L'unanimisme, Jules Romain et les autres (2) Poésie et société - 4 liens 1) franciscombes.unblog.fr '' L'unanimisme (...) des poètes, à l'aube du XXe'' 2) journals.openédition.org : Jacques Coenen-Huther ''J. Romain, ''Poète de la sociologie''; 3) Couverture ''La vie unanime'' Poésie Gallimard; 4) claireantoine .com Mardis-Poésie(1): (...) Le ''Je''du poète s'étend aux dimensions du monde

Publié le par Claire Antoine

Wikipedia - Groupe de L'abbaye  de Créteil 1906 Les premiers membres de l’Abbaye de Créteil en 1907. Au premier plan en partant de la gauche : Charles Vildrac, René Arcos, Albert Gleizes, Henri-Martin Barzun, Alexandre Mercereau ; au second plan : Georges Duhamel, Berthold Mahn, Jacques d'Otémar (cliché Dornac1).

Wikipedia - Groupe de L'abbaye de Créteil 1906 Les premiers membres de l’Abbaye de Créteil en 1907. Au premier plan en partant de la gauche : Charles Vildrac, René Arcos, Albert Gleizes, Henri-Martin Barzun, Alexandre Mercereau ; au second plan : Georges Duhamel, Berthold Mahn, Jacques d'Otémar (cliché Dornac1).

Autre lien possible et éclairantavec un article d' Augustin Voegele intitulé : "Jules Romains, l’unanime et l’unanimisme : du concept condensé au concept dépouillé", du 2 novembre 2015 dont je reparlerai, après l'avoir bien lu, car il est dense.  

Le concept d’unanime est l’œuvre de Jules Romains : le terme désigne toutes les formes collectives d’individualité, tous les groupes doués d’une vie organique et d’une sensibilité semblables à celles de la personne humaine.

le Trésor de la langue française en donne cette définition : Sentiment collectif propre à "un milieu", dans le sens de tout ce qui réunit de façon essentielle, circonstanciellement , de manière durable ou éphémère plusieurs individus » 

                                                   

           (Suite du 3 mai 2016 cf. lien 3/Approfondissement/Ouverture) 

           Quelques notes prises dans le texte de Francis Combe, en lien

                      La poésie met en jeu d'importantes questions philosophiques

 Aujourd’hui où nous éprouvons les limites de l’individualisme, nous aurions bien besoin d’un nouvel unanimisme. Sans laisser de côté tout ce qui fait que l’homme est divisé d’avec lui-même . Oui, l’être humain est un individu singulier, être organique et subjectif, mais il est en même temps un être social, un zoôn politikon,  dont l’essence est faite de « l’ensemble de ses rapports sociaux ». À la poésie d' aujourd’hui  le rôle de dire/exprimer l’individuel et le collectif 

Affinités poétiques avec les  théories unanimistes de Jules Romains :  Une attention à la vie collective et au destin humain, conjuguée, chez lui , avec des convictions pacifistes :  " … Le théâtre, la rue, en eux-mêmes sont, chacun, un tout réel, vivant, doué d'une exigence globale et de sentiments unanimes,"
 
    Les unanimistes sont comme les surréalistes, que l'on connaît mieux, nés du symbolisme
 
                                                      Leurs choix s'opposent 
 
Les surréalistes rejettent avant tout le  réalisme plat, le « naturalisme ». Ils veulent libérer l'image, donner libre cours à leur imagination et rejoignent ainsi les symbolistes en ce qu'ils entendent eux aussi exprimer les « mouvements de l’âme » mais surtout par l’exploration de l’inconscient.
Les "unanimistes" s'ils sont aussi influencés par le symbolisme ( une chose pour en dire une autre, cachée), ils refusent eux de couper les ponts avec la réalité.
Ils sont surtout  influencés par l’Américain Whitman (traduit par  Laforgue) et le Belge Verhaeren, (qui fait entrer dans la poésie française la réalité moderne de la ville « tentaculaire »).
Au départ, ils sont plutôt  contre le vers libre qu'ils réhabilitent assez vite : « C’est le vers blanc, écrivent-ils, qui doit succéder au vers régulier et ...ne pas croire ...qu’il est plus facile rimer un sonnet correct que d’écrire quelques vers libres..." ( dignement poétiques)»
 
Charles Vildrac et Georges Duhamel reprennent alors à leur compte le vers irrégulier et blanc, (déjà pratiqué par certains symbolistes, et des contemporains, comme Francis Viélé-Griffin, Francis Jammes
et  s’en prenant aux « chevilles »du vers régulier classique et à sa « cadence d’omnibus » 
défendent le vers libre à « constante rythmique » qui unit dans le même vers un rythme régulier et un rythme libre. La liberté n’est pas l’absence de règles mais élargissement des possibilités du vers.
    
