Extraits de ''Testament poétique'', 2019. ''Greffons'' ''enivrement de chants pluriels'' pour une longue promenade méditative
(lecture publique d'extraits le 7 mars 2019, à Pontiffroy poésie, au moment du Printemps des Poètes)
Greffons
Enivrement de chants pluriels
"Au cœur d'un corps à corps
de citations élaguées,
mémoires réajustées arraisonnées;
tracés de cantilènes compilées réagencées
qui résonnent sur des partitions retrouvées'',
je t'invite, lecteur, à l'exploration d'un espace intérieur, en retours et avancées en profondeur et apparitions cadencées, paroles de mémoires conjuguées. À la recherche du lieu de la pulsation où la parole résonne en chant."
Claire
''Dans les trouées de l’air''
(...) Si mes mots
Sentent pousser ces murs
- Ces murs
Sans fondations
Ces murs
Tressés aux lianes grimpantes du lierre,
Aux chardons et aux bleuets,
Cherchant à raconter leurs explorations
Aux tracés effacés,
Crayonnés -
Ils s’effriteront…
Alors je pourrai bâtir d’improbables rencontres.
Et s’incarneront dessins
Sonores dans les ajours,
Retenus. Incertains.
Qui trouent le cœur de l’épure.
Par mes mots qui peinent à s’envoler - Je prends
Figure. Je prends visage,
Visage épais. Incomplet.
« C’est toi ! » Peut-être… Quoi de moi ?
Je me déploie et je tisse la chancelante
Toile, scintillante
de gouttelettes,
graciles,
qui hésitent à tomber.
Je pèse sur moi. Langage et corps continués, débordés…
Ephémère bâtisse.
Maquette en carton.
Rythme projeté. Hors de moi.
Je colle, je coupe, je fusèle.
Avec mes doigts, je me dessaisis.
Je me dépossède des piquants étriqués.
Pour d’autres oreilles, j’ouvre les grilles, j’écarte les barreaux.
Je me libère. Dans les trouées de l’air
Du poisseux couvercle qui
Ecrase les plafonds aux poutres symétriques
Et je navigue sous l’horizon crépusculaire
D’où j’espère remonter dans la transparence
D’une forme qui s’anéantit et se renouvelle.
Pour te rejoindre. Faire entendre ce qui est.
Supprimer la distance
- Oublier - Trahir -
…Insurmontable entre les êtres. Incontrôlable.
Mots images d’objets aphones, mimant le vif.
Donnez-moi l’idée de la voix qu’ils prendraient,
Ceux qui n’articulent aucun son…
Par l’écriture,
Je me téléporte d’un objet à un autre
J’ai mille visages, mille voix,
Je suis grosse de l’écume aphrodisiaque
Mélange de la semence et du sang du ciel marin, des fleurs à l’aube dans le vase.
Et je traine derrière moi le nébuleux entortillé.
Discontinuer les phrases.
Les effondrer.
Les déposséder de leurs convenances.
Pour qu’il ne reste plus que
Rebuts, chutes.
Recyclables, transformables.
Tricoter, tisser pour un réel
Amoureux, désiré.
L’histoire d’Ulysse s’écrit chaque nuit
Des nuages, des montagnes, des frondaisons
De l’alignement arrondi des côtes
Naissent des branchements nouveaux
Qui se croisent
Nervures, de fission et de déflagration
Et je rêve, paisible,
À tout ce qui survivra à mon absence
Sans début et sans fin
Dans l’inachèvement indéfini du réel.
Jouissance, habitée par la lettre et la mort,
Effrayée par la plénitude d’un mystérieux sentiment
De non-présence à moi.
Séparation.
De la multiplicité, sans chaos...
Je fais résonner mon appel - désespérance -
Glisser sans appuyer, sans passage assuré,
Comme des patineurs, sur des étangs gelés,
Au début du printemps.
Dans l'attente d'une parole
Qui chasserait ce qui en moi,
N’est pas moi.
Etoufferait mon « autre ».
Je parle pour trouver là où me reposer
Où commencer à vivre, où arrêter ces signes
- Où rien là n'est gagné d'avance -
Qui me renvoient d’un spectre à l’autre.(...)
