Pour prendre en compte le contexte de production/réception des recueils de poésie au début du XIXe, encore lui : le critique Charles LOUANDRE

Publié le par Claire (C.A.-L.)

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Larges extraits d'un texte qui se veut lucide, donc sévère, moqueur, méprisant, ironique,  à volonté "encyclopédiquement exaustive" de Charles Louandre

 

 La poésie, et les poètes dans les années 1820 à 1835 environ 

. .."rapide et complète revue ...inventaire après décès..."

      " => “...ceux à qui nous ferons place et qui remueront nos cendres, seront effrayés de cette fécondité de la production qui forme un si étrange contraste avec la stérilité de l’œuvre, de cette fièvre de vanité qui saisit les plus humbles, ceux même qu’on oublie quand ils vivent, et ils s’étonneront que la poésie, qui de nos jours s’est élevée si haut avec les poètes dont nous sommes fiers, soit tombée si bas avec ces imitateurs sans nombre qui étaient comme des échos semés sur leur route, pour leur renvoyer des concerts."  =>“dans le camp des romantiques, comme on disait il y a tantôt dix ans, ... nous marchons sur des ruines. Le poème romantiqueest ordinairement symbolique, mystique ou psychologique ; sa marche est irrégulière. Sa forme vise au lyrisme. Le poète symboliqueest une espèce de sphinx, qui propose à ses lecteurs une énigme sociale, historique on religieuse, et le lecteur, qui n’a point la pénétration d’OEdipe, ferme souvent le livre avant d’avoir deviné. Le poète psychologuetravaille de préférence sur les individualités souffrantes qui ont gagné au contact de Manfred quelque plaie incurable et profonde. Les évènemens sont à peu près nuls, et toute la mise en œuvre consiste dans l’analyse des passions ou des sentimens. Les poèmes en dialogues, ou poèmes-drames,ont été, dans ces derniers temps, essayés plusieurs fois ; les héros sont d’ordinaire des collatéraux de Werther et de don Juan. Ils participent de la double nature de leurs aïeux, et par nécessité d’origine, par tradition de famille, ils sont tout à la fois mystiques, blasés, rêveurs et mauvais sujets. Ils boivent l’orgie, broient les femmes, débitent de longues tirades sur les clairs de lune, et finissent ordinairement par le cloître ou le suicide. Les courtisanes, dans ces sortes de compositions, tiennent une grande place, et y apportent les allures de leur vie facile : Jésus ! ma chevelure est toute défrisée ! L’antiquité, la mythologie, ont eu aussi leur résurrection ;mais, comme il est difficile d’être neuf à propos de Jupiter, de l’Olympe et des Néréides, après Homère, Virgile ou Chénier, on a tenté une sorte de compromis entre les souvenirs de l’art antique et les inspirations habituelles de l’art moderne, les sentiments chrétiens et les mythes grecs, Goethe et Platon, et l’Eurotas, où se mirent les lauriers-roses, a confondu ses flots limpides avec ces flots gris du vieux - Rhin, où se mirent des ponts de pierre.Dans cette course sans arrêt à travers les temps et l’espace, on est allé au-delà d’Homère et plus loin que la Grèce.Dans la Première Babylone, ce sont des pierres de taille qui font la conversation avec les astres ; ailleurs, c’est un dialogue entre des cartons et des épées ; c’est une causerie lyrique entre des arbres et le tonnerre, entre des cailloux et des sources.Tout a été mis en œuvre pour réveiller l’attention, mais en vain : de toutes les productions malencontreuses des muses contemporaines, ce sont les monuments cyclopéens qui ont croulé les premiers, et les maîtres eux-mêmes n’ont rencontré le plus souvent que la langueur et l’ennui.Était-ce la faute du public, qui n’avait pas le temps de lire, ou la faute des maîtres, qui ne se donnaient pas le temps d’achever et de polir.Aux époques naïves, et même en 1824, le titre d’un volume de poésie exprimait simplement le genre traité par l’auteur. C’étaient, des odes, des épîtres, des poésies légères, des héroïdes, des satires.Aujourd’hui, le titre est un symbole.

