"Errer... s'égarer... se perdre..." comme Senancour : 2 citations en vert, à la fin de l'intro, extraites d'Oberman : Nature/désert/ se perdre

Publié le par Claire

                                               Oberman             

 

                   Etienne Pivert de Senancour - 1770-1846

Ses pensées sur le bonheur, mêlées à des éléments autobiographiques,

forment un "roman" méditatif, Oberman ( littéralement : l'homme des hauteurs ),

publié pour la première fois en 1804 : 

 Senancour y tenait, ce n'est pas une autobiographie.

Mais un de ces livres du seuil de la modernité,

où les références dates, lieux etc sont brouillées, 

et où se révèle,

à l'état pur et hors de toute catégorie générique,

une conscience. 

 Moins une réécriture de sa biographie qu'une projection de sa vie.

Inadapté dans la société de son temps, déçu par une vie malheureuse dans laquelle il ne parvient pas à "prendre racine", ne sentant pas le sens de son existence, Obermann angoissé par la fuite du temps et le caractère éphémère des choses, se retire dans la solitude d'une nature qui lui paraît encore sauvage, comme celle de certains paysages de Suisse ou de la forêt de Fontainebleau.

Là, loin des servitudes  des vicissitudes sociales et humaines,

il pourra prendre conscience d'exister,

se voir et  ainsi faire l'expérience de ce qu'est un être humain complet,

livré à lui-même et non assujetti aux contraintes morales que la société fait peser sur ls individus.

Dans la solitude il découvre surtout cette loi d'amour inscrite au coeur des êtres non pas tels qu'ils sont ou tels qu'ils pensent devoir être, mais tels que la grâce divine les a faits, et qui semble seule être source de vie, de fécondité et de bonheur. 

Enfin je me crois dans le désert. Il y a ici des espaces où l’on n’aperçoit aucune trace d’hommes. Je me suis soustrait, pour une saison, à ces soins inquiets qui usent notre durée, qui confondent notre vie avec les ténèbres qui la précèdent et les ténèbres qui la suivent,ne lui laissant d’autre avantage que d’être elle-même un néant moins tranquille.

 

Quand je passai, le soir, le long de la forêt, et que je descendis à Valvin, sous les bois, dans le silence, il me sembla que j’allais me perdre dans des torrents, des fondrières, des lieux romantiques et terribles.

J’ai trouvé

des collines de grès culbutées, des formes petites, un sol assez plat et à peine pittoresque; mais le silence, et

l’abandon, et la stérilité m’ont suffi.[...] 

[...] Entendez-vous bien le plaisir que je sens quand mon pied s’enfonce dans un sable mobile et

brûlant, quand j’avance avec peine, et qu’il n’y a point d’eau, point de fraîcheur, point d’ombrage?

Je vois un espace inculte et muet, des roches ruineuses, dépouillées, ébranlées et les forces de la nature assujetties à la force des temps. N’est-ce pas comme si j’étais paisible,

quand je trouve, au-dehors, sous le ciel ardent, d’autres difficultés et d’autres excès que

ceux de mon coeur?

Je ne m’oriente point; au contraire je m’égare quand je puis. Souvent je vais en ligne droite,

sans suivre de sentiers.

Je cherche à ne conserver aucun renseignement, et à ne pas

connaître la forêt, afin d’avoir toujours quelque chose à y trouver.

Il y a un chemin que j’aime

à suivre; il décrit un cercle comme la forêt elle-même, en sorte qu’il ne va ni aux plaines

ni à la ville; il ne suit aucune direction ordinaire; il n’est ni dans les vallons ni sur les hauteurs;

il semble n’avoir point de fin;

il passe à travers tout et n’arrive à rien: je crois que j’y

marcherais toute ma vie."