Qu'en est-il de l'idée de corps dans les interactions Homme/robot (numérique) ? 4 Liens : 1) atelier.sens-public, Samira Ibnelkaïd et Dorothée Furnon ''(...) entre réification et personnification'' ; 2) unilim.fr Corporéité partagée (...) par écran, Samira Ibnelkaïd; 3) transphanie.com ''l'interaction comme corps à corps'';4) hal.archives-ouvertes.fr "Voir et percevoir à l'ère numér

Publié le par Claire Antoine

[Ma méthode est toujours la même, je prélève dans les textes (en liens) que je lis ( par intérêt /curiosité pour leur titre/thème) certains éléments qui me paraissent, ce jour-là, importants, sans pour autant qu'ils embrassent nécessairement la problématique principale des articles et je les "aménage" de façon à les comprendre - à ma façon...- . Souvent aussi je les cite, textuellement, entre guillemets, alors. Les liens renvoient au texte intégral.] 

                                   Généralités sur la perception des choses à l'ère numérique

Nécessité d'une nouvelle "matrice ontophanique" ( qui permet de signaler l'apparition/l'existence de ce qui est)

   La révolution numérique  renverse, transforme, tend à remplacer nos structures perceptives du réel 

En adoptant un nouveau système technique - le système numérique - nous acceptons, en même temps une nouvelle "matrice" ontophanique, numérique qui fait s'ébranler le  processus par lequel le réel nous apparaît et cela bouleverse l’idée même que nous nous faisons de ce qui est réel,  c'est-à-dire de notre perception  de ce réel.  

« Système technique numérique », contemporain, combinaison de l’électronique (versant physique des composants), l’informatique (versant logique des algorithmes) et les réseaux (versant réticulaire des connexions).

Percevoir à l’ère numérique, c’est être contraint de renégocier l’acte de perception lui-même, au sens où les êtres numériques nous obligent à forger des perceptions nouvelles, c’est-à-dire d’objets pour lesquels nous n’avons aucune habitude perceptive. Cette renégociation perceptive n’a rien de naturel. Elle exige du sujet humain un véritable travail phénoménologique sur lui-même en vue d’apprendre à percevoir cette nouvelle catégorie d’étants, les êtres numériques, dont la phénoménalité est inédite et, par conséquent, désarmante. Ce travail phénoménologique, qui est à la fois psychique et social c'est-à-dire transindividuel, consiste pour chaque individu à réinventer l’acte de perception pour le rendre compatible avec la phénoménalité particulière de ces êtres. Il s’agit d’apprendre à percevoir les êtres numériques pour ce qu’ils sont – ce qui implique d’abord de comprendre leur nature.

Mais pour être en mesure de saisir la nature de l’ontophanie numérique, il faut remonter à l’origine essentiellement technique de toute ontophanie (la manière dont l’être nous apparaît - quelque chose se montre à nous- , induit une qualité particulière de se-sentir-au-monde.).

C’est le sens de l’hypothèse défendue ici. Le phénomène numérique ne fait que rendre visible, par son ampleur, un trait philosophique caractéristique de toute technique en général, resté relativement inaperçu mais essentiel : la technique est une structure de la perception, elle conditionne a priori, au sein d'une culture perceptive historiquement donnée, la manière dont le réel ou l’être nous apparaît, à travers les appareils numériques.

Aux origines de l'ontophanie. En 1931 Gaston Bachelard introduit pour la première fois le concept de phénoménotechnique, il met en lumière l’une des caractéristiques fondamentales de la science moderne selon laquelle le travail scientifique ne consiste pas à décrire les phénomènes comme s’ils préexistaient à la théorie qui les pensemais à les construire intégralement grâce à des dispositifs techniques capables de les faire apparaître et partant, de les faire exister comme phénomènes proprement dits : « C’est alors qu’on s’aperçoit que la science réalise ses objets, sans jamais les trouver tout faits.

