''Un chouan lorrain'', de Michel Louyot, à la Maison de Verlaine vendredi 24 mars, à 19h. Patchwork de sites internet wikipedia.

Publié le par Claire Antoine

                                      

Écrivain de la frontière, Michel Louyot cherche au moyen de l'écriture un enracinement dans ce que Simone Weil appelle "la partie muette" et qu'il désigne comme "la mitoyenneté" vécue comme valeur, croyant en la fonction créatrice de « la mémoire imaginante ». 

 Commentaire de la citation :  "Il explore la mémoire pour y trouver un point commun entre les deux, celle de l'oncle et celle du neveu,  qui puisse le définir, lui l'instance de narration "neutre"  et lui donner un lieu d'où il pourra parler,  empruntant ses repères « ailleurs » dans le rêve et le sommeil, dont elle est complice et qui s'oppose à « la mémoire témoignante »,  marquée par la problématique de l'exil qui pose la question de la mémoire et de la quête de l'identité.  

Une remontée dans le temps, grâce à deux espaces convoqués  : l'étranger le « je » du narrateur et le « je » de l'intérieur, celui de l'oncle disparu, étranger, car ils ne se connaissent pas et aussi à cause de l' idéologie royaliste, datée, de l'oncle.

La relation oncle/neveu permet à une instance  informelle surplombante et en équilibre sur la  ligne de crête de Derrida, de garantir une distance pour des échanges, une alternance entre les points de vue mitoyens interne et externe. La mémoire permet de trouver un point/un fil commun, un nouveau territoire invisible, appartenant au présent, une identité, à conquérir, que dans tous ses livres, Michel Louyot  recherche et dont il fait un actant, une force agissante et "muette", mais "sensée",  nommée « Lorraine ».  Un « Je » de maintenant, fragile et instable entre deux passés,  autres.  « Je » nécessairement d'hier disparu  mort par la vertu de l'écriture."

                                             Le prix Erckmann-Chatrian pour Un chouan lorrain 

« S’il y a un prix que j’espérais, c’est celui-ci, tant mes attaches lorraines restent fortes, malgré mes trente-trois années vécues à l’étranger. »  

A l'origine de ce prix, décerné chaque année à Metz depuis 1925, figure l'une des plus anciennes sociétés littéraires de France encore en activité, la Société Erckmann-Chatrian, devenue comité en 1925. ( Le prix désigne les noms de deux écrivains lorrains  Emile Erckmann (1822-1899) et Alexandre Chatrian (1826-1890). L'institution avait à l'origine pour mission de défendre et promouvoir la langue française dans l'Alsace-Moselle annexée par l'Empire allemand. 

Le 87e  prix Erckmann-Chatrian ( attribué fin 2016) a été  remis à Michel Louyot,  samedi 18 mars à Corny (- le jury 2016 était  formé de Pierre-Marie Beaude, Roger Bichelberger, Muriel Carminati, Gaston-Paul Effa, Francis Kochert, André Markiewicz, Philippe Martin, Michèle Maubeuge, Robert Scheuer, Gilles Laporte et présidé par Bernard Visse-)  commença sa carrière professionnelle comme professeur de lettres en Moselle et la poursuivit durant plus de trente années en Europe centrale et orientale puis en Extrême-Orient sur l'île de Kyushu, occupant diverses fonctions, Lecteur, Attaché et Conseiller culturel, diplomate. Donc plus de vingt ans en Europe centrale, orientale et en Russie avant la chute du Mur, puis a enseigné la littérature française à l'université de Kurume au sud du Japon.

Il est aujourd’hui installé à Strasbourg et revendique une 'identité "austrasienne" ancrée dans l'Histoire à laquelle "homme de l'Est" il reste attaché. C'est le père du poète Alcide Mara ( Pierre Louyot) -

Les premiers poèmes de Pierre Louyot reflètent ses admirations éclectiques pour Rimbaud, Bukowski, Céline, Cendrars, Thomas Bernhard, et Stendhal. Il entreprit ensuite des œuvres aventureuses comme les "intersignes" formules ou aphorismes, consignées sur des bristols rangés dans des boîtes ou envoyés à ses amis. Un choix en a paru, après sa mort sous le titre Note d'un oisif. Il entretint aussi une correspondance quotidienne avec Jean-Marie Queneau, peintre et fils de Raymond Queneau.  Il choisira de mettre fin à ses jours le 19 décembre 2012.  

