Autre concept celui de ''Progressisme''. Libre adaptation de la première partie de l'article inspirant : ''La perfectibilité humaine, des Lumières au transhumanisme''. Lien : blogs.mediapart.fr, pour l' article qui relate un entretien avec Nicolas Le Dévédec réalisé par Fabien Ferri in ''La Revue du Projet'' n° 55, en mars 2016
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La perfectibilité humaine, des Lumières au transhumanisme
Entretien avec Nicolas Le Dévédec* Liée à l'origine à la perspective d'un progrès social d'ensemble, l'idée de perfectibilité a profondément changé de sens avec ce que l'on appelle le ...
*Nicolas Le Dévédec est politiste. Il est docteur en sciences politiques des universités Rennes-1 et Montréal. Entretien réalisé par Fabien Ferri. La Revue du Projet n° 55, mars 2016
À grands traits :
Quid de l’idée de ''perfectibilité'' depuis le XVIIIe ,
avec comme socle la conception générale et très ancienne d'un ''être humain'' autonome, capable d'agir réflexivement sur lui-même et sur le monde ?
Progresser - Avancer - Maîtriser de mieux en mieux - Aller vers la perfection ...
C'est l'ambition
d'une maîtrise scientifique et technique de la nature – humaine comprise –
afin d’améliorer nos conditions de vie sociales.
Donc (et cf. Rousseau) améliorer l’être humain ''social''
est au cœur de l’idéal démocratique moderne
et des combats sociaux et politiques
qui visent une société plus juste/équitable/morale etc. où chacun
à la manière qui est la sienne avec sa singularité, aidé par une société bienveillante, puisse s'épanouir, jusqu'à son dernier souffle.
En passant par une première rupture, celle de ''la Terreur'' de 1793
qui cassa l'enthousiasme, rappela à chacun l'ambivalence de la ''nature humaine'', et couvrit de son ombre le siècle dit ''des Lumières libératrices des carcans religieux et politiques'',
insufflant un pessimisme moral et politique
qui favorisa, pour faire simple,
-puisque l'être humain ''social'' était décidément très tragiquement décevant et surtout versatile ( les croyances d'hier contredites par celles d'aujourd'hui. Tu dis oui un jour et non le lendemain. Tu sauves et finalement tu exécutes.) -
la montée
- puisqu'il faut bien trouver une sorte de stabilité à laquelle se raccrocher -
vers d'autres ''Lumières''
celles d’une conception scientiste de la perfectibilité humaine, cf. Auguste Comte.
Ce qui conduisit très vite,
- puisque tout le monde était ''prêt'' et ne demandait qu'à continuer à croire en un Seigneur et Maître, mais sans Dieu et sans Roi -
à la toute puissance du productivisme industriel
et de ses patrons d'entreprise, futurs actionnaires, milli·onn·ard·aires ...
visant une maîtrise technique de plus en plus grande et raffinée de la nature (toujours humaine comprise).
On peut peut-être ici parler d'une sorte de ''dérive'' de la notion ''humaniste'' de la perfectibilité
qui aboutira à la fin du XIXe siècle,
puis encore plus tard,
après la seconde rupture, opérée à l’issue de la Seconde Guerre mondiale qui déclenchant un '' traumatisme collectif consécutif aux totalitarismes[ '''rationnels''']
conduit, ''paradoxalement à une survalorisation de la rationalité technoscientifique''
à des perspectives visant à éliminer, - en vue toujours de PROGRESSER, d'avancer sur la route de la PERFECTION - les humains non conformes à notre chouette idéal humain.
-Puisqu'il s'agit alors non plus vraiment d'améliorer la société
(ensemble mouvant, aux multiples échelles, multi-centré, rhizomatique),
mais l’être humain, ce tout simplement conglomérat d'atomes,
et la vie en elle-même, -- puisque tout est vivant.
perspectives donc plutôt anti-humanistes ou plutôt régulatrices/gestionnaires/ d'humanisme, post-humanistes, pourrait-on dire,
que sont par excellence,
-puisqu'il convient
avec comme socle la conception générale et très ancienne d'une loi,
celle du plus fort, du plus riche, du plus puissant,
une image de la perfection, en quelque sorte
de traiter ''l'humain'' comme lui-même traite tout ce qui se trouve sur la Terre
- à égalité - en toute Liberté et Fraternité, évidemment :
à coups de pillage, saccage, abattage, tri, sélection,
( que sont donc, ''par excellence'', c'est notre sujet 😑 )
le darwinisme social et l’eugénisme.
