Prise de notes, citations - Réflexion sur le désir de ''vivre avec la nature en ville'' 4 liens 1) preo.u-bourgogne,article de Marianne Celka ''(...)De l’idéal de béton au sauvage idéal''; lien 2) Je pense.org article de Adrien Choeur définition de ''l'entropie''; liens 3 et 4) ''you tube 2 chansons avec le même titre, l'une interprétée par Juliette l'autre par Mouloudji : ''Tout fout le camp''

Publié le par Claire Antoine

                                                      Nostalgie de l'âge d'or 

"L'âge d'or" est dans la mythologie gréco latine le temps indéfini des débuts, de l'innocence, de la justice, de  l'abondance, du bonheur, de la paix... Voilà comment le décrit Ovide, au premier siècle après Jésus-Christ :  « En l’absence de tout justicier, spontanément, sans loi, la bonne foi et l’honnêteté y étaient pratiquées. […] La Terre elle-même, aussi, libre de toute contrainte, épargnée par la dent du hoyau, ignorant la blessure du soc, donnait sans être sollicitée tous ses fruits. »  Avant lui, au premier siècle avant Jésus Christ, Virgile avait vu l'arrivée d'Auguste, venu rétablir l'ordre après la seconde guerre civile, comme la possibilité d'"un âge d'or", en quelque sorte "le paradis sur terre", où  où le  travail serait rendu inutile** tant la nature était généreuse, où la violence des prédateurs aurait disparu, où les dieux et les hommes rapprochés, couleraient des jours heureux... 

** Je reviendrai sur ce point, celui du "travail", une autre fois.   

                                                     Le constat, aujourd'hui est affligeant

 

 "Tout fout le camp", comme le disent en chanson Juliette et Mouloudji (en lien), ou comme le déplorait, en vers, Lamartine : " le temps m'échappe et fuit" dans un monde "universel" réglé par le principe de l'entropie qui fait que "l'énergie se dissipe, les écosystèmes se désorganisent et que les singularités s’homogénéisent, s'indifférencient." Le Temps qui passe est son allié. "Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore va dissiper la nuit", soupire encore Lamartine. Pour une civilisation, c'est la mort.  

Tout se passe comme si le concept de modernité(1) n'avait pas tenu ses promesses. Il est patent, aujourd'hui que comme le dit Bertrand Vidal, en 2013 : « Entraîné dans la ‘dialectique du mode de production/mode de destruction’ […] "le projet urbain" et son ordonnance cartésienne se résolvent dans leur propre effondrement ».

On peut voir dans le fait de "jouer la carte de la métaphore écologiste de la nature souillée par la présence de l’homme, ​​​​une réponse" à ces promesses non tenues de la modernité. 

Si donc l'âge d'or symbolise un passé prospère, hélas totalement disparu, il n'y a qu'à lire la presse quotidienne, ouvrir la radio ou internet pour s'en angoisser, il peut aussi devenir une promesse. 

"Les analyses des impasses de notre époque ont en retour pour vocation de provoquer en elle une bifurcation : de différer les dynamiques globales actuelles grâce à de nouveaux savoirs." Ce serait l'idée d'une  sorte d'anti-entropie, une réorganisation systémique autour de ces savoirs. "L’entropie et l’anti-entropie coexistant en une sorte de danse cosmique et fondamentale de l’énergie. Danse dont le premier et dernier pas est donné par la vie, dans sa lutte pour le maintien de l'ordre indispensable à sa perpétuation - ordre que l'on appelle néguentropique." (Victor Chaix que je mettrai en lien dans un autre article) 

L’effritement continu du paradigme "moderne" en appellerait à un nécessaire ré-ensauvagement (1) du monde occidental à « Renaturaliser – reboiser, replanter, recultiver – le monde abstrait, refroidi », comme le suggèrait en 1974, Serge Moscovici, le fondateur de "Génération écologie", dans la lignée de René Dumont puis de Brice Lalonde

(1) Le terme de réensauvagement mérite un détour, à une époque où l'on stigmatise à grand renfort de violence verbale et autres "l'ensauvagement" de la société. "Sauvage",  au sens propre vient du mot silva, "forêt" en latin. Dans le contexte de l'article, pour faire court et donc nécessairement très lacunaire, (sinon, cf, au minimum, Wikipedia entrée "sauvage") réensauvager peut désigner le fait de réimplanter des espèces animales (le plus souvent de grande taille) disparues. C'est à dire recréer tout l'écosystème d'avant la disparition de ces espèces. Ce peut être aussi de privilégier l'absence d'intervention humaine, dans une région donnée.  