 

Rien n’est plus raffiné. Quand l’auteur a des intentions lyriques, il donne à son recueil une étiquette sonore et musicale : - Mélodies, Préludes, Nocturnes, Voix de la Lyre, Voix de la Harpe, .Chants de l’Ame, Chants du Cœur, Chants du Matin, Chants de l’Aurore :Les amis attendris de la nature choisissent de préférence leurs titres dans la dendrologie ou l’Almanach du bon Jardinier.Ainsi, nous avons des Feuilles mortes, des Feuilles de Saule, des Branches d’Amandier, des Branches d’Olivier des Eglantiers. Nous avons des Palmiers et des Cyprès. Non omnes arbusta juvant.

 

Puis les fleurs : Fleurs du, Midi, Fleurs de la Provence, Fleurs des Alpes, Fleurs des Champs. Nous avons des Roses blanches, des Primevères, des Pervenches, des Lis, des Marguerites. Je cite textuellement. C’est un parterre, émaillé, tout un petit jardin du Luxembourg ou des Tuileries.

 

Après les fleurs, les oiseaux, l’ornithologie après la botanique : Fauvettes, Oiseaux de passage, Ramiers.Puis la météorologie : Gouttes de Pluie, Gouttes de Rosée, Rayons, Éclairs, Soirs d’Orage, Vapeurs, Clairs de Lune, Brises du Matin, Brises du Soir.Les rêveurs byroniens résument, dans un mot psychologique, au dos de leur volume, l’état orageux de leur ame, les amertumes de leur poésie : Deuil, Souffrances, Soupirs, Désespoirs. Nous avons encore dans ce genre le Midi de l’ame et les Poitrinaires.Dans les recueils élégiaques et méditatifs, dont nous avons donné plus haut les titres, le génie, la gloire et les poètes ont inspiré des strophes sans nombre.L’ode au génie est adressée à M. de Lamartine ;l’ode à la gloire, à M. Hugo, qu’on appelle Victor ou mon ami.Les poésies sur le poètesont plus curieuses encore comme type des vanités littéraires. Quel est, avec Dieu, l’être souverain qui pousse les nations dans la voie du progrès ou les retient sur la pente du crime ? Le poète.Quelle est la nuée lumineuse et sombre qui nous guide dans les déserts de ce monde ? Le poète.Et qu’est-ce que le poète ? « C’est un géant, un chêne mutilé par la foudre, une avalanche, une trombe, une mélodie. »Il nage dans une mer de pleurs, et personne ne le regarde.

 

Il se débat contre des douleurs immenses, son sein est « scellé comme une tombe, il râle à sa naissance,il se dévoue à la cause de l’humanité, et, chose étrange ! tout en se désolant pour son propre compte, il a le talent de la consoler ; mais l’humanité, qui est ingrate et qui a crucifié Jésus, l’humanité ne lui sait aucun gré de ce qu’il fait pour elle et n’achète pas son volume. Indè irae.

 

 Comme le poète ne sait que chanter, il lui arrive ce qui est arrivé à la cigale.Alors il se met à maudire la société, Paris qui n’a pas ouvert son panthéon, Paris qui paie des musiciens pour ses fêtes et qui ne paie pas le poète. Il menace de se tuer, ou bien il demande une pension.  

 

