À revoir - le film muet ''Metropolis'' de Fritz Lang (daté de 1927, mais dont l'action est située en 2026) adapté du roman ''Metropolis'' de Thea von Harbou. 2 liens :1) youtube.com pour le film; 2) fr.wikipedia.com pour une description et d'autres liens

Publié le par Claire Antoine

Metropolis (1927) se déroule en 2026 dans une cité futuriste divisée entre élite dirigeante qui vit dans le luxe
et ouvriers asservis dans les profondeurs pour y maintenir en marche les machines qui font vivre la cité.
Le fils du maître de la ville rencontre une prophétesse prônant la réconciliation, sur fond d’intrigues politiques, de créations mécaniques et de tensions sociales.
Révolutionnaire par ses décors monumentaux, ses effets spéciaux et son imaginaire visionnaire, ce chef-d’œuvre muet de Fritz Lang est considéré comme une œuvre clé de la science-fiction et du cinéma expressionniste allemand.
 
 Petite réflexion désordonnée, non approfondie, qui n'explore pas du tout ce qui relève des codes du genre cinématographique (j'en serais, d'ailleurs, bien incapable) mais qui questionne la devise ''ambigüe'' qui gouverne l’ensemble : ''Entre le cerveau et les mains, le médiateur doit être le cœur.'' Idéal humaniste ou slogan paternaliste qui masque la violence structurelle ? 

La devise de Lang peut être lue comme un appel humaniste : il faudrait un médiateur empathique, un pont moral entre les élites (le cerveau) et les travailleurs (les mains). 
Mais si l’on regarde le film lui-même, ce “cœur” n’est pas une entité abstraite. Il est montré, exposé, surexploité, sacrifié. Le cœur est littéralement la machine-cœur, organe central de la ville.

Cette machine est alimentée par les corps des ouvriers. Elle “bat” grâce à leur souffrance. Elle est exhibée comme un organe vivant, intime, offert au regard du spectateur.  La machine-cœur est filmée comme un corps : elle respire, elle pulse, elle souffre, elle exige des sacrifices. Elle est même montrée comme Moloch, un dieu dévorateur. Les ouvriers y sont engloutis. C’est une métaphore d’une violence extrême.  Dans cette perspective, le “cœur” c’est le peuple réduit à un organe, un pur instrument vital, un réservoir d’énergie qui devient une fonction biologique de la cité. Le peuple est le cœur sacrifié.

Or, comment le peuple pourrait-il être le médiateur entre ceux qui le dominent et ceux qui l’exploitent, alors qu’il est précisément celui qui n’a aucune marge d’action?
Comment un organe réduit à sa fonction vitale pourrait-il “médiatiser” quoi que ce soit ?
Mais, en fait dans le film, le médiateur, celui que la devise présente comme ''le coeur'' a un visage et ''une origine'' : c’est Freder — le fils du maître.
Autrement dit c'est un membre de l’élite qui se présente comme l’interprète du peuple.   Le peuple souffre. L’élite observe cette souffrance et décide de comment la résoudre.
Le médiateur est plutôt un dispositif idéologique. Un rôle inventé pour maintenir l’ordre social tout en donnant l’illusion d’une réconciliation. Le médiateur est : un tampon entre les classes, un alibi moral, une figure paternaliste qui neutralise la colère du peuple en la “représentant”.

 

''2026'' apparaît comme un temps où toute médiation est devenue impossible. 

Si le cœur est le peuple réifié, exposé, sacrifié, alors 2026 est le moment où le peuple n’a plus de voix, où la ''médiation'' n’est plus organique mais idéologique, où le médiateur est un rôle confisqué par l’élite.

Le futur proche (le film est sorti il y a 100 ans rend cette confiscation encore plus glaçante : ce n’est pas une dérive lointaine, c’est une structure déjà en place.

Le film devient presque prophétique, avec ses villes verticales, ses infrastructures souterraines invisibles, sa dépendance totale à des systèmes techniques, ses travailleurs invisibilisés et ses médiations politiques qui prétendent parler “au nom du peuple”.

Le film décrit une structure de pouvoir, étrangement reconnaissable. Mais aussi un futur technologique

 

La machine-coeur de Metropolis pourrait  ( en extrapolant trop sans doute) être interprétée comme un système complexe qui fonctionne comme un "corps collectif".
Dans le contexte de la cybernétique, un système peut être considéré comme collectif lorsque ses éléments interagissent de manière à créer un fonctionnement global, comme le cœur humain, fonctionne en tant que "corps collectif" pour maintenir l'oxygénation et la circulation. 
On a besoin des ouvriers qui font partie du ''processus'' donc ...
Les cœurs artificiels, montrent comment des machines peuvent être intégrées dans des systèmes humains pour améliorer la santé et la survie. 
Dès lors, la machine-coeur pourrait être un exemple de telle interconnexion et fonctionnement collectif dans ''Metropolis''. On pourrait aussi penser à une perspective transhumaniste radicale,
( celle qui prône l'utilisation de la technologie pour ''améliorer'' la vie humaine et prévenir le vieillissement et abolir la mort ). Magie de ces vivants connectés de manière à maximiser leur potentiel, en utilisant des machines comme la machine-cœur pour améliorer leur vie et leur condition. 
 
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