et le petit-neveu du peintre Edmond Louyot (1862-1920),

né et mort à La Lobe, commune d´Arry est un peintre lorrain. Spécialiste des scènes de genre et des paysages, il fit carrière en Allemagne. Second fils de Camille Louyot, maire d'Arry à l'époque, Il fréquente l'école primaire d'Arry, puis le petit séminaire de Montigny-lès-Metz. Il décède  à La Lobe, le 17 janvier 1920. Deux de ses tableaux sont conservés au Musée de la Cour d'Or, à Metz

Le titre de Juste parmi les nations a été décerné à titre posthume à son père Lucien Louyot (1914-1947) qui s'est illustré par des faits de Résistance. Il a sauvé des enfants juifs de la déportation,

 

Son œuvre

Prose poétique,

brefs romans initiatiques

et récits imprégnés d'un humour léger caractérisent une œuvre qui se poursuit,

en marge des modes, entre clair et obscur,

vers une sorte de réalisme magique.

Michel Louyot a  écrit de nombreux livres dont le chat de Mara, (Témoignages), 2014, qui évoque son fils,  Alcide Mara. Le roman s’interroge sur les relations filiales.

                                                                        "Un chouan (1) lorrain" Récit bref et dense.

Cri sourd d'un Français ordinaire, d'un vieil homme qui sent le sol s'effondrer sous ses pieds, d'un arbre meurtri par le temps qui dans un ultime élan s'en va quérir dans "les fonçailles" de l'Histoire les signes de sa singularité.  

Le livre  raconte l'hommage d'un neveu à son oncle, dont il doit régler la succession, histoire inspirée de la vie de l'auteur et qui questionne l'identité. Récit largement autobiographique dans lequel il fait dialoguer un Français de l’étranger (lui-même) et un émigré de l’intérieur qui n’est autre que son oncle Paul dont il a été l’exécuteur testamentaire.

« C’est à la fois un formidable portrait d’un vieillard, un royaliste qui s’intéresse à l’histoire et garde La Débâcle (2) de Zola en livre de chevet, et un texte qui pose les questions de l’identité qui agitent la France actuellement »

Un neveu et son oncle. Français de l'étranger. Émigré de l'intérieur. C'est ainsi que chacun d'eux se qualifie. Tout les séparerait s'il n'y avait les liens familiaux. Lorsque l'oncle décède, c'est le neveu, à savoir le narrateur, qui est chargé de régler la succession.

Une occasion unique pour le Français de l'étranger de tenter de comprendre les ressorts secrets de la destinée de l'émigré de l'intérieur.

"Il y avait quelque chose d'à la fois touchant et amusant de voir cet homme de la terre chercher ses mots pour qualifier ses attachements, il parlait de son appartenance, de sa retirance."

Les Chouans (1) étaient les insurgés royalistes combattant au nord de la Loire, en Bretagne, Maine, Normandie et nord de l'Anjou, mais aussi dans des départements comme l'Aveyron et la Lozère, pendant les guerres de la chouannerie. 

le « Chouan », « chat-huant », ou « chouin », la chouette hulotte, dont ils devaient contrefaire le cri  pour se reconnaître... Appellation généralisée aux autres royalistes armés dans les provinces de l'ouest. Sociologiquement les Chouans sont des hommes jeunes et des paysans âgés de  18 à 30 ans, 80 % d'entre eux sont paysans.

(2) Zola  assiste impuissant à l’effondrement de l’Empire et à la déroute de ses armées, qu'il  attribue à l’incompétence de l’état-major, au manque de préparation des troupes et au rôle néfaste joué par l’impératrice Eugénie auprès de Napoléon III.

La  Débacle,  roman qui dit la dénonciation de la guerre et de ses horreurs, se termine, comme Germinal  par une note d’espoir.  Alors que Paris brûle et que Jean vient de perdre à la fois son meilleur ami et la jeune femme qu’il aimait, il a la sensation d’une aurore qui se lève, après la chute de la branche pourrie qui constituait l’Empire : « C’était le rajeunissement certain de l’éternelle nature, de l’éternelle humanité, le renouveau promis à qui espère et travaille, l’arbre qui jette une nouvelle tige puissante, quand on a coupé la branche pourrie, dont la sève empoisonnée jaunissait les feuilles… et Jean, le plus humble et le plus douloureux, s’en alla, marchant à l’avenir, à la grande et rude besogne de toute une France à refaire. »

 

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