Marjorie, ou "le théâtre ?" Elle adore... Zut, quoi !!!! (nouvelle)

Publié le par Claire

                           Marjorie, ou "le théâtre ?, elle adore ...Zut, quoi !"
 
                            NOUVELLE
( appartenant au triptyque  théâtre/récit/journal de bord,autour du même événement) 
 
(*DEMISSION (Courte pièce en 4 parties ) "Il aurait fallu lutter, José; ça ne se fait pas" !
*"Mea culpa" mais, bon..."mea" pas seulement... RECIT de Wilhelmine à la première personne)
  
Marjorie avait un petit visage sans grâce, mais qu'on aurait pu qualifier d'intéressant pour peu qu'on eût voulu en faire un portrait flatté. Ses cheveux entravés par un élastique, dès le matin dans la demi-obscurité de la salle de bain, lui faisaient une petite queue qui pendouillait un peu tristement dans son dos.
Son problème actuel, celui dont elle devait se débarrasser vite fait, tenait en un mot, qu'elle répétait avec une rage voluptueuse : incompétence, incompétenche, tenche, che, che... Son nouveau dentifrice éclaboussa le miroir. Difficile de parler en se lavant les dents. Tant pis. C'était dit. "C'est celui qui le dit qui l'est", entendait-elle souvent dans les cours de récréation. En l'occurrence, là, ce n'était pas exact : exception qui confirme la règle...Elle savait, Marjorie, qu'en s'inscrivant, même si elle attendait encore un peu pour payer sa cotisation, dans l'atelier-théâtre d'un quartier plutôt "prout prout", qu'elle ne rencontrerait pas de comédiens hors pair, mais là...ça battait des records. Sophie l'avait prévenue. " Des clubs comme ça, c'est ringard. Ils ne savent pas bouger, tu vois, ils sont statiques. Ils laissent pendre leurs bras le long du corps, comme des empotés. Ils ne motivent pas leurs déplacements, par exemple...".
Merci Soph, c'est même pire que ça!
Heureusement, songeait-elle en nouant ses convers, que ce n'était qu'un pis aller, en attendant septembre prochain où elle intégrerait à nouveau une vraie troupe. Jean-My s'était enfin décidé à écrire une pièce qu'il allait monter lui-même et dans laquelle elle aurait le rôle principal. Youhou!!! Il l'a quasiment écrite for me...
Manquerait plus que les lacets me restent dans la main.
La troupe à Jean-My....voilà un vrai "atelier", où des gens de  niveau égal s'affrontent, pour servir le "théâtre". L’animatrice, elle veut qu'on l'appelle comme ça, est un mix entre une concierge-elle s'occupe des clés de la salle- et une hôtesse d'accueil. Elle vient toujours à ta rencontre, quand tu arrives, pour te faire la bise, avec un sourire bête. Tu as trop l'impression qu'elle n'attend que toi, tu vois, pour remonter le niveau de l'ensemble. Qu’elle va te sucer ton sang. J'aime pas trop. Je veux encore apprendre, me donner à fond. Je suis jeune. Alors, me retrouver avec des gens...des néophytes, quoi, qui bavent devant le théâtre, qu'ils ont vu à la télé...sans talent, et surtout auxquels il faut tout expliquer...Je suis écrasée.
Les mots n'ont pas le même sens pour eux et moi.
"L'âniiimâtriceu", pour en revenir à elle, est une retraitée, ex-prof de français, paraît-il...Elle devrait rester chez elle. Vouloir encore sévir alors qu'elle a dû malmener des générations d'élèves...Encore que j'y crois pas trop. Elle me paraît grossière. Si elle était comme ça en classe...Bonjour le modèle...Je me demande, en fait si elle a déjà fait du théâtre. Si elle sait ce que c'est. Une participante depuis deux ans, je crois, m'a dit qu'elle ne leur demandait jamais de s'échauffer,  jamais d'exercices, ou très peu. Incroyable. Elle prétexte qu'une séance par semaine d'une heure et demi c'est trop court pour faire autre chose que la préparation des spectacles. Spectacle minable, c'est sûr. Je ne vais pas rester longtemps, sans doute. Elle n'a pas compris qu'il fallait créer le groupe. C'est fusionnel, un groupe. Je ne sais pas, moi, tu te vois tout le temps, tu te touches, tu te téléphones...La direction d'acteurs lui donne, de toute évidence, du fil à retordre. Incompétence : le terme est malheureusement exact.