                                             "Affaires philosophiques non classées" : 

dossier âme/esprit/corps - séparés/liés quand ? comment ? pour qui ? pour quoi ?    

Les tentatives de définition du corps, de l'âme et de l'esprit sont très nombreuses, depuis ceux qui séparent nettement l'un ou l'autre des éléments, jusqu'à ceux qui raisonnent en terme d'unité.

Les premiers établissent une hiérarchie entre ce que l'on voit/perçoit/ressent et ce que l'on ne voit ni ne ressent. Certains d'entre eux privilégient l'âme ou l'esprit, ce qui actionne l'ensemble, d'autres partent du corps extérieur/intérieur avec ses capteurs que sont les sens. L'esprit permettant d'analyser toutes les données perçues. 

Il y a chez tous les penseurs/philosophes occidentaux ( tout au moins) une constante qui est celle de reconnaître dans chaque être humain l'existence de quelque chose qui serait comme un "sujet", une identité, qui lui seraient propres et à partir desquels il penserait et interagirait avec les autres et s'adapterait, dans sa singularité, aux circonstances de la vie, à leur "environnement".                

N.B. Il semblerait qu'on ne puisse pas si facilement départager les deux ou les trois, corps/esprit/âme, même quand on est l'incontournable Descartes qui s'interroge, en fait, lui aussi : Cf. L'article d' Elizabeth UrbanTraduit par  Christian Raguet, dans la Revue de Psychologie Analytique 2021/1 (N° 10) : "Quelle est la place de Descartes dans la réflexion actuelle sur le dilemme corps-esprit ?" Lien Cairn  Esprit et corps, ce qu’en dit Descartes [1] | Cairn.info

 

               Et ce "sujet - identité"  vient aussi du corps... : c'est une histoire de neurones

Grâce à certains neurones dits "miroirs", l'individu est conduit à reconnaître ... qu’il est l'agent (auteur et responsable) de ses propres actions.

                                           Même si les individus sont liés les uns aux autres 

- par résonance, ils reflètent automatiquement les réactions des autres,

- par empathie, ils ressentent partiellement  ce qu’autrui éprouve, ce qui permet par exemple de lui venir en aide,

- par agentivité, il reste maître de ses actes, sans se confondre avec l'Autre.  "La capacité d’action des sujets sur leur environnement, sur les objets et sur autrui, ainsi que la perception de cette faculté par le sujet relève de la notion d’agentivité (agency, Butler 2002)."  

 

                    Aujourd'hui, le numérique nous impose de reconsidérer ces questions.  

Quand avec un clavier sur lequel on tapote, face à un écran avec lesquels on entre en contact  (grâce à des suites de "0 et de 1" mises en forme, programmées par des informaticiens )  immédiat ou différé avec d'autres de nos semblables que le plus souvent on ne connaît pas, que dire de nous ?  

Corps, esprit, âme, où êtes-vous ? Quid du sujet-identité ? 

                                        L'inter-corporeité d'un "inter-monde"

"Les sujets" sont des êtres sensibles qui se co-construisent dans l’interaction en s’équipant de technologies leur permettant de dépasser la distance physique et de se manifester dans des configurations spatio-corporelles multiples et réticulaires. Les sujets se rendent ainsi présents les uns aux autres par intercorporéitéartefactée en actant ensemble un monde commun ( un "intermonde") (Merleau-Ponty 1964, 317).

                         Plus ou moins copié/collé dans l'article en lien ci-dessous

La problématique de la relation entre le corps et les technologies fascine et inquiète  parce qu’elle renvoie au mythe d’un esprit séparé du corps, d’un être artificiel que le savant pourrait créer, d’une communication parfaite sans malentendu (Flichy 2009, 11)

             Le corps a-t-il encore un avenir ? L'homme pourrait-il devenir un "pur esprit " ?

