La littérature entre-t-elle dans une époque empathique, ''post-ironique'' ? ( lien Fabula)

Publié le par Claire Antoine

La littérature entre-t-elle dans une époque empathique, ''post-ironique'' ? ( lien Fabula)

Je m'accroche une nouvelle fois, ce matin, à Fabula ... "J'ai flashé" sur le mot "ironie".  La question m'intéresse. Pour ma part, j'ai, par déformation mentale, le défaut, le tic, le toc, sans doute, de voir de l'ironie un peu partout, et en particulier chez certaines poétesses du XIXe, telles qu'Amable Tastu, présentée par la critique ( masculine) du XIXe comme "Sainte et Pure" et Marceline Desbordes Valmore, appelée par les mêmes "Notre Dame des pleurs". L'ironie pouvant être douloureuse  et/ou jouissive.   

L'ironie est-il en perte de vitesse/d'audience dans la littérature romanesque

de ces dix dernières années ? 

Présupposé : Le questionnement relie ironie et idéologie. Il y aurait trois grands moments dans la vision du monde occidentale : le premier, long qui relèverait du "modernisme", et qui participerait à un monde stable dont on chercherait( même si c'est désespérément)  la clé, le sens.  Le deuxième, relèverait, lui, de ce qu'on a appelé le " post-modernisme " correspondant à une  prise de conscience du chaos du monde, de son instabilité, "Baroque", dont les romanciers se seraient emparés de façon "ludique", en se moquant non seulement du sens mais aussi de la possibilité même de l'idée d'un sens à donner, mettant en scène et en fiction grâce à l'ironie notamment  ( le mot étymologiquement voulant dire interrogation ) leur refus de l'univocité "totalitaire" du statut d'auteur et de narrateur. S'ensuivrait, aujourd'hui, un troisième moment participant d'une vision du monde "moins troublée", et donc moins génératrice d'ironie "questionnante". Elle s'adosserait à la notion de singularité. Chacun étant happé par "un grand tout" auquel il participe et qui le fait être dans son "absolu", dans une relation de réciprocité.  "Une post-post-modernité".      

Des universitaires  se réuniront en juin prochain 2021 pour examiner cette question de la fin de l'ironie dont l'esthétique apparaît comme une « une pratique centrale dans la littérature française » durant 40 ans, à partir des années 1980, une époque "post-moderne". En 1996, Philippe Hamon s'était demandé « si l’ironie ce n’[était] pas la littérature même, toute la littérature, voire une sorte de “comble” de la littérature qui en exacerb[ait] les traits définitoires ».

Quid des plus célèbres de nos romanciers français  "ironistes contemporains" dont voici une liste non exhaustive  : Jean Echenoz, Jean-Philippe Toussaint, Eric Chevillard, Christian Gailly, Christian Oster, Marie Darrieussecq, Marie Redonnet, Michel Houellebecq... ?

L'ironie demande de ne pas en rester à une seule strate de lecture, à, s'il existe, "un premier degré" du texte. Elle trace, dans ces textes, une route en zig zag. Elle vise précisément quelque chose hors du texte qui appartient au jugement, à la morale et entretient un rapport dynamique aux clichés, les mots disant autre chose que ce que leur énonciateur a l’intention de communiquer. Encore faut-il le savoir.  

C'est au minimum  un double langage  qui nécessite la participation dynamique du destinataire (contemporain et/ou futur, en synchronie et diachronie), et qui instaure une distance critique (il y a, en présence, un locuteur, un récepteur et une cible) "et un mode de lecture particulier qui demande à être attentif à la distanciation, la tension, l’implicite, l’antiphrase, le brouillage sémantique et l’autoréférentialité".  

Sa pratique exprime aussi un « déchirement du langage », qui, ambigu, peine à communiquer ( quoi ? à qui ? de la part de qui, vraiment ? dans quel but, vraiment ? )  et demande donc, sans cesse, à être interprété, "critiqué". On peut ainsi parler d'« une hégémonie critique » du XXe.  

Le paradigme ironique a-t-il vécu dans la littérature romanesque ? La prose immédiatement contemporaine est-elle entrée dans une ère  «an-ironique », comme on dit "a-nomique",tant sur le plan de la production que de sa réception ?

L’ironie relève de l’éthique et implique des valeurs ( dont vit la "politique") . Elle instaure une dynamique d’inclusion et d’exclusion et suppose une hiérarchie entre ceux qui l'entendent et les autres, puisque l'ironiste fait entendre la pensée qui est celle à laquelle il adhère, en la masquant derrière un énoncé antagoniste.

Et PB... Tous les points de vue "politiques " peuvent se prévaloir de ce registre ambivalent, qui transcende les clivages politiciens. Les "puissants", tenants d'un pouvoir "autoritaire" et les subversifs, tenants d'un pouvoir "en-contre".  Donc, impossible d'y voir clair. On peut sourire et se sentir concerné par une ironie émanant d'écrivains non adoubés par la société ( la presse...).  ET ça !!! C'est embêtant !!!! On ne sait alors plus "à quel saint se vouer"...

Qui fait partie de ce nouveau corpus, "non ironique" qui défendrait un supposé   « premier degré de la littérature » ? 

Qui serait l'émergence ( grâce aux sciences cognitives et aux études sur l’empathie fictionnelle) d’une conception « thérapeutique » de la littérature, avec la mise en avant de l’idée de « consolation », une sorte de premier degré instruit, informé par le deuxième, dont on ne verrait pas/ne voudrait plus voir la duplicité qui se résoudrait en empathie et bienveillance... les maîtres-mots contemporains. 

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