Dans la chambre un portable sonna. Juste quand je suis pressée... " Soph, salut. Oui, ce soir...Non...Tu exagères, je suis à l'aise dans mon corps, c'est tout. Dis, tu te souviens de Gusbon, il y a deux ans, qui disait que j'étais une boule de muscles...Quoi ? Un petit bouledog...T'es ma copine, mais quand même...Je suis contente que tu viennes, oui, rien qu'une fois, tu te feras une idée. Je t'adore. 20h sur la place. Bisous."
La routine l'accapara ensuite pendant des heures.
Depuis plusieurs années, le théâtre était pour elle un dérivatif, plus, encore, une raison de vivre. Même à l'époque où elle était mariée, elle disparaissait deux soirs par semaine pour "cause de théâtre". Parfois même trois, de suite, juste avant les spectacles. Et l'année où la grande tournée avait été mise sur pied. Enorme. Plus à la maison du tout.
Bon... c'est peut-être parce qu'elle aimait trop ça que Dominique avait fini par trouver le temps long et par la remplacer d'abord de temps en temps, de cinq à sept, comme on dit. Puis un Week End par ci par là. Il est maintenant, pour longtemps, (si j'en crois Benoit, qui ne veut plus décoller de chez eux), avec Martine, une gourde qui fait la boniche comme il aime, comme ils aiment. Mon fils et lui. Incroyable…
Sophie ne put réussir à convaincre son  amie de toujours que ce groupe dans lequel elle s’était fourvoyée, était à fuir au plus vite. « La répétition était  interminable.  J’aurais pu m’endormir 20 fois, Marjo…Même toi, dans ces circonstances, tu es éteinte. Quitte-les sans regret. Tu n’y  gagneras rien. Trouve un autre terrain de jeux, ma puce.»
Mais, le  conseil de Sophie fut  balayé. Marjorie était lancée, elle sentait qu’elle pouvait s’imposer et  trouva une oreille attentive en la personne d’une délicieuse vieille dame d’une soixantaine d’années, dotée d’ une solide expérience du spectacle et qui avait pour elle de posséder une collection d’accessoires et de costumes, qu’elle cousait elle-même, s’il vous plaît, absolument prodigieuse. Cette dernière  s’était inscrite miraculeusement à l’atelier une semaine après Marjorie, et elle  mettait  tout son trésor à disposition, généreusement.
Le clou, c’était la salle de répétition que Claudie avait aménagée, chez elle. Une salle de danse, en fait. Avec barres et miroirs…Seul défaut, c’était petit. Mais génial quand même, si on compare à ce qui est proposé par l’animatriceueu.
Il arriva ce qui devait arriver, dans un milieu un peu moelleux, consensuel, « à côté », où les activités sont considérées comme des  dérivatifs destinés à rendre la vie plus amusante, plus supportable et d’où l’on souhaite bannir les conflits trop violents ; dans un monde où l’inutilité est la règle. Marjorie ferrailla, lutta, lutta. Ce qui lui fut facilité par l’étrange attitude de l’animatrice qui reculait « pied à pied » et laissait sa place, malgré quelques tentatives isolées et maladroites de prendre les choses en main. Les autres comédiens  ne prirent jamais officiellement partie. Ils furent mal à l’aise,  par moments, mais ne mirent pas d’huile sur le feu.
L’ex-prof  ne céda pas vraiment à l’intimidation, aux critiques agressives formulées, en bref aux diverses tentatives que fit Marjorie pour obtenir, elle ne savait pas quoi, d’ailleurs, peut-être une  sorte de manifestation officielle, d’aveu, même et donc pas seulement en creux, de sa supériorité sur les autres participants ; un passage de témoin.
C’est ainsi que le comprit l’animatriceueu, qui, après le spectacle,  quelques jours après, fit part, officiellement de sa démission. Elle donna les noms de Marjorie et de Claudie, pour lui succéder.
Le spectacle en lui-même,  fut réussi, comme les autres années. Le public n'y vit que du feu...Certains allèrent jusqu'à saluer "la bonne entente" qui régnait dans le groupe...Si si il paraît que cela se sentait. 
                                                                           C.A.-L.

 

Publié dans autour du théâtre

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