Poème écrit par Claude BILLON à l'occasion de l'hommage rendu à Kléber DROUHIN en juin 2010 au Centre Culturel de Queuleu

Publié le par Claire

 


OUI ,

ceux qui sont partis continuent à nous parler par-dessus notre épaule

à l'heure où tout est formaté dans la frime

mis au formol des formules faciles

des institutions qui zappent la poésie parce qu'elles ont peur de nourrir la liberté comme elles ont du mal à nourrir les pauvres !

 

OUI,

au lieu de compter les parts de marché,

comptez donc sur vos doigts

combien de fois vous avez envoyé une parole belle,

sensible,

amoureuse de l'autre,

un cri d'homme à homme

combien de fois vous avez un peu fleuri en vous

l'esprit de Verlaine...

AH! s'ouvrir à la bonté,

non en messin mesquin,

mais avec les clés de Kléber, OUI :

ouvrir et s'ouvrir à la beauté !

 

A l'heure où l'on vous veut asservis,

bagués,

sans doute pour vous suivre au GPS du nivellement...!

A l'heure où ça caille dans les neurones,

où l'esprit en prend un coup chaque fois dans ses vieilles manies,

vieilles rabâcheries

vieilles canailleries

et qu'on ne sent toujours pas en nous la vie respirante !

 

La poésie n'est la propriété d'aucun propriétaire,

Ses Drôles d'Oiseaux sont la vraie richesse du monde !

Mourir riche c'est avoir vécu comme des clampins,

vivre pauvre

c'est enrichir la vie !

La poésie ne sert à rien, disait Cadou,

mais elle permet l'amitié !

 

Ah! se réunir ainsi c'est se baptiser les uns les autres

et si la vie ne s'attarde pas avec les choses d'hier,

il est bon de se souvenir des personnages singuliers.

 

Kléber-Drouhin avait créé une revue de poésie

qu'il promena durant de longues années

sur le porte-bagage de son vélo

porteur des journaux de la France du Soir

entre la grande fratrie et le grand fatras

il y a place pour les grands petits bonhommes

ceux-là ne tiennent pas la poésie sur la défensive de Vauban,

mais sous la voûte de leurs propres épaules

ceux-là ne font pas claquer leur nom sur la flèche pompidouble,

ils sont les journaliers de l'anonymat...

Rues, venelles, impasses,

Ah ! j'ai des noms sur la langue,

en frère de liberté,

Oui à la rue Kléber Drouhin

A la venelle du facteur Roulin!

A l'impasse du clochard-Depardieu.

Oui, au square Vodaine !

Eux n'eurent pas le temps de chercher des poux sur la tête de l'autre...

Ni des piranhas dans le bassin de l'esplanade,

Eux, si étrangers à la plongée de la beauté humaine dans le mal,

ils baptisèrent leur ville

avec une onde salutaire, fraternelle, POETIQUE

Et s'il revenait ici, chez nous, le pauvre Lélian, quel accueil lui ferait-on ?

Où sont aujourd'hui les témoins du mariage de la poésie avec le grand coeur ?

A force d'aimer Verlaine,

Jean Vodaine,

Kléber Drouhin,

se pourrait-il qu'un petit Prince de l'émotion, ce soir, les réincarne ?

 

 

 


Publié dans Activités diverses

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