L’idéaltype de « l’homme des bois […] enviable par sa pureté, son contact intime avec la nature, sa connaissance directe des pouvoirs de la vie » (Moscovici) pourrait être de retour, connecté au mythe du Bon sauvage, initié par Rousseau, selon lequel l’homme naît bon mais est corrompu par la sociétéAinsi "Le civilisé" pourrait-il être à nouveau pensé comme siège de la décadence morale et "le sauvage" comme  l’amorce d’un monde plus harmonieux.

Ce n'est toutefois pas l'idée (simpliste) d'une opposition ville/campagne, où "le top" serait la campagne, mais plutôt celle de " réenchanter, demain, le social et l’urbain", à partir de la Nature. 

Bertrand Vidal, en 2016, optimiste, écrit que « la catastrophe, au-delà du désordre apparent qu’elle introduit, constitue […] le moment paradoxal d’une remise de ce monde sur ses pieds, un ré-ordonnancement des rapports entre l’Homme et la Nature, un paradoxal retour à l’harmonie perdue – et, parfois même, à une révélation ». 

                                           La SF a depuis longtemps pensé de telles problématiques 

"Des productions littéraires, photographiques, cinématographiques, vidéo-ludiques jusqu'aux  architecturales  témoignent, à divers degrés, d’une vision du futur aux colorations eschatologiques, où après la catastrophe, la nature sera effectivement restaurée et restauratrice."

"Le genre post-apocalyptique en particulier constitue un terrain d’investigation pertinent capable de rendre compte du désir d’ensauvagement qui travaille actuellement les consciences collectives. Un certain renversement des valeurs semble faire du végétal envahissant (et des êtres vivants qu’il abrite) non plus un problème à résoudre, ni le signe d’une punition (naturelle ou divine), mais bel est bien l’élément central d’un futur désirable que l’architecture écologique tente de concrétiser. Entre le divertissement spectaculaire des vestiges non plus antiques mais futurs et la logique de la fable mise au service de valeurs écologistes, ces fictions invitent autant à la contemplation qu’à la révélation au sens plein et premier du terme apocalypse."

Le délitement de l’habiter technocratique, Ballard l’avait déjà exploré dans ses divers romans et nouvelles de fiction spéculative, notamment dans sa Trilogie de béton (L’île de bétonI.G.H., et Crash !). Il a su y rendre perceptibles les interactions entre pulsions humaines et architecture et a montré comment la sauvagerie survient dans les environnements à l’ordonnancement trop rigide et aseptisé.

(1) "La modernité" se serait donc clairement fourvoyée, mais à quelle époque exactement ? Est-ce utile de se le demander ?  Le concept est loin d'être opératoire.

 "Il y aurait eu un mauvais virage qui nous aurait détournés du bon chemin et dont le moment décisif se déroberait toujours plus loin dans le passé. "

Bertrand Méheust, philosophe, s'interroge ainsi dans son ouvrage La nostalgie de l’occupation : "Les « choix » qui l’ont préparé [le bond productiviste moderne et les conséquences ravageuses qu’il implique pour la nature] se sont produits dans un lointain passé. À quel point de bifurcation faut-il alors remonter? Aux enclosures? Aux « choix du feu », comme l’affirme Alain Gras? À la Réforme protestante? À la rupture galiléenne? À l’émergence du monothéisme? Au « miracle grec »? Mais ne va-t-il pas encore falloir changer d’échelle et remonter à la néolithisation, pour essayer de découvrir le moment où le mauvais virage a été pris?".... (Michel Foucauld fait débuter la modernité au XVIe).