8 mars : Vigilance toujours... Et les "Droits des femmes" quand elles vieillissent ?

Publié le par Claire Antoine

Théâtre d'ombres à la Maison de Verlaine

Théâtre d'ombres à la Maison de Verlaine

                                          Droits des femmes ... quelques généralités d'abord

                                                                      Taratata...

- " Droits, droits, droits" Oh ! oh ! oh ! Je t'en ficherai, moi...Tou·te·s là, hein ...Qu'est ce que vous croyez ? Que tout vous est dû ? Et si on parlait plutôt de vos devoirs...". Tu dois, "du sollst", comme le dit, dans Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, le grand dragon, au chameau soumis (1). 

On a tous entendu ce remplacement des droits par les devoirs de la bouche d'hommes politiques.

Alors tout naturellement je m'inquiète. Et si les droits des femmes, se reconvertissaient en "devoirs des femmes" (cf. le sacro saint "devoir conjugal", par exemple, ou ceux si bien résumés par Henriette dans les Femmes savantes de Molière " (...) un mari, des enfants, un ménage" Elle commente de plus si bien la chose Henriette : "Et je ne vois rien là, si j'en puis raisonner, Qui blesse la pensée, et fasse frissonner."😅 )

De plus, là on change de registre, depuis que « la guerre » est au cœur de nos vies « mondialisées » par pouvoir médiatique interposé, que ce soit, pour n’en citer que deux, ( parce qu'en fait il y en a partout des guerres, tout le temps, il y a celles dont on parle et celles qui sont oubliées ) « la guerre » contre la pandémie de Covid et  celle plus terrifiante encore dont le théâtre d’opérations se situe en Ukraine et qui laisse planer le spectre de la menace nucléaire…

Dans ces temps de guerre donc, où se réaffirment les « valeurs viriles » pour ne pas dire machistes qui dégainent à la vitesse de l’éclair, des armes de destruction et tout le vocabulaire qui va avec, violent, agressif, dévalorisant, qui laisse un goût amer (écraser/éliminer/éradiquer/traquer/faire rendre gorge…) On discute à la télévision pour savoir comment on pourrait s'y prendre pour tuer Poutine, - il paraît qu'il y a des mises à prix- (tout juste s'il n'y a pas des sondages sur des tchats, des "pour ou contre", des "stop ou encore". Il y en a peut-être ?), 

il faut tout faire pour que les droits des femmes ne soient pas revus à la baisse, pour qu’elles ne soient pas invisibilisées ( à nouveau), « cancellées», passées à la trappe. J'ai trouvé un article de Libération, paru en 2002 qui affirmait : « Tout le féminisme (…) est une conséquence directe de l'absence de guerres. »

                                                      "Et si j'en venais au sujet...

celui qui me concerne, que je connais bien, qui est celui de la femme âgée, non militante, boomeuse, de type caucasien, littéraire, mariée, mère, grand-mère, pas encore en EPAHD, pas encore « dépendante », en apparence. 

Bien que le nombre de femmes âgées dépasse de loin celui des hommes (plus on avance en âge et plus c’est vérifié), elles sont pourtant un peu délaissées, encore, dans la littérature « féministe ». (Pour ma part j’ai comme grande référence, sur le sujet, surtout le livre La vieillesse de Simone de Beauvoir ( paru en 1970) et quelques études sociologiques qu’on peut trouver sur internet.)                                                                                     

C’est peut-être parce que les questions habituelles qui concernent la lutte pour l’égalité entre femmes et hommes sont à ce moment-là de la vie, caduques, faute de combattants : Les hommes meurent plus tôt !

Et que toutes les questions qui concernent la sexualité des femmes sont centrées sur la procréation : le contrôle des naissances, le droit à l’avortement, la PMA…et qu'elles ne sont plus tout-à-fait d’actualité une fois que nous sommes  ménopausées. C’est sûr qu’on peut congeler ses ovocytes bien en amont de cette date fatidique mais bon…ce ne sera pas le cas de tout le monde. Toutes ces procédures sont chères.

D'ailleurs, pour cette étape de la vie on utilise un terme générique, on parle des « vieux » ( ou quand on aime édulcorer, euphémiser les choses, rendre la vie moins trash, des "séniors", ou de nos "têtes blanches").  Bref, on regroupe les hommes et les femmes. Ils ne sont plus « genrés ». Ce qui va bien d’ailleurs avec les problématiques déconstructivistes d’aujourd’hui où quand on se dit « une femme », une petite voix murmure « et pourquoi pas « un homme » ? Pourquoi pas les deux en même temps ?

