( 1e jet ) Notes prises dans un texte sur l'invective et la satire dans la poésie grecque de R. M. Rosen cf lien

Publié le par Claire (C.A.-L.)

( 1e jet ) Notes prises dans un texte sur l'invective et la satire dans la poésie grecque de R. M. Rosen cf lien

 Mon but est d'éclairer, petit à petit, la notion de satire, - après les assassinats, mercredi 7 janvier, à Paris, de journalistes dessinateurs satiriques, - en passant par la voie qui peut sembler détournée de la littérature et de la poésie,  mais qui n'en aborde pas moins des questions qui peuvent ressembler à celles-ci :  " Comment se fait-il qu'on puisse tuer "pour des dessins satiriques" ? Qu'est-ce qui se joue dans "le satirique" ? Le texte intégral  de Ralph M. ROSEN,  en lien, a pour titre "Efficacité et temporalité de l’invective et de la satire dans la poésie grecque" 

      NOTES personnelles ("personnalisées" donc sujettes à des oublis des erreurs, des répétitions  etc.ce serait plutôt un parcours dans ...)

 

          Le poème  satirique se moque, en temps réel, de personnes réelles. 
 
                       « Immédiateté » ou « urgence temporelle »  de la satire,
 
                                 engagement franc et direct sans intermédiaire, 
 
au sujet de questions ayant forcément une incidence sur la vie de l’auteur telle qu’il a lui-même choisi de la représenter dans son œuvre
 
                            Railler et  tourner en ridicule sans souci d’être sérieux 
 
   Entre ce qui nous est raconté et ce que lit le lecteur, il y a deux temps, synchronie
(ce que je vois/lis aujourd'hui) et diachronie (ce que ça contient d'hier, aujourd'hui et ce que ça pourra contenir pour demain) - en même temps -, deux événements. 
 
Les raisons qui sous-tendent la raillerie, les insultes et les obscénités,
de même que les formes mimétiques déployées pour les mettre en scène,
sont surdéterminées a priori par plusieurs facteurs génériques et historiques
qui contribuent à repousser le prétexte de pure synchronie( càd de l'illusion d'immédiateté).
 
 
En dautres mots, ce qui est sous-entendu c'est qu'une distinction peut être faite entre le « sérieux », ce serait ce qu'on pourrait appeler, mais ce n'est pas tout à fait exact " le sens du message", le signifié  
et le « comique », qui serait l'enveloppe, le signifiant
 
- en se rappelant que pour faire signe, message dans son entièreté les deux signifié et signifiant ( forme et fond) s'entrecroisent et existent ensemble  
 
  et que si ce type de comique ménage en son sein une place au sérieux, 
à la fin,
ce sérieux ne peut jamais vraiment être pris au sérieux. 
 
De plus, même si ce genre permet au public de s’aventurer quelque peu sur ce vague territoire du « sério-comique » 
le « sérieux »,  problème ici de l'islamisation par exemple, ou celui du rôle de la religion planent sur ce qu’en font les personnages de cette scène, mais il est impossible de connaître les réelles motivations de ce soi-disant « sérieux »
 
                                          À qui s’adresse en effet ce « sérieux » ? 
 
                                   Et quel sens devons-nous lui attribuer ?
 
Est-ce un « sérieux » d’ordre didactique, informatif ou moral ?
 
Est-ce une prétention fallacieuse du poète caricaturiste visant à faire rire son public, mais n’offrant en fin de compte, aucun contenu substantiel. 
Cette incompatibilité fondamentale entre le sérieux et le comique au sein de la caricature satirique provient comme dans toute oeuvre de ce conflit bien particulier entre la diachronie et la synchronie. 
Conflit composé, d’une part, d’une « émotivité » synchronique (quand l’auteur prétend exposer dans son œuvre une hostilité) 
et une indignation sincères envers certains individus de son époque, 
 
et, d’autre part, d’un « intellectualisme » diachronique quand, sciemment et parfois même malicieusement, l’auteur utilise des références qui attirent  l’attention sur le cadre  artistique historique d’après lequel il construit son monde contemporain et immédiat.
 
 Tiraillements  donc, entre ce qui est dit et ce que l'on voit sont inséparablement réunis dans un événement unique, mais compliqué, " l’œuvre dans sa plénitude indivisible événementielle".
même si nous percevons cette plénitude dans son entité indivisible, elle est constitué d'éléments  différentiables. 
 
Les comprendre permet de saisir ce qui affecte le sens . Cette diversité se heurte en effet à l’intention immédiate du satiriste et tend à émousser la force de toute revendication (morale ou didactique) que ce dernier aurait en vue.
Bien entendu, ce heurt contribue au succès même.
 
                                  Mais comment tout cela affecte-t-il le public ?
Les critiques et le public se réfugient souvent dans de vagues notions telles que le « sério-comique » pour tenter de défendre les revendications de vérité du satiriste alors que justement, d’autres éléments présents dans la satire indiquent clairement que nous ne devrions pas raisonner ainsi.
 
En réalité, les satiristes ont tous des prétentions (esthétiques) artistiques mais qu’ils mettent également tout en œuvre pour nous faire croire justement, qu’ils n’en ont aucune. 
 
 
La logique de la satire va à l’encontre de tout concept d’« intemporalité » et d’« universalité » : la satire n’évolue a priori que dans le moment présent, elle n’entretient aucun lien avec le passé et l’avenir, et n’a aucune prétention esthétique qui pourrait venir faire obstacle à la ridiculisation recherchée. 
 
