''Travail'', "Droits et devoirs" et vice versa; Travail et utopie ''techniciste''. 3 liens 1) utopis.hypothèses pour l'article de Catherine Ruchon '' Le travail une notion nomade en lien avec l'utopie'': 2) You tube, pour Herbert Pagani : ''Le train de l'espoir''... 3) culuropoing.com article de Jean-François Dickeli sur Franco Brusati réalisateur de ''Pain et chocolat'', film de 1974

Publié le par Claire Antoine

Politiques et commentateurs répètent à l'envi, depuis quelques semaines surtout, sur fond de chômage,  de réformes, de démissions, et d'ubérisation des emplois, qu'il ne faut pas, ô malheureu·ses·x, confondre "travail" et "emploi"

Voilà ce qu'en dit  le  préambule de la Constitution de 1946, revisitée en 1958 : « Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances. »

Le travail est du côté devoir, de la morale, de la Raison, de la loi ... et l'emploi  de celui du droit, des codes, des règles de ce qui fonde les rapports entre les gens dans la société.  

Donc, tout emploi est un travail, mais tout travail ne se résume pas à un emploi. En fait, le lien entre les deux est assez complexe :    

Si, par exemple, on peut dire qu'un bénévole travaille, celui-ci n'occupe pas d'emploi rémunéré. Toutefois, ce n'est pas si simple et il y aurait bien des choses à dire à ce sujet, comme dire que le travail des bénévoles cache parfois de possibles "emplois". 

On a vu aussi, il y a quelques mois des bénévoles faire leur devoir  ( pour se sentir "des bons citoyens" ) en vérifiant les pass sanitaires, à l'entrée des bars et des restaurants, à la place de la Police.   

                                          Petite digression ...Des droits aux devoirs inaliénables 

S'appuyer sur la Constitution n'est peut-être pas très intelligent puisqu'elle est en passe d'être remaniée si l'on en croit les propos de janvier 2022 du porte parole du gouvernement qui évoquait la décision du gouvernement de poursuivre "la redéfinition de notre contrat social, avec des devoirs qui passe[rai]ent avant les droits (...). 

En effet,  le «contrat social»  d'une société démocratique comme la nôtre, celui  que l'on  donne à connaître aux enfants sur  les bancs de l'école évoque les droits avant les devoirs.  La Constitution  garantit, jusqu'à présent, les droits des personnes. Nous vivons théoriquement sous un état de droit. 

Cette idée d'intervertir les "priorités"  a été  plusieurs fois rappelée par le président  lui-même   : « Avant les droits, il y a les devoirs », à l'égard de la Nation. « On n’arrive pas en disant qu'on doit être considéré, qu'on a des droits ! ».

Or, en démocratie, il n’existe pas de « Déclaration des devoirs de l’Homme », mais une « Déclaration des droits de l’Homme ». On comprend combien cette phrase peut chagriner ! 

                                                          Mais oublions cela pour l'instant 

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J'ai trouvé un texte très intéressant de Catherine Ruchon, ( en lien), qui évoque la notion de travail (devoir) aujourd'hui,  dans  sa relation avec un imaginaire utopiste, puisqu'on a "le droit de rêver", grâce à la présence "urbi et orbi" des "machines" que l'on sait, depuis Guattari, "désirantes". D'ailleurs l'homme, doté d'un "corps sans organes", est lui aussi à considérer comme une machine   

                               En voici quelques emprunts ( plus ou moins copié/collé) 

        L’épanouissement au travail, porté par les imaginaires technicistes relève de l’utopie  

                                                                   Développement 

"La vieille éthique du travail (en gros le travail " souffrance,  contrainte, soumission...")  tend à laisser sa place sous la promotion d’un éthos de la responsabilité, de l’autonomie, de l’enthousiasme, de la confiance, de la légèreté, du transitoire[...]" Druhle, 2004. Au XXIe siècle, la finalité du travail serait donc l’épanouissement de l’individu. 

