue de la fin des temps.

Passage de la chanson de geste à celle du roman.

Emergence esthétique du plaisir, de la jouissance et de la curiosité.
ce glissement en recouvre un autre: le passage de l'âge du Père à l'âge du Fils.
Dans répertoire épique Dieu se manifeste, envoie ses anges, manifeste colère, désapprobation...

Dans prose romanesque, le Christ a une place essentielle, (La Passion comme point d'origine de la fiction). C'est lui qui apparaît, au Château de Graal tandis que la figure du père  tend à s'identifier à Adam, au père terrestre.
La prise en compte de la souffrance, du terrestre, du morcellement imprègne l'écriture en prose, dès ses débuts.
COEXISTENCE DES DEUX FORMES : le temps chronologique n'est pas homogène.

Des états de conscience et de représentation différents cohabitent : les traditions d'un genre opposent une résistance.