Traduction des vers 138 à 143 de la ''Mosella'' d'Ausone par E. - F. Corpet -Texte numérisé et mis en page par Thierry Vebr et François-Dominique Fournier. Lien remacle.org

Publié le par Claire

Traduction des vers 138 à 143 de la ''Mosella'' d'Ausone par E. - F. Corpet -Texte numérisé et mis en page par Thierry Vebr et François-Dominique Fournier. Lien remacle.org

                                                                       La Moselle et le Rhin

Salut, mère féconde en fruits comme en grands hommes, ô Moselle, toi qu’une illustre noblesse, toi qu’une jeunesse exercée aux armes, toi qu’un langage rival de la langue du Latium pare de tant d’éclat ! La nature a donné à tes enfants des mœurs douces et un esprit enjoué sous un front sévère. Rome n’est pas la seule qui puisse citer des Catons antiques ; Aristide, ce fidèle observateur de la justice et de l’équité, n’est plus seul digne de ce titre qui honore la vieille Athènes. Mais où vais-je, emporté trop loin par mes rênes flottantes, et subjugué par trop d’amour ? Je compromets ta gloire[139]. Muse, renferme ta lyre, et que nos derniers vers résonnent sur ses cordes vibrantes. Un temps viendra où, charmant mes ennuis dans les travaux d’un obscur loisir, et réchauffant mes derniers beaux jours au soleil de la poésie, je chanterai, soutenu par la grandeur du sujet, les hauts faits de chacun des héros belges, et les vertus et les nobles gloires de ma patrie. Les Piérides me fileront des vers faciles et déliés, elles sèmeront ce fin tissu d’élégantes broderies, et la pourpre même sera donnée à nos fuseaux. Que ne dirai-je pas alors ? Je louerai la paix du laboureur, le savoir du magistrat, la puissante parole de l’orateur, sublime appui des accusés ; je chanterai ces hommes, chefs suprêmes de la curie dans leurs municipes, et sénateurs dans leur propre ville ; ceux que leur éloquence, renommée dans les écoles de la jeunesse, a élevés au rang glorieux du vieux Quintilien ; ceux qui ont gouverné leurs cités, qui n’ont point souillé de sang leur tribunal, et qui ont illustré d’innocents faisceaux ; ceux qui ont régi les peuples de l’Italie ; puis, appelés à la deuxième préfecture[140], ont commandé aux Bretons, enfants de l’Aquilon ; celui enfin qui gouverna Rome, la capitale du monde, et le peuple et le sénat, sous un nom qui n’en avait qu’un avant lui dans l’empire[141] : celui-là, bien qu’il ait été au-dessus des princes[142], il se hâte, ô Fortune, d’abjurer ton erreur ; ces honneurs, qu’il a goûtés à peine, il n’en jouira pleinement qu’en les rendant à leurs vrais maîtres, à ces nobles héritiers des empereurs qui remonteront au faîte des dignités suprêmes. Mais achevons, il en est temps, notre œuvre commencée.

Différons l’éloge des hommes, pour revenir à ce fleuve si heureux en sa marche riante au sein des vertes campagnes, et consacrons-le dans les flots du Rhin.
 

A présent, ô Rhin, déroule ta robe d’azur et les verts replis de ton voile, mesure une place à ce nouveau fleuve qui veut t’enrichir de ses ondes fraternelles. Et ses eaux ne sont pas le seul don qu’il t’apporte : mais il vient des murs de la ville impériale ; il a vu les triomphes réunis d’un père et de son fils, vainqueurs partout, sur le Nicer, à Lupodunum[143], aux sources de l’Ister inconnues dans les annales du Latium. Ce dernier laurier de leurs armes t’est venu naguère ; d’autres suivront, puis d’autres encore. Vous, marchez unis, et, de votre double cours, refoulez ensemble la mer étincelante. Ne crains pas, ô Rhin majestueux, de paraître affaibli : ton hôte ne connaît point l’envie. Reste maître à jamais de ton nom : ta gloire est assurée ; ne refuse pas d’adopter un frère. Riche en eaux, riche en Nymphes, ton lit fera la part de chacun ; il divisera sa masse en deux branches, et ouvrira diverses embouchures à vos courants communs. Arriveront sans peine alors des forces qui feront trembler les Francs, les Chamaves et les Germains : tu seras la véritable barrière de l’empire. Tu recevras, de l’union d’un si grand fleuve, un double nom ; et quoique tu coules d’une source unique, on t’appellera le Rhin à deux fronts.
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