Quelquefois aussi il se ravise et sèche ses larmes en songeant que ces pleurs, qui coulent de ses yeux, « se cristallisent en diamants pour lui faire une couronne au ciel, que les grands hommes, comme les perles, se forment dans les orages, et qu’on ne trouve les aigles qu’au-dessus des abîmes ; »et, d’ailleurs, on ne sait rien des extases ineffables,Lorsqu’on ne connaît point cette chaude insomnie,Lorsqu’on n’a pas tremblé la fièvre du génie.Je ne crois pas au génie, mais je crois à la fièvre, car évidemment c’est là du délire.La vie a sans doute de terribles mystères, et il y a des larmes au fond de toutes choses ;cependant, si malheureux qu’on soit, on ne passe pas ses jours à gémir : la tristesse a ses intermittences, la mélancolie même a son sourire.Mais la souffrance aiguë, qui n’est qu’un état de crise chez les grands artistes, dégénère chez leurs imitateurs maladroits en un spleen chronique et lymphatique ;heureusement l’apaisement vient vite : il faut que jeunesse se passe, et ces ineffables douleurs, qui se résolvent en ruisseaux de pleurs et en déluge de rimes, ne se rencontrent guère qu’au début.Dans leurs accès de tristesse, on le voit, nos poètes sont fort loin de la vérité ; dans leurs amours, ils ne sont pas moins loin de la passion réelle.Le poète méconnu, quand il aime, ne se contente pas de l’amour platonique, qui serait déjà une exception ; il finit à ses défaillances toute la pureté de l’amour chrétien.J’en sais même qui se sont placés sous l’invocation de la Vierge et qui font des vœux comme les solitaires de la vallée d’Absinthe.Ces purs rêveurs, épris d’une vierge aux accents de flamme, vont se promener, avec l’objet de leurs rêves, dans les sentiers fleuris des blés, et là ils se mettent à genoux, pleurent et prient. C’est l’affinité spirituelle des époux de la primitive église.Depuis Chaulieu, Parny, Chénier, les habitudes ont bien changé, du moins en poésie, et les comparaisons ont changé comme les habitudes.Pour ces poètes sensualistes et grossiers, la femme était une rose, un lys, une violette ;aujourd’hui c’est une sensitive.C’était une jeune mortelle ou une jeune immortelle, aujourd’hui c’est un ange. Nous avons déserté l’Olympe pour le Paradis.On admirait autrefois les yeux de flamme, aujourd’hui on boit les regards soyeux.

 

Les Dulcinées, dont ces don Quichotte de l’art ont pris les couleurs, descendent invariablement de Laure ou de Béatrice ; c’est la mystérieuse étoile que le Florentin, perdu dans les profondeurs de l’abîme, voyait luire aux parvis célestes. Comme leurs aïeux des cours d’amour, nos troubadours modernes sont d’une discrétion parfaite ; la femme qu’ils adorent, sylphide insaisissable, est passée complètement à l’état de mythe ; elle n’a plus même de nom, et les sonnets qu’on rime en son honneur portent simplement pour adresse : à elle. Il fut un temps où la poésie érotique célébrait les faveurs, les rigueurs, les infidélités de la femme aimée, enfin toutes les choses inévitables de l’amour. Tout cela, dans les volumes des Tibulles néo-chrétiens, est tout-à-fait passé de mode. L’amour terrestre est trop grossier pour qu’ils s’abaissent jusqu’à ses extases ; ils demandent si peu de chose, un soupir, une vague pensée, que les plus cruelles leur donnent toujours plus qu’ils ne demandent, et les vierges qu’ils chantent sont tellement candides, qu’elles n’oseraient se permettre à leur égard les moindres distractions de cœur. Notons encore, en fait de poésie érotique, le genre qu’on pourrait appeler érotique-descriptif, et qui consiste à peindre des Andalouses ou des mahométanes. Les types sont peu variés : l’Andalouse est brune et jalouse, ses yeux lancent des éclairs, et elle donne des coups de poignard ; la mahométane est gardée par des spahis et fume le narguilhé.La poésie érotique-conjugale a aussi donné quelques pages.

 

Du reste, ce laisser-aller est une exception, et la poésie du cœur, comme on dit, est ordinairement d’une irréprochable moralité. Les tendres rêveurs, qui sont si profondément, si intimement sensibles à l’infini des yeux, ne sont pas moins sensibles à l’infini des mers, à l’infini du ciel, à l’infini des lacs, à l’infini des bois, à l’infini des champs, surtout lorsque les champs sont couverts de neige. Et les champs, les bois, les astres, la mer, n’ont pas inspiré moins de quinze cents pièces, qui reproduisent invariablement les mêmes idées, le même style, sous des titres toujours pareils.Certes, c’est là un admirable spectacle ; mais plus il est sublime, plus il faut que la poésie qui le célèbre soit puissante et forte, car l’art n’est pas l’imitation de a nature, il en est l’idéalisation ;et, pour traduire dignement en langage humain le langage mystérieux des flots et des vents, il faut plus que la faculté d’admirer : il faut cet instrument sonore qui vibre dans l’âme des grands artistes.Malheureusement les artistes qui nous occupent sont en général des daguerréotypes fort embrouillés de cet infini dont ils abusent. Ce fleuve de la poésie rêveuse et contemplative qui a rompu toutes les digues, ce fleuve perdu sous les brouillards, et qui n’a point, comme le Guadalquivir, des paillettes d’or dans son limon, a roulé dans ses flots, de 1839 à 1841, cent vingt-sept recueils d’harmonies, de rêveries, de méditations,et de plus il a grossi ses eaux de nombreux affluents catholiques et néo-chrétiens. Mystère imprévu des coups de la grâce !

