Ah ! ça m'énerve !

Publié le par Claire Antoine

Ah ! ça m'énerve !

La magique proximité visuelle que procure l’écran qui s’interpose entre celui qui est devant cet écran dont on parle, le spectateur, souvent seul,  et l’acteur, celui qui se /qu’on met en scène, derrière cet écran, jamais seul, lui, ( il y a, en effet, du monde et de la technique, du moliéresque « deus ex machina ») de l’autre côté du miroir magique tendu (#regardemoic’esttoi), la proximité, permet, à cet acteur,  de transformer, de faire muter sa fonction de personnage « public »; celui-ci ayant des choses très intéressantes, voire passionnantes, et surtout urgentes à dire que le spectateur aura à cœur de transformer en pensée et en actes (le spectateur c’est comme qui dirait le peuple et le peuple il est traditionnellement teubé, oui ! mais il a du cœur.

Tout le monde le sait, ça. Ça rachète le tout !)

 – parce que leur parole, aux acteurs, en particulier « politiques »

(mais « tout est politique » par écran interposé…, je te le dis, tu me crois ? Hein ?)

Leur parole est, grâce à ce dit-écran, performative. Je dis, tu fais, ça devient. Paf ! Hocus pocus …c’est. On passe du culturel au naturel, donc. Du relatif à l’absolu. Le spectateur, comme il ne demande qu’à apprendre naturalise et absolutise. CQFD.

Je reviens au personnage public qui tout en parlant effectue sa mue, c’est-à-dire que pour nous, il devient « privé ». Il se privatise. Il s’offre comme un ami, un « comme moi », un « comme nous tous », un « chacune et chacun ensemble », dans une singularité particulière commune.

C’est sans doute pour ça, grâce à ce mécanisme que je viens d’évoquer que ces derniers temps on entend, proférés même par des Experts “ gradés” (juristes, médecins, militaires, ministres, voire présidents) ces éléments de langage (comme on dit), ces mots qui m’irritent au plus haut point, présentés comme des arguments qu’aucun.e élève de lycée ne peut considérer comme suffisants pour avoir « une bonne note » dans un exercice d’argumentation à l’écrit ou à l’oral : “De toutes les façons, si on fait, vous critiquez, et si on ne fait pas, vous critiquez quand même”.  Ils choisissent alors la posture « parent » tantôt bienveillant, tantôt persécuteur-sadique de l’analyse transactionnelle, pour s’adresser à l’enfant, tantôt rebelle tantôt soumis que nous gardons au fond de nous. En effet c’est ce genre de propos que les parents utilisent en désespoir de cause, quand rien n’a marché, pour obliger leurs enfants, élèves, collaborateurs, enfin, leurs proches, à obéir sans discuter.

Donc on fait ce qu’on veut et taisez-vous.

Et le petit enfant qui sommeille en nous (tout rebelle qu’il puisse parfois être) capitule sans même chercher plus loin. 

C'est sans fin !