Cependant des poèmes usant d'une rhétorique belliqueuse, poésie de l'insulte et de la dérision,  reposant sur l’invective, la raillerie et la satire  s’avèrent problématiques; prétendument vertueux, d'une indignation délibérément affichée avec une prédilection pour la transgression linguistique et souvent aussi morale.
 
Ils font parfois obstacles  à la compréhension.
 
 Les différents publics de ces œuvres sont en effet happés dans ce flot d’invectives à la source de ce rire qui dérange, tandis que l’auteur de ces œuvres a pourtant toujours en vue une cible bien précise qu’il entend bien corriger voire abattre. 
Or, une personne se sentant ainsi visée par cette parole injurieuse, peut elle-même s’offusquer de tant de véhémence et passer alors à l’offensive. 
 
D’autres, par contre, demeureront insensibles aux vitupérations et à la démarche démagogique du dessinateur, ou ne percevront pas, tout simplement – et là réside alors le danger – l’ironie d’un tel discours pourtant à la base de l’humour satirique. 
 
Enfin, cette "poésie" de l’invective demeure si ancrée dans le temps et dans l’espace qu’elle ne s’exporte pas facilement vers d’autres publics ni vers d’autres lecteurs situés ailleurs, dans d’autres lieux et à d’autres époques.
 
La réception et la signification de ce type de poésie changent alors radicalement et conformément à l’évolution des rapports qu’entretiennent la cible visée par ces œuvres et le public. 
                      Comment le public est-il censé répondre à ce genre de poésie ? 
D’autre part, de quel public devons-nous tenir compte – de celui du poète ou de ses différents publics qui viendront bien après lui ou d'ailleurs ? 
 
              C’est bien là, comme souligné plus haut, que réside toute la difficulté.
 
 La contemporanéité                       
 
Parce que la dérision et les insultes concernent effectivement des individus contemporains de l’auteur et des différents publics de son œuvre. L’approche la plus naïve qui consisterait à prendre les poètes au mot – et donc aussi à présumer que son œuvre met véritablement en scène ses réelles inimités et son désir sincère de leur nuire – ne semble significative que lors du vivant de celui-ci. 
Le public contemporain qui connaît les personnes visées par le poète dans ses vers, ou qui a du moins entendu parler d’elles, peut en effet participer pleinement à ce rire vengeur si caractéristique du succès de cette dérision, et ce genre de raillerie semble alors bien « agir » en temps réel. 
Cette efficacité de la moquerie sur le public de l’époque peut s’expliquer de différentes façons. 
Par exemple, les lecteurs riront volontiers et se feront donc complices du poème s’ils croient en effet que son auteur représente bien la réalité d’un « ici et maintenant » qu’ils partagent avec lui.  "Nous te soutenons et nous comprenons ton indignation, et tous ces gens que tu vilipendes ici devraient en effet avoir honte !".
 Naissant donc d’une intention bien spécifique, ces invectives deviennent en outre ici « actes de parole », et dès qu’un public perspicace répond par le rire, nous pouvons affirmer que le dessin est arrivé à ses fins. 
                                                        et demain
Mais sur quoi porte le rire quand le dessinateur et ses cibles ont depuis longtemps disparu ? 
                       Les comprendre permet de saisir ce qui affecte le sens 
Cette diversité se heurte en effet à l’intention immédiate du satiriste et tend à émousser la force de toute revendication (morale ou didactique) que ce dernier aurait en vue.
 
                                      Ecriture du dialogue satirique ( Aristophane)
 
                      Ces scènes se déroulent généralement à une allure soutenue
et les réparties des personnages ne s’adressent qu’aux seuls personnages présents sur scène, et donc uniquement à ceux dont il est précisément question dans la scène qui se joue à ce moment-là sous les yeux du spectateur. Tous les éléments que l’on associe d’ordinaire à la satire sont également présents : indignation qui semble justifiée (avec d’une part, deux antagonistes tout aussi indignés l’un que l’autre, mais selon la mise en scène d’un auteur qui sait d’autre part, orienter nos amitiés dans la « bonne » direction pour que nous puissions, et sans hésitation, prendre parti), discours menaçant et langage obscène. Le discours des différents personnages doit aussi être enflammé et sembler jaillir directement du cœur du locuteur. Cependant, et comme souvent avec la satire littéraire, rien n’est pourtant aussi éloigné de la vérité. Les vers sont en effet habilement façonnés par le poète
 : la métrique est régulière et répétitive, les rimes parfaitement étudiées et la syntaxe hautement élaborée. En bref, deux « réels » ennemis se rencontrant dans l’agora, devant l’étal d’un poissonnier, ne sauraient se quereller de la sorte !
                                La parabase-discontinuité temporelle :
                     Bas les masques ! Les intentions du poète sont dévoilées 
Dans le déroulement traditionnel des pièces, il y a un moment appelé "parabase", une sorte de digression située au milieu de la pièce qui consiste en un discours du choeur où l'auteur fait connaître ses intentions aux spectateurs. Le choeur, seul sur scène,  a ôté son masque, enlevé son manteau. Il fournit au public un moment de détente et une raison de rire, et comme telle, elle nous fait alors aussi comprendre que ce genre de scène est bien la mimèsis (l'imitation) d’une réelle confrontation, et non pas un exemple de cette dernière. 
                         Perplexité - Disjonction entre la parole et le langage poétique,
Origine littéraire et intertextualité : longue tradition littéraire et poétique vient insinuer de la diachronie dans la synchronie et alors même que les revendications impérieuses des personnages semblent, elles, suggérer qu’elles ne souffrent d’aucune intervention et que le public les recevra alors comme telles.
 

Commenter cet article