Le poète Ausone et la description (Littérature païenne et chrétienne du IVe siècle - Ausone et Saint Paulin de Jean-Jacques Ampère, Revue des Deux Mondes T.11, 1837)

Publié le par Claire

 

      (Texte du XIXe avec juste quelques petites modifications suite à la relecture de ce matin. Il y a 4 ans, j'ai été amenée à faire une courte "recherche" sur la Moselle et Ausone et je ne sais plus trop si, "à l'époque", j'ai changé ou non des éléments du texte de JJ AMPERE...)

L'ouvrage le plus remarquable d'Ausone appartient au genre descriptif. La parole y est pour ainsi dire accordée au décor, aux objets extérieurs, aux apparences. 

Dans le poème de la Moselle, la poésie descriptive se montre avec tout ce qu'elle peut avoir de minutieusement exact et d'ingénieusement recherché.

A la suite d'un petit voyage de Mayence à Trèves, Ausone voulut peindre cette belle vallée de la Moselle où Trèves est placée.

En suivant le cours du fleuve on est frappé par la fidélité de ses descriptions.

La vallée à la verdure extraordinaire, des collines  aux rives du fleuve. 

Ausone insiste sur ce caractère de la Moselle, il l'appelle avec justesse et bonheur fleuve verdoyant,  amnis viridissimeil montre ses rives vertes de vignobles, et             virides baccho collesla limpidité et la placidité de ses ondes inspirent au poète quelques vers qui semblent, en reproduisant le calme du fleuve, imiter son murmure presque insensible.    Et amena fluenta/ Subterlabentis tacito rumore Mosellae.

 Les détails sont d'une telle exactitude, que Cuvier s'est servi du poème d'Ausone pour déterminer plusieurs espèces de poissons.

Ces descriptions n'ont du charme et un peu d'originalité que là où elles abandonnent la précision technique, pour chercher à rendre, par l'indécision des contours et l'incertitude des images, quelques accidens singuliers de la nature.

Certains poètes peignent les phénomènes les plus tranchés, les objets les plus simples, le lever, le coucher du soleil, le jour, la nuit, le torrent, la mer, la tempête. A d'autres époques, la poésie se plaît aux spectacles plus compliqués et plus vagues, elle aime à reproduire en nous les sentimens confus et mélangés que ces spectacles éveillent. [...]Les temps plus baroques veulent continuer ces conquêtes de la poésie sur ce qu'il y a de plus fugitif et de plus insaisissable dans la nature.

Ils redoublent toujours d'effort et de recherche.

Il font ressortir le bizarre, les reflets et jouent avec eux. 

Cette prédilection pour les effets indécis et compliqués, étranges et quasi fantastiques, se retrouve dans les vers suivants, qui décrivent les approches du soir descendant sur les rives de la Moselle.

« Lorsque le fleuve glauque imite la couleur des collines, les eaux paraissent verdoyantes, et le fleuve semé de pampres. Quelles teintes se répandent sur les ondes, lorsque Hespérus allonge les ombres du soir, et qu'une montagne verte semble remplir le lit de la Moselle ! Les sommets nagent sous les flots légèrement ridés; le pampre absent s'y balance; la vendange se déploie sous les eaux limpides. Le nocher est trompé par ces illusions, tandis qu'il navigue, sur son batelet d'écorce, loin des deux bords, là où l'image de la colline se confond avec le fleuve et où le fleuve confine à la limite des ombres. »

Vers maniérés et charmants. L'art de décrire les petits objets, les actions familières, cet art où excellent les poètes descriptifs modernes, est déjà dans Ausone.

Ausone porté mollement par les paisibles eaux de la Moselle, au milieu des maisons de campagne, des châteaux magnifiques qu'il peint s'élevant sur les deux rives du fleuve, goûtait avec sécurité les douceurs de cette civilisation qui allait finir.

Nul pressentiment sinistre ne venait troubler le versificateur indolent. Tandis qu'il arrangeait ses descriptions, rien ne l'avertissait que, moins de trente ans après, ces barbares, auxquels il aurait pu toucher la main et auxquels il ne pensait pas, passeraient le Rhin; qu'alors ces belles villas, ces châteaux somptueux, la ville de Trèves, avec son amphithéâtre, ses thermes et ses palais, seraient la proie des Francs.

Pour nous, qui connaissons la suite, il y a une impression presque tragique dans le spectacle de cette frivolité, de cette insouciance qu'attend un si terrible réveil;

elle nous fait la même impression que la frivolité et l'insouciance au sein desquelles s'endormait la société élégante et lettrée du dernier siècle, tandis qu'on dressait déjà l'échafaud de 93.

De même, tandis que la grande catastrophe frappait à la porte, oublieux d'elle et du lendemain, Ausone s'occupait à décrire la pêche à la ligne, et respirait le parfum des roses. ( Jean-Jacques AMPERE)

PS. De nombreux poètes passent encore aujourd'hui par la description de la nature, pour retrouver une sorte de lieu originel, (nécessaire, peut-être ) dans des temps si troublés.

 

Buste de CUVIER prise au portable fin juillet au Museum d'Histoire Naturelle. (1769, Montbéliard - 1832 à Paris, anatomiste français (anatomie comparée et paléontologie au XIXe)

Buste de CUVIER prise au portable fin juillet au Museum d'Histoire Naturelle. (1769, Montbéliard - 1832 à Paris, anatomiste français (anatomie comparée et paléontologie au XIXe)

Publié dans citations. Notes.

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