La perfectibilité se réduit donc, ici,
CQFD, à un pur projet biologique et médical
visant l’amélioration de ''la qualité'' par la sélection et l’élimination des plus faibles.
C'est en fait la pensée cybernétique et les idéaux du cyborg sont au cœur de cette conception ''posthumaniste'' de la perfectibilité qui sous-tend notre société contemporaine, au sein de laquelle il est d'absolue nécessité de s'améliorer.
Je dirais que c'est la condition sine qua non de notre droit à la vie.
C'est notre devoir !
( à suivre avec le ''transhumanisme'' dans le texte en lien de Nicolas Le Dévédec, en mars 2016.)
Extraits - Citations du texte de Nicolas Le Dévédec, réalisé par Fabien Ferri, il y a 10 ans
''L’objectif ultime du mouvement ''transhumaniste'' est de prolonger indéfiniment l’espérance de vie en vue d’accéder à une forme d’immortalité terrestre.''
''Le transhumanisme est un mouvement scientifique et politique contemporain qui milite en faveur d’une amélioration radicale de l’être humain et de ses performances physiques, intellectuelles et émotionnelles grâce aux innovations technoscientifiques et biomédicales. (...)
Il s’agit de changer techniquement l’être humain (...) dans une perspective résolument adaptative qui acte le désinvestissement politique.
(...) En l’occurrence, l’idéal de l’homme augmenté est l’idéal d’un homme parfaitement adapté à la société néolibérale contemporaine et ses valeurs centrales de performance, de croissance, de productivité et de compétitivité illimitées.
(...) On s'inquiète donc, à cet effet, de l’autonomie et du consentement des individus, de l’égalité d’accès aux technologies d’amélioration ou encore de la santé et de la sécurité de consommateurs.
(...) ''tout ce qui relève du corps et de la vie y est en effet systématiquement déprécié. Le vieillissement est appréhendé comme une maladie dont il faudrait guérir et le corps associé à une marque d’infirmité qu’il s’agirait de corriger techniquement.
(...) l’ambition du transhumanisme est de « libérer » l’être humain de tout ancrage biologique en vue d’accéder à un nouveau stade de l’évolution.
(...) ''Le transhumanisme'' : c’est une nébuleuse d’acteurs (ingénieurs, philosophes, entrepreneurs et hommes politiques qui occupent, pour nombre d’entre eux, d’importantes positions.
Pourquoi faut-il s’en méfier ?
Pour ses implications sociales, politiques et écologiques qui encouragent comme hier l’instrumentalisation de la vie humaine. La société de l’amélioration actuelle s’illusionne en effet sur les fins et les moyens d’une réelle émancipation humaine :
(...) derrière le fantasme d’un enfant parfait, il y a l’instauration d’un nouvel eugénisme intolérante à l’égard du handicap.
Derrière l’humain maître de ses émotions grâce à la pharmacologie, il y a l’humain complexé et souffrant, de plus en plus médicalisé.
Derrière la quête d’une vie sans fin, il y a le jeunisme et la stigmatisation croissante de la vieillesse.
Derrière la volonté d’améliorer bio-médicalement l’humain et la vie elle-même, il y a finalement la marchandisation bio-économique des corps qui se matérialise chaque jour un peu plus.
S'il y a amélioration, cela semble être celle du marché et du capitalisme, qui a trouvé dans ''le surhomme'', replié sur lui-même, la matière première de sa reproduction et de sa régénération.
L’idéal d’un homme augmenté s’inscrit de fait de plain-pied dans l’idéologie politique néolibérale contemporaine tout comme il légitime entièrement le modèle d’exploitation bio-capitaliste du monde vivant (marché du corps, des organes, des cellules, des gènes, etc.).
C’est le progrès social ainsi que l’appartenance de l’humain au monde vivant qu’il nous faut en définitive plus que jamais défendre et penser à nouveau frais, à l’ère de l’exploitation capitaliste illimitée de la vie.