Pourquoi pas le « neutre », libéré du biologique, qui pourrait grâce à la science, jouer sur des caractéristiques visibles, identifiables interchangeables, transformables, comme le sont les seins, l'utérus, le pénis et donc ainsi ne plus penser de façon binaire : nature/culture; mâle/femelle; bien/mal; humains/bête; baiseurs/baisés (Bon, là peut-être pas, parce que c'est plus général c'est en gros "avoir le pouvoir ou pas") ?  

L’âge avancé (le 3ème et 4ème…) permet donc de laisser de côté le sexe, le genre et donc évidemment la catégorie du « féminin ». Les réflexions que cet âge entraine sont plus larges, elles portent sur le sens de la vie, en général, sur la relation à la mort en lien, en interaction dans notre société,  avec les problématiques concernant les animaux, le climat et tout ça.

Toutefois, si on en revient à la réalité vécue par les femmes, il faut convenir du fait qu’elles sont davantage stigmatisées que les hommes quand elles prennent de l’âge. Elles sont considérées par la société dans son ensemble comme hors-jeu sur le terrain de la séduction, de la beauté, du désir, du corps et de ses appétits.  

Comment accepter de se mettre à distance suffisante pour pouvoir le penser, avec sérénité et empathie, ce moment de la vie où le corps se dégrade ?   

Comment accepter la vulnérabilité de la vie humaine quand on est soumise toute sa vie au diktat de l’amélioration, de la perfectibilité ?  

Tu dois t’améliorer, te perfectionner. OK ! Mais pour en arriver où ?

Ne t’arrête pas, ne t’arrête jamais. Fais du sport, mange ceci cela, épile-toi, tu veux que je te fasse le maillot ?  Teins-toi les cheveux, merde... ça te fait 10 ans de plus …

Et résonnent encore à tes oreilles les mots glorieux d' autonomie, émancipation, liberté liberté, liberté ! Liberté! , que le jour est arrivé où sans t’en rendre compte, tu es devenue un « fardeau », qui creuse le trou de la sécurité sociale.

                                              Il ne faut pas que j'exagère, il y a quand même des pistes …

Il y a l'incontournable Simone de Beauvoir qui dans son livre La vieillesse a écrit : " Pour que la vieillesse ne soit pas une dérisoire parodie de notre existence antérieure, il n’y a qu’une solution, c’est de continuer à poursuivre des fins qui donnent un sens à notre vie : dévouement à des individus, des collectivités, des causes, travail social ou politique, intellectuel, artistique...". 

 Il existe un exemple-modèle : « Les mémés déchaînées » québécoises (de 46 à 92 ans) aux chapeaux rigolos, aux vêtements colorés qui souhaitent désamorcer les préjugés envers les « vieilles" et les inciter à  jouer un rôle de […] citoyenne jusqu’à la fin de leurs jours ». Pour rendre le vieillissement attrayant jusqu’au bout du parcours des âges, elles chantent, écrivent des chansons, rendent toutes sortes de services, elles sont là, elles se battent en particulier, aux côtés des jeunes générations, pour la protection de la planète.

En cela elles suivent l’appel de Simone de Beauvoir qui enjoint vieilles (et vieux aussi) à rejoindre la lutte de la jeunesse révoltée, et à œuvrer en commun pour remettre en question le système. Car, « la revendication ne peut être que radicale : changer la vie ».

                                                                       Mais encore après…

Quelques temps après, quand tu finis par être dans un fauteuil, impuissante. Que tu tombes tout le temps, que tu as besoin d’un bras secourable pour te déplacer, pour t’habiller, te laver, te changer, que tu ne te souviens plus de rien !!!! 

Alors les féministes au bout du bout du corps, et souvent de l’esprit, qu’en dites-vous ? Comment on lutte ?  À quoi bon  cette vie-là ?  Peut-être à « témoigner », par sa présence, de l’humanité et du temps qui passe ?   

                                                                                                                                            Claire

1. Seul le lion, orgueilleux et intelligentissime  sait dire "Je veux" et quand il arrive vraiment au terme, au summum, de son parcours initiatique qu'il devient "un enfant", sous-entendu un surhomme, il peut dire "J'ai envie" et inviter les gens dans son nouveau monde. 🤔