L'Odyssée d'Homère - extrait du chant XXII traduit par Leconte de Lisle : après le massacre des prétendants, celui des femmes du gynécée

Publié le par Claire (C.A.-L.)

Pour continuer sur le fil rouge de la violence faite aux femmes dans la littérature.
                    Mythe : récit pour dire redire et accomplir
                  Extrait du chant XXII de l'Odyssée d'Homère,
                     en français, traduction de Leconte de Lisle
Après le massacre des prétendants, celui des femmes qui ont cédé à leurs avances. Des alliées objectives de Pénélope qui, en quelque sorte se sont dévouées pour désamorcer l'agressivité de ceux qui étaient là pour remplacer Ulysse.
Pénélope a ainsi pu gagner du temps
Leconte de Lisle garde la forme grecque des noms, en particulier, Ulysse est Odysseus.
L'Odyssée est un titre éponyme. C'est l'histoire d'Ulysse. L'Illiade est celle d'Achille, de la colère d'Achille, mais le titre vient d'un nom de lieu, il localise. Nous sommes à Troie.                                                                           ***                                       
(...)le prudent Odysseus lui dit :
Tèlémakhos, hâte-toi, appelle la nourrice Eurykléia, afin que je lui dise ce que j'ai dans l'âme.
Il parla ainsi, et Tèlémakhos obéit à son cher père, et, ayant ouvert la porte, il appela la nourrice Eurykléia :
Viens, ô vieille femme née autrefois, toi qui surveilles les servantes dans nos demeures, viens en hâte. Mon père t'appelle pour te dire quelque chose.
Il parla ainsi, et ses paroles ne furent point vaines. Eurykléia ouvrit les portes de la grande demeure, et se hâta de suivre Tèlémakhos qui la précédait. Et elle trouva Odysseus au milieu des cadavres, souillé de sang et de poussière, comme un lion sorti, la nuit, de l'enclos, après avoir mangé un boeuf, et dont la poitrine et les mâchoires sont ensanglantées, et dont l'aspect est terrible. Ainsi Odysseus avait les pieds et les mains souillés. Et dès qu'Eurykléia eut vu ces cadavres et ces flots de sang, elle commença à hurler de joie, parce qu'elle vit qu'une grande oeuvre était accomplie.
Mais Odysseus la contint et lui dit ces paroles ailées :
Vieille femme, réjouis-toi dans ton âme et ne hurle pas. Il n'est point permis d'insulter des hommes morts. Ils ont subi la mort à cause de leurs violences. Mais, allons ! indique-moi les femmes qui sont dans cette demeure, celles qui m'ont outragé et celles qui n'ont point failli.
Et la chère nourrice Eurykléia lui répondit :
Mon enfant, je te dirai la vérité. Tu as dans tes demeures cinquante femmes que nous avons instruites aux travaux, à tendre les laines et à supporter la servitude. Douze d'entre elles se sont livrées à l'impudicité. Elles ne m'honorent point, ni Pènélopéia elle-même. Quant à Tèlémakhos, qui, il y a peu de temps, était encore enfant, sa mère ne lui a point permis de commander aux femmes. Mais je vais monter dans la haute chambre splendide et tout dire à Pènélopéia, à qui un Dieu a envoyé le sommeil.
Et le prudent Odysseus lui répondit :
Ne l'éveille pas encore. Ordonne aux femmes de venir ici, et d'abord celles qui ont commis de mauvaises actions.
Il parla ainsi, et la vieille femme sortit de la salle pour avertir les femmes et les presser de venir.
Et Odysseus, ayant appelé à lui Tèlémakhos, le bouvier et le porcher, leur dit ces paroles ailées :
- Commencez à emporter les cadavres et donnez des ordres aux femmes. Puis, avec de l'eau et des éponges poreuses purifiez les beaux thrônes et les tables. Après que vous aurez tout rangé dans la salle, conduisez les femmes, hors de la demeure, entre le dôme et le mur de la cour, et frappez-les de vos longues épées aiguës, jusqu'à ce qu'elles aient toutes rendu l'âme et oublié Aphroditè qu'elles goûtaient en secret, en se livrant en secret aux Prétendants.

Il parla ainsi, et toutes les femmes arrivèrent en gémissant lamentablement et en versant des larmes. D'abord, s'aidant les unes les autres, elles emportèrent les cadavres, qu'elles déposèrent sous le portique de la cour. Et Odysseus leur commandait, et les pressait, et les forçait d'obéir. Puis, elles purifièrent les beaux thrônes et les tables avec de l'eau et des éponges poreuses. Et Tèlémakhos, le bouvier et le porcher nettoyaient avec des balais le pavé de la salle, et les servantes emportaient les souillures et les déposaient hors des portes. Puis, ayant tout rangé dans la salle, ils conduisirent les servantes, hors de la demeure, entre le dôme et le mur de la cour, les renfermant dans ce lieu étroit d'où on ne pouvait s'enfuir.
Et, alors, le prudent Tèlémakhos parla ainsi le premier :
Je n'arracherai point, par une mort non honteuse, l'âme de ces femmes qui répandaient l'opprobre sur ma tête et sur celle de ma mère et qui couchaient avec les Prétendants.
Il parla ainsi, et il suspendit le câble d'une nef noire au sommet d'une colonne, et il le tendit autour du dôme, de façon à ce qu'aucune d'entre elles ne touchât des pieds la terre. De même que les grives aux ailes ployées et les colombes se prennent dans un filet, au milieu des buissons de l'enclos où elles sont entrées, et y trouvent un lit funeste ; de même ces femmes avaient le cou serré dans des lacets, afin de mourir misérablement, et leurs pieds ne s'agitèrent point longtemps. (…)

Publié dans Mythologie

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