                                    Grâce aux nouvelles technologies... 

Loin de la conception aristotélicienne du travail comme destructeur du corps et de l’âme, le travail comme nécessité sociale est au fondement même des sociétés industrielles et des utopies concrètes.

                              Un détour par la (les) "Valeur(s) travail"

Le travail est bien plus que la mise à disposition de sa force et de son temps en échange d’un salaire ou d’une rémunération. Il est tout autant une valeur en tant que tel, une façon d’exister socialement, de se vivre, de se représenter, de s’identifier. Un ouvrier, un agriculteur, un cadre, un professeur, un trader… qui ne travaille pas, n’existe plus (au minimum à ses propres yeux), quelle que soit la générosité du système de couverture sociale, car le travail participe à l’insertion sociale et à l’image de soi. Inversement, les personnes affichant clairement leur aversion pour le travail sont considérées au mieux comme marginales, au pire comme asociales ou paresseuses. (...) le travail répond à une injonction sociale et porte les valeurs de sociabilité, de communautarisme, de courage, de dépassement de soi, etc.

Le travail est donc avant tout une valeur (Méda 1995, 2018), et comme toute valeur, elle est évolutive.        Dominique Méda, spécialiste du travail et des politiques sociales (...) présente de façon ironique cette vision "nouvelle" et épanouissante du travail qualifiée d'utopie techniciste :

"Parallèlement, le travail connaîtra une véritable transformation, devenant collaboratif, autonome, libéré. Ce sera non seulement la fin de l’emploi mais aussi la fin du salariat, le plus souvent présenté comme une modalité de travail désuète, rigide et rejetée aussi bien par les entrepreneurs que par les salariés eux-mêmes et plus encore par les jeunes qui l’abhorreraient. Les années qui viennent seront donc celles où se préparent des lendemains qui chantent, sous l’effet disruptif des nouvelles technologies qui rendront le travail humain à la fois superflu et épanouissant.  (MÉDA 2018, EN LIGNE)" 

Cette utopie techniciste s’accompagne d’une utopie gestionnaire qui annoncerait la fin de “la hiérarchie et des organisations de travail verticales” (Méda 2018, en ligne). 

                                           La nouvelle utopie déjà à l'oeuvre

Ainsi que le projette Erik Olin Wright, sociologue spécialiste des utopies sociales, dans son ouvrage, Utopies réelles, le changement peut advenir en se glissant dans certains interstices puis en se propageant dans l’ensemble de la société. Cette « transformation interstitielle » qui s’infiltrerait par les failles des constructions sociales, est peut-être déjà à l’œuvre.

On voit aujourd’hui des professeurs d’université se reconvertir dans la permaculture, l’une des nouvelles utopies en marche, tandis que les citadins se retrouvent dans des potagers collectifs, que des parents donnent de leur temps dans les crèches parentales et que des expert·e·s contribuent collaborativement à l’amélioration d’encyclopédies en ligne. Avec le bénévolat, ou l’engagement dans l’humanitaire, les formes de travail se diversifient.

Si l’éventualité d’une vie sans travail ne semble pas totalement fantaisiste (dans des propositions comme celle de Benoît Hamon qui proposait aux dernières présidentielles un revenu universel et un aménagement du temps de travail ), c’est certainement en partie grâce aux théories utopistes et à leurs réalisations concrètes.

                                                                    En conclusion 

Mais pour que le temps libre soit synonyme d’épanouissement et non de chômage (Drulhe 2004 : 19 ; Méda 2018), il faut imaginer de nouveaux modèles socio-politiques. On peut espérer qu’à l’avenir les tâches soient redéfinies et qu’elles soient non plus génératrices de souffrance mais créatrices et libératrices.

En modifiant les valeurs attachées au travail, en s’opposant aux logiques capitalistes, l’esprit utopique semble se répandre et créer une nouvelle dynamique. L’utopie, c’est d’abord un regard, qui permet de voir autrement, de voir plus loin.