 

le mysticisme a saisi les poètes, et ils ont chanté la résurrection de la foi au moment même où le peuple traînait par les rues la vieille croix de Saint-Germain. Le peuple n’était que trop sincère dans son impiété ;Les poètes étaient-ils sincères dans leurs hymnes ? En vérité, je crains d’approfondir. L’art chrétien de nos jours a donné pour son chef-d’œuvre Notre-Dame de Lorette

 

Qui le croirait ? L’imitation des maîtres tient cependant une large place dans les poésies que nous venons de feuilleter. Les métromanes, prenant les impressions de leurs lectures pour des impressions propres, se sont métamorphosés la plupart du temps en échos plus ou moins fidèles.[...] chaque vers éclatant des maîtres a enfanté tout au moins une élégie ou une ode, et chacune de leurs odes a donné une couvée de petits volumes. M. de Lamartine surtout, on le sait, a les honneurs de l’imitation, et ses arrière-cousins littéraires sont de beaucoup les plus nombreux.Le servum pecus ne sait que parodier les beautés, tout en exagérant les défauts, et les grands poètes n’ont pas de critiques plus redoutables que leurs imitateurs maladroits.Entrons dans la réalité des évènements contemporains.il n’est point question, ici, de poésie, mais de rimes, que cette rapide revue est un inventaire après décès,et que le seul mérite d’un inventaire, c’est d’être complet.Depuis trois siècles, les vers de circonstance ont coulé par torrents.Ce pauvre peuple qui a tant souffert, qui a tant de fois manqué de pain, qui s’est tant de fois battu pour les autres, au milieu de ses revers, de ses guerres et de ses famines, se consolait en chantant.Dans le passé monarchique, à défaut de journaux, les quatrains et les chansons avaient leur puissance. Aujourd’hui la puissance n’est plus là, et cependant la source murmure toujours, lympha fugax ;mais la strophe pindarique remplace généralement la chanson.Un évènement ordinaire défraie sept ou huit poètes ; un grand évènement, une révolution, une conquête, en défraient un nombre indéfini.L’indépendance de la Grèce, Navarin, ont donné presque autant de vers que la bulle Unigenitus.Juillet 1830 a produit, pour sa part, cent soixante-dix-huit brochures poétiques, dans tous les rythmes, sous tous les titresCocardes, Drapeaux tricolores, Chants du Coq, etc.La guerre d’Alger, en 1830, avait inspiré vingt-neuf poètes, et chaque année l’Afrique en inspire encore une dizaine, terme moyen.Les uns, et c’est le plus grand nombre, chantent la gloire militaire, Constantine et Mazagran ;les autres célèbrent l’administration, la colonisation et la civilisation.Le Luxor, l’Arc-de-Triomphe, le Musée de Versailles, les statues nouvelles, les frontons desmonuments, ont eu aussi leur couronne poétique,et plus d’un poète, sans doute, s’est dit en relisant sa pièce :"Et moi aussi, exegi monumentum".Plus heureux que les rois qui règnent, Napoléon dans sa tombe a gardé des courtisans fidèles. Leur muse se souvient du maître qui est mort, et chaque année cette muse dépose sur le sarcophage de César sept ou huit brochures poétiques. On a même refait le Cinq Mai après Béranger, et sous le même titre. Le retour du prisonnier de Sainte-Hélène a été l’occasion de soixante-dix-huit publications rimées. Waterloo a aussi tous les ans son hymne funèbre. C’est bien, car il faut rester fidèle au deuil de la patrie, et pleurer les désastres en attendant qu’on les venge.La poésie politique a reflété fidèlement toutes les exagérations, toute la mobilité des passions contemporaines.Des poètes qui sauvent les sociétés !Il y avait là de quoi éveiller bien des ambitions ; aussi les poètes se sont-ils empressés d’intervenir activement dans toutes les affaires du pays.Chacun a dit son mot, donné son conseil, exhalé sa colère.En 1830, les muses