        L’unanimisme est d’abord le fait de Jules Romains et de son ami George Chennevière, 
Romains a un jour l’intuition que la foule dans la rue n’est  pas composée seulement d’une collection d’individus mais qu'elle forme un seul corps, un être vivant, avec des émotions, des pensées communes.
Il me semble qu’au fond de mes rues
Les passants courent du même sens
Redressent les boulevards tordus ;
Pour que, de moins en moins divergentes,
Malgré les murs, malgré les charpentes,
Les innombrables forces confluent,
Et que brusquement l’élan total
Mette en marche toutes les maisons.

Sentiment d’une force qui naît d'images à rapprocher du futurisme de Maïakovski, ou de l' expressionisme allemand.

Une attention à la vie collective et au destin humain, conjuguée, chez Romains, avec des convictions pacifistes. En 1914 ils s’opposent au nationalisme.  Ils publieront aux Editions du Sablier, avec le soutien de Romain Rolland, une anthologie des poètes contre la guerre dans laquelle on y retrouve Chennevière, Duhamel, Durtain, Louis de Gonzague Frick, Pierre Jean Jouve, Marcel Martinet, Georges Pioch, Maurice Pottecher, Jules Romains, Charles Vildrac, Cécile Périn et Henriette Sauret.                                               

     Extraits de Jules Romains, « poète de la sociologie », article de Jacques Coenen-Huther

"L’unanimisme, lorsqu’on tente d’en faire la théorie, implique deux postulats qu’on pourrait aussi bien qualifier d’articles de foi. Tout d’abord, le postulat de l’unanime, c’est-à-dire la croyance en l’existence d’une réalité collective de nature spirituelle. Ensuite, le postulat de la continuité psychique, c’est-à-dire l’acceptation de la possibilité pour l’individu d’entrer en contact direct, intuitif, avec la collectivité.

Cette réalité collective dont l’individu peut prendre conscience, c’est ce que Jules Romains appelle l’unanime.

Il ne s’agit donc pas – comme le choix du terme pourrait le faire penser – d’un accord unanime des esprits, mais bien d’une réceptivité particulière à l’influence du collectif et d’une absorption de l’individu dans le groupe. On pourrait y voir une forme d’intersubjectivité au sens où l’entend François Chazel lorsqu’il parle d’ajustements cognitifs se déroulant « sur fond d’interaction » et s’opérant « d’autant plus aisément que l’interaction est plus forte entre membres d’un même réseau, voire d’une même collectivité »

Tel que Jules Romains l’expliquait, l’unanimisme correspondait chez lui à une triple motivation profonde : tout d’abord « le désir d’explorer et d’exprimer une réalité très insuffisamment connue ; ensuite, l’ambition de substituer aux anciens dogmes « un nouveau lien de nature religieuse » ; enfin, le besoin de s’évader « des marécages de l’âme individuelle » cf. Bergson, le philosophe des « Données immédiates de la conscience ». Celui-ci en tout cas s’est dit « frappé par ce poème d’une inspiration si originale, tout imprégné d’idées panthéistes » (cité par Rony, 1993).

Quant à Le Bon, il n’hésita pas à déclarer que « les poètes voient fort bien des ensembles que nous analysons fort mal » (...) « l’impression qu’il y a dans ces mystères de la vie sociale de quoi inspirer un poète ; rien de plus naturel d’ailleurs, ajoutait-il, si, comme je le crois, ce sont ces mystères qui sont tout le réel de ce que les religions essayent de traduire symboliquement ».

La Vie unanime Poème  - Citation de la préface de Michel Décaudin : "A l'image de la cellule dans l'organisme, de l'individu dans l'unanime auquel il est incorporé, chaque poème est indépendant et partie d'un tout. Tantôt un titre marque son autonomie ; tantôt quelques mots d'un poème précédent sont mis en exergue, établissant comme un lien organique de l'un à l'autre ; tantôt aussi titre et exergue coexistent. Expériences de l'unanime se juxtaposant, s'emboîtant les unes aux autres, rapports dialectiques de l'individu aux unanimes s'ordonnent dans une unité-discontinuité où se résument toutes les options de Jules Romains."

La Vie unanime Poème - Citation de la préface de Michel Décaudin : "A l'image de la cellule dans l'organisme, de l'individu dans l'unanime auquel il est incorporé, chaque poème est indépendant et partie d'un tout. Tantôt un titre marque son autonomie ; tantôt quelques mots d'un poème précédent sont mis en exergue, établissant comme un lien organique de l'un à l'autre ; tantôt aussi titre et exergue coexistent. Expériences de l'unanime se juxtaposant, s'emboîtant les unes aux autres, rapports dialectiques de l'individu aux unanimes s'ordonnent dans une unité-discontinuité où se résument toutes les options de Jules Romains."