"Avec l’avènement des nouvelles technologies, le corps est perçu par certains comme « un indigne vestige archéologique amené à disparaître » (Le Breton 2001).

On peut dire aussi qu'il y a deux modes différents de se rapporter au corps : une vision biomécanique 1 héritée de la modernité et une vision virtuelle du corps issue de la postmodernité (Casilli 2012, 6).  

1) La biomécanique applique les lois de la mécanique aux problèmes de biologie, de physiologie et de médecine. Elle décrit le corps humain, à partir des éléments structuraux de l’organisme impliqués dans le mouvement et définit l’ensemble des forces qui leurs sont impliquées. 

La crainte de la disparition du corps « englouti par un écran d’ordinateur est moins un risque réel qu’une réaction paradoxale à son hypertrophie imaginaire, à son omniprésence » et ce car notre société exalte le corps en référent ultime (Casilli 2009, 3). Il ne s’agit pas d’une disparition du corps mais de nouvelles formes d’apparitions corporelles (Vial 2013, 239)

Cf. Un deuxième article,  en lien  ci-dessous, de Samira Ibnelkaïd permet d'approfondir toutes ces notions en ajoutant celle de "Transphanie" qui permet de penser le virtuel et le "réel" avec les mêmes concepts-outils, pour fluidifier les relations entre eux, permettant de créer une intercommunicabilité totale entre "l'homme et la machine"  conduisant, à mon sens, à penser aussi, à terme,  sans crainte, le transhumanisme... 

"Partir du corps, de ses différents aspects — corporéité, gestualité, visage, regard — pour étudier la façon dont il se transforme, se transfigure dans l’interaction en ligne. Les interactions sont des corps à corps. " 

                                                                     Transphanie 

                                              copié/collé d'un long extrait de la conclusion 

Le visible repose sur l’horizon de l’invisible, sur la profondeur du caché. Dès lors le visible doit être conçu « non selon la pensée proximale mais comme englobant » (Merleau-Ponty, 1964 : 266).

Dans leurs interactions à distance, les sujets ne partageant pas un espace-temps commun sont d’abord absolument invisibles les uns aux autres. De cette invisibilité surgit la visibilité par leurs actes de prise d’existence à l’écran. Jamais l’ensemble de leur corps ne se présentera à eux – ni leurs dos, ni leurs jambes, ni leurs pieds, etc. – ni encore l’ensemble du décor – ni les parties de la salle hors-champ, ni le couloir longeant la salle, ni la rue sur laquelle donnent les fenêtres. Pour autant, parce que des mots s’inscrivent à l’écran, le sujet sent que les mains d’un Autre les a tapés ; parce qu’un visage apparaît à l’écran, le sujet sent qu’un corps y est attaché ; parce qu’il y a visage, il y a dos, mains, jambes ; parce qu’il y a table, chaise, plafond et mur à l’écran, il y a aussi salle, couloir, fenêtre hors-écran. Le visible inscrit avec lui l’invisible dans l’interaction physico-numérique. Et les interactants œuvrent à rendre visible l’invisible – présent ou non à l’écran – à élargir l’horizon des évènements interactionnels. Il y a présence de l’absence. Celle-ci est rendue possible, en interaction numérique, par les activités de percepaction – perception et action conjuguées pour percevoir et être perçu – des sujets à partir de ressources multimodales physico-numériques.

                                                              Redéfinition de l'identité                                                                   

L’identité se définit alors comme un acte de transphanie, à savoir un phénomène verbal, technique et transsubjectif consistant à rendre visible l’invisible identémique et scénographique par percepaction technico-corporelle coordonnée des sujets engagés dans l’interaction sociale. Cette définition de l’identité s’applique à toute forme d’interaction, qu’elle implique un écran ou non, dans la mesure où la transphanie transcende le mode interactionnel – toute forme d’interaction sociale et tout phénomène d’apparition du sujet implique du langagier, du technique et du sensitif.