ne savent qu’un seul cri : Vive le roi ! vive la charte ! Un an s’est à peine écoulé, elles crient : Vive la république ! Les journées de juin arrivent, elles se coiffent du bonnet rouge, saisissent la pique, et appellent la vengeance au moment même où l’on vient d’enterrer les morts.Jusque vers 1836, l’opposition se continue ainsi avec une violence singulière.Les sociétés secrètes elles-mêmes lancent leur manifeste rimé.Elles chantent Fieschi, en empruntant, pour l’apologie du meurtre, d’effrayantes épigraphes aux théories d’Alibaud ; elles promettent, dans un avenir prochain, une place au régicide sous les dalles du Panthéon, et, pour couronner l’œuvre, elles remercient Dieu, avec une singulière effusion de sensiblerie humanitaire, d’avoir donné au peuple la guillotine et le poignard pour se venger de ses rois.Les modérés, car toutes les opinions ont leurs représentants au Parnasse, les modérés, en attaquant les sans-culottes et les pamphlets montagnards, ont souvent aussi pour leur part franchi toutes les barrières, et se sont montrés parfois furieux de modération.Aux vers des communistes, quelques poètes juste-milieu ont répondu, comme on disait au XVIe siècle, « dans le langage des harengères du pont Notre-Dame. » La déesse au bonnet phrygien n’a plus été pour eux que :L’infame concubine/ De Marat, de Collot d’Herbois.Et, pour sauver l’état, ils se sont crus obligés de protester contre la majesté des décrotteurs que le peuple aviné du lundi veut, à ce qu’ils assurent, élever sur le pavois. Nous sommes loin, on le voit, des beaux jours de la monarchie, du culte du grand roi, de l’urbanité du grand siècle, de ces jours où Racine mourait de l’indifférence de Louis XIV, où les poètes, pour être immortels, chantaient l’heureuse convalescence de sa majesté, son heureux hymen, l’heureuse délivrance de la reine et l’allaitement du dauphin. Les royautés littéraires seules ont gardé des courtisans qui les chantent. Cependant la poésie officielle, la poésie de cour, celle qui célébrait les baptêmes royaux pour avoir part aux dragées, s’est continuée çà et là, modestement et à petit bruit. En 1841, le gouverneraient et les principes dynastiques ont même eu la majorité sur le Parnasse. Ils ont compté quinze voix, et l’opposition dix seulement.Je ne parle pas de la poésie légitimiste ; elle avait gardé, après juillet 1830, un silence absolu, et, depuis, elle paraît s’être concentrée tout entière dans un cercle presque intime, ce qui tendrait à prouver que les courtisans sincères du malheur sont aussi rares dans le camp de la fidélité que dans les autres camps politiques.Les poètes, pour la plupart, voulaient la guerre et les frontières du Rhin, ils voulaient prendre la Belgique et secourir la Pologne, et ils sont intervenus, par la plume, chez tous les peuples qui se sont trompés en comptant sur nous pour conquérir l’indépendance : ce besoin de mouvement, d’action, de coups de fusil, ces joies de la guerre forment un singulier contraste avec les habitudes de cette autre population poétique que nous avons vue tout à l’heure s’endormir, au clair de lune, dans les molles rêveries.

 

Tandis que l’humanitaire donne le baiser de paix à l’Anglais,notre vieil ennemi, le républicain chante la guerre civile et les Thermopyles de nos carrefours.On célèbre dans la même strophe Henri V et les barricades, la couronne et le pavé qui la brise ; et, quand on relit à distance tous ces vers imprégnés des passions du jour, on est affligé de voir avec quelle rapidité les idées les plus exaltées, les plus fausses, s’allument et se propagent,combien peu de gens savent se préserver des exagérations, et rester en dix ans fidèles à eux-mêmes et au sens commun...( à suivre )

 


 

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