Notes sur "L'innocence ( de la parole) théâtrale" ( Luc FRITSCH )"Représenter, acter et conjurer"

Publié le par Claire

            Manifeste pour un Laboratoire  sur le théâtre contemporain

                                  La Parole impossible

L'état originel de l'acteur s'apparenterait à celui d'un  être muet : un muet social et individuel. Croire à une éventuelle logorrhée de l'acteur est erroné : même s'il  parle, ce sera à côté, non pas au centre et ce, volontairement. 

A travers l'étude et l'exercice de son métier, son verbe adviendra proféré. L'oscillation entre impossible et possible est un  leitmotiv rythmant tout examen de la condition  de l'acteur. Le plateau ( flanqué de la vie dédiée à la pulsion de créer) construit une parole théâtrale avant tout. Non pas une parole de l'ego qui génère une altération de la pulsion créatrice, qui est l'ennemi de la création et du partage.

 

                     Vie sociale et ludique se cotoient sans cesse.

Toute famille, par exemple, a vécu son lot de dîners au cours desquels les imitations, en présence des originaux fusent, amusant la"galerie". Cette réaction spontanée est perpétrée à des fins avouées ou dissimulées. Réactions et fins justifient la quête théâtrale. Le vécu pur et simple est l'exclusif point de départ de l'enchaînement qui a conçu la dramaturgie qui donne naissance à l'acte dramatique.

Vivre et assimiler les événements qui surgissent enclenche une réactivité qui est soit acceptable, engageant l'intégration des conséquences, soit intolérable, immobilisant ainsi l'individu qui ne parvient pas à dépasser l'élément perturbateur.

L'homme se confronte alors à une problématique qu'il ne peut résoudre  sur-le-champ et qui requiert l'étude, l'analyse, dont  l'objectif est la découverte d'un autre abord qui, lui, va déclencher une réactivité positive.

Avant d'entamer une telle trajectoire, le sujet est dans une impasse, cerné par l'inconnu; il ne possède aucune méthode capable de le libérer de cet enfermement. Toutefois, des protocoles de résolution - de l'état d'enfermement dû à la non-compréhension temporaire de son vécu qui entrave sa progression - sont trouvés dès la formation de clans.

A l'instant où l'individu est cerné, immobilisé dans sa mouvance d'assimilation d'un ou plusieurs événements qui resteront en suspend, il cherchera hors de son présent, dans un ailleurs, une résorption des conséquences. S'il n'a pas pu intégrer l'élément vécu, il a au moins enregistré tout ou partie des contingences qui l'ont plongé dans cette condition. Il s'en souvient. Incapable de trouver  ex abrupto une réponse satisfaisante à ses interrogations, il contourne l'obstacle tout en le mémorisant. Il engrangera ainsi une série de situations, archivant ainsi comme dans un album de famille des problématiques non résolues qui s'avèreront toutes décisives. Un jour ou l'autre, il retrouve chez les autres des constrictions similaires.

Ce stade de conscience est loin d'être un truisme.

L'accumulation des  problématiques non déliées fait les délices des cabinets de psy, La consommation de tranquillisants en est une autre preuve.

Au moment où la mémoire a fonctionné, enregistrant tous les paramètres conjoncturels, les séquelles ont été elles aussi, capitalisées. C'est en partageant avec l'autre les effets et les causes qu'une communion surgit. Grâce à la résurgence du souvenir, l'individu se ré-immerge dans la problématique. Ce premier  partage lui  révèle une délivrance fragmentaire potentielle. Se déchargeant d'un fardeau, la réciprocité offre un vécu rénové....L'individu re-vit différemment l'événement lors de la rencontre avec l'autre, le verbal ou toute autre forme vocale s'initialise, le récit se délivre par bribes appuyé d'une  gestuelle prudente...Au cours de son cheminement l'homme rassemble des congénères qui perçoivent le même malaise que lui issus de sujets similaires et recensés. Verbal et gestes personnels  ne suffisent plus;

Il faut par un recul mental et spatial réévaluer les termes des litiges. Le désir est éprouvé par tous de re-voir ce qui a été vécu, de trouver une autre réactivité que celle vécue par le passé. Une espérance de correction de trajectoire. Obligatoire, ineluctable visualisation, mise en place des données du re-voir. et partage communautaire.

 Partager la vision d'une action est l'acte de naissance du public.

Appétence à  re-voir et re-faire ce qui a été vécu et vu  le re-présentant. Trouver des solutions aux questions et aux dissensions, évacuer ainsi traces, terreurs et angoisses, induit uine nouvelle  donne libérant une vie plus confortable.

3 vecteurs essentiels pour cela : représenter, acter, conjurer. Ils encadrent l'éclosion de l'art de l'acteur.(...)

Notes sur "L'innocence ( de la parole) théâtrale" ( Luc FRITSCH )"Représenter, acter et conjurer"

Publié dans Notes sur le théâtre

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