conclusion de ma maîtrise[-1ère partie/ 2-] ( 1975 ) sur la conception de l'homme et de la société dans Oberman de E.P. de SENANCOUR

Publié le par Claire

                             La place d'Oberman dans les grands courants d'idées.

Oberman est une oeuvre du XVIII ème siècle
par sa critique de la société et des institutions morales,
sa critique de l'esprit des conventions  sociales,
son rejet de la métaphysique, de la religion,
son goût des expériences utiles et concrètes,
l'affirmation de la recherche du bonheur comme but de l'existence humaine,
son ethique des plaisirs procurés par des sens éclairés par l'âme, son estime pour une fortune employée à vivre confortablement
et à aider les plus déshérités
du XVIIIème enfin et surtout par sa foi en l'homme.
Senancour partage la même foi dans l'homme qu'un Goethe qui pariait pour Faust contre Méphistophélès,
du reste, Oberman
est également apparenté aux "Sturmer und Dränger" pour cette affirmation des droits de l'individu face à la société dont il veut réformer les lois.

Cependant, cette oeuvre est aussi du XIX ème
de par la position à partir de laquelle Senancour critique les institutions et les conventions, 
c'est-à-dire à partir de cette conviction intime d'un ordre mystérieux et caché existant dans le monde
qui fait participer à l'univers et vivre en symbiose avec la nature dans laquelle nous pouvons retrouver la traduction de nos rêves d'absolu et de nos désirs d'infini.
Cet ordre dont nous pressentons la réalité,
et sur lequel certaines expériences occultes pourraient bien,
selon Senancour, comme plus tard pour Baudelaire, 
lever un voile ça et là, en ce qu'elles ouvrent un large champ d'activité à l'imagination,
cet ordre est bien celui qui s'exprime,
par des correspondances et des analogies infinies entre les choses et la nature,
la nature et nous-mêmes.
Et c'est précisément à partir de la perception de cet ordre mystérieux et caché,
auquel le Moi d'Oberman et de tout homme "sensible" et profond peut participer,
que peut s'instaurer un véritable art social qui se fondra sur l'autonomie, la liberté véritable d'un Moi harmonieux suivant, en tout, sa pente naturelle, non déviée
par les contraintes et conventions de "l'industrie sociale".
Cette personne, à l'"organisation" profonde
fondra un couple puis une famille unie,
première cellule d'une société qui sera elle-même, en voie d'épanouissement et de bonheur.
           (cf Robert MAUZI, in L'idée du bonheur au XVIIIè siècle,qui conclut pp 656-657, qu'au XVIIè, la  contradiction demeure entre la conception du bonheur de l'homme lié à l'expansion et à la  créativité- dont fait partie l'apologie du luxe- et cette nécessité de faire régner un ordre social    auquel l'individu doit se plier et dont fait partie "l'utopie moralisante".
On peut répondre à  MAUZI que SENANCOUR quant à lui a, du moins grâce à certaines conceptions relevant  précisément plus du XIXème, résolu cette contradiction : l'homme heureux qui aura démystifié l'hypocrisie du mépris de l'or, 
pour lequel on aura réhabilité les plaisirs,

suivra les penchants de sa nature demeurée bonne et instituera ainsi un nouvel ordre social, fondé sur l'amour   des autres,  dont la source sera dans un amour de soi bien compris.
L' homme et la femme deviendront cellule sociale d'un ordre mystérieux et secret inscrit  également dans leur propre coeur.)

Il est bien du XIXème encore, lorsqu'il annonce, en visionnaire, 80 ans avant les accents prophétiques
de NIETZSCHE dans  Zarathoustra,
l'urgence d'une réforme à apporter dans le domaine de la morale et la désaffection des hommes à venir pour une morale fondée sur la contrainte et les efforts inutiles.

SENANCOUR dénonce déjà l'alliance de la religion et de la morale,
religion que les ministres du culte ne présentent à la foule moutonnière et inconsciente que sous la forme de châtiments/récompenses, autrement dit, sous l'angle des mérites.( à suivre)



 

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