Atelier poésie mars : encore quelques fables

Publié le par Claire Antoine

En voie de disparition...Les limites de le folle du logis

En voie de disparition...Les limites de le folle du logis

                                         

                                                  Les limites de la folle du logis 

 

Être soi-même et lucide sur sa contingence : cette morale nous parle-t-elle ? Peut-elle encore nous parler ?

Individualisme, prise en compte du "Moi, Je " comme unique loi, pour chacun, comme pour chaque groupe humain, etc. en élargissant chaque fois l'espace de l'intime/ le rêve de chacun comme rêve de tous...bref des histoires de pouvoir, de politique etc. etc. etc. etc.

     

Ce corpus de 5 fables, permet d'évoquer des parcours de transformations nés de l'imagination qui font croire à d'autres horizons.

Le mouvement enclenché conduit vite hommes et animaux à la limite extrême et catastrophique  de leurs désirs...les personnages abandonnés à leur folie imaginative disparaissent au contact du retour du réel (cf aussi Perrette, déjà lu). 

                (+ vocabulaire : des synonymes de "désir")   

 

La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf (I, 3).
 
Une grenouille vit un boeuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un oeuf,
Envieuse, s'étend, et s'enfle et se travaille,
Pour égaler l'animal en grosseur,
Disant: "Regardez bien, ma soeur;
Est-ce assez? dites-moi: n'y suis-je point encore?
Nenni- M'y voici donc? -Point du tout. M'y voilà?
-Vous n'en approchez point." La chétive pécore
S'enfla si bien qu'elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages.
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs ,
Tout prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.
 
 La Tortue et les deux Canards 
 
Une tortue était, à la tête légère,

 

Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays,
Volontiers on fait cas d'une terre étrangère :
Volontiers gens boiteux haïssent le logis.
Deux Canards à qui la commère
Communiqua ce beau dessein,
Lui dirent qu'ils avaient de quoi la satisfaire :
Voyez-vous ce large chemin ?
Nous vous voiturerons par l'air en Amérique .
Vous verrez mainte république,
Maint royaume, maint peuple ; et vous profiterez
Des différentes mœurs que vous remarquerez.
Ulysse en fit autant. On ne s'attendait guère
De voir Ulysse en cette affaire.
La Tortue écouta la proposition.
Marché fait, les Oiseaux forgent une machine
Pour transporter la pèlerine .
Dans la gueule en travers on lui passe un bâton.
Serrez bien, dirent-ils ; gardez de lâcher prise.
Puis chaque Canard prend ce bâton par un bout.
La Tortue enlevée on s'étonne partout
De voir aller en cette guise
L'animal lent et sa maison,
Justement au milieu de l'un et l'autre Oison .
Miracle, criait-on. Venez voir dans les nues
Passer la Reine des Tortues.
La Reine : vraiment oui ; Je la suis en effet ;
Ne vous en moquez point. Elle eût beaucoup mieux fait
De passer son chemin sans dire aucune chose ;
Car lâchant le bâton en desserrant les dents,
Elle tombe, elle crève aux pieds des regardants.
Son indiscrétion de sa perte fut cause.
Imprudence, babil, et sotte vanité,
Et vaine curiosité,
Ont ensemble étroit parentage .
Ce sont enfants tous d'un lignage .
 

 

Le Corbeau voulant imiter l’Aigle (II, 16).
L'Oiseau de Jupiter enlevant un Mouton,
Un Corbeau, témoin de l'affaire,
Et plus faible de reins, mais non pas moins glouton,
En voulut sur l'heure autant faire.
Il tourne à l'entour du troupeau,
Marque entre cent Moutons le plus gras, le plus beau,
Un vrai Mouton de sacrifice
On l'avait réservé pour la bouche des Dieux.
Gaillard Corbeau disait, en le couvant des yeux
Je ne sais qui fut ta nourrice ;
Mais ton corps me paraît en merveilleux état
Tu me serviras de pâture
Sur l'animal bêlant à ces mots il s'abat.
La moutonnière créature
Pesait plus qu'un fromage ; outre que sa toison
Etait d'une épaisseur extrême,
Et mêlée à peu près de la même façon
Que la barbe de Polyphème.
Elle empêtra si bien les serres du Corbeau,
Que le pauvre Animal ne put faire retraite.
Le Berger vient, le prend, l'encage bien et beau
Le donne à ses enfants pour servir d'amusette.
Il faut se mesurer; la conséquence est nette
Mal prend aux volereaux de faire les voleurs.
L'exemple est un dangereux leurre
Tous les mangeurs de gens ne sont pas grands seigneurs ;
Où la Guêpe a passé, le Moucheron demeure.
 

 

Le Geai paré des plumes du Paon (IV, 9)
        Un paon muait : un geai prit son plumage ;
            Puis après se l'accommoda ;
Puis parmi d'autres paons tout fier se panada,
            Croyant être un beau personnage.
Quelqu'un le reconnut : il se vit bafoué,
            Berné, sifflé, moqué, joué,
Et par messieurs les paons plumé d'étrange sorte ;
Même vers ses pareils s'étant réfugié,
            Il fut par eux mis à la porte.
Il est assez de geais à deux pieds comme lui,
Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui,
            Et que l'on nomme plagiaires.
Je m'en tais, et ne veux leur causer nul ennui :
            Ce ne sont pas là mes affaires.
 
 
      La Chatte métamorphosée en femme (II, 18)  
Un Homme chérissait éperdument sa Chatte,

 

Il la trouvait mignonne, et belle, et délicate,
            Qui miaulait d'un ton fort doux :
            Il était plus fou que les fous.
        Cet Homme donc, par prières, par larmes,
            Par sortilèges et par charmes, 
            Fait tant qu'il obtient du Destin
            Que sa Chatte en un beau matin
            Devient femme, et le matin même,
            Maître sot en fait sa moitié.
            Le voilà fou d'amour extrême,
            De fou qu'il était d'amitié.
            Jamais la Dame la plus belle
            Ne charma tant son Favori
            Que fait cette Épouse nouvelle
            Son hypocondre  de Mari.
            Il l'amadoue, elle le flatte ;
            Il n'y trouve plus rien de Chatte,
            Et poussant l'erreur jusqu'au bout,
            La croit femme en tout et partout,
Lorsque quelques Souris qui rongeaient de la natte
Troublèrent le plaisir des nouveaux mariés.
            Aussitôt la Femme est sur pieds.
            Elle manqua son aventure.
Souris de revenir, Femme d'être en posture .
        Pour cette fois, elle accourut à point ;
            Car ayant changé de figure,
            Les Souris ne la craignaient point.
            Ce lui fut toujours une amorce,
            Tant le naturel a de force.
Il se moque de tout, certain âge accompli.
Le vase est imbibé, l'étoffe a pris son pli.
            En vain de son train ordinaire
            On le veut désaccoutumer.
            Quelque chose qu'on puisse faire,
            On ne saurait le réformer.
            Coups de fourche ni d'étrivières 
            Ne lui font changer de manières ;
            Et, fussiez-vous embâtonnés ,
            Jamais vous n'en serez les maîtres.
            Qu'on lui ferme la porte au nez,
            Il reviendra par les fenêtres.
 
        *****

                                                                EXERCICE

Je suis ( un végétal, un animal...) j'ai voulu être comme/tel/ainsi que  ...j'ai ambitionné de, j'ai envié, admiré, jalousé...et/lorsque/c'est alors que ...Patatras ...

 

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