Carnets d'eucharis n°24_septembre&octobre 2010, sur Jules MOUGIN texte de Claude DARRAS

Publié le par Claire

Jules MOUGIN à Rognes, en juin 2010 © Photo : Christiane Ardisson  

consulter http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/media/00/01/3528255502.pdf

pdf page 30

 

Photo précédée d'une lecture critique de  Claude Darras dont voici quelques extraits

          Le facteur Jules Mougin Le dernier des écrivains prolétariens

Les décennies n’ont pas altéré l’oeuvre poétique et littéraire du facteur poète.

Au contraire, « l’or du temps », selon l’invention d’André Breton, s’est déposé en elle.

Et il n’a jamais fait aussi beau que dans l’arrière-saison de la Julésie, vocable forgé par l’ami et biographe, le facteur messin Claude Billon,

 une Julésie où les lecteurs - les amis de plume – ne se lassent pas de relire pardessus son épaule

Usines,

La Grande Halourde

 Mal de coeur.

Quant aux correspondants - les amis de coeur - ils rouvrent pieusement les missives si bellement enluminées de dessins au crayon de couleur, à l’encre de Chine ou au brou de noix et oblitérées de la cordiale épigraphe « Merci facteur » afin de retrouver une boussole d’une précision rarement atteinte.

Les latitudes qu’il détermine à travers une correspondance profuse inclinent à la lucidité d’une analyse de nos sociétés et du monde dont il est resté un observateur attentif et intègre. Ceux qui le suivent affectionnent les récits champêtres, lorsqu’il mime la danse bondissante de l’écureuil roux ou les facéties de la tourterelle rieuse en terre angevine.

 

Ils recouvrent des clartés nouvelles à l’entendre argumenter et s’indigner contre la veulerie des temps, la lâcheté de nos contemporains, l’explosion des nationalismes et la barbarie de la guerre.

OEuvres et lettres emplissent les deux cônes d’un sablier, prétendait un savant exégète, l’un ne se remplit que si l’autre s’épuise ?

Je ne le crois pas : l’apport quasi journalier des pensées et des émotions épistolaires n’est pas détourné de l’oeuvre, il la féconde au centuple.

Les travaux plastiques nourrissent la même inventivité protéiforme et procèdent d’un authentique art brut.

 

À la fin des années 1940, Gaston Chaissac et Jean Dubuffet l’encouragent au gré de cette veine créative à l’égal des écrivains prolétariens, fédérés sous le tutorat d’Henry Poulaille et proches du groupe artistique Cobra.

 

Les dessins se comptent par milliers, les peintures et les objets sculptés ou peints (reliefs, boîtes de camembert et cailloux détournés, poupées et autres totems) par centaines, et les lettres (coeur d’une exposition au musée parisien de la Poste en 1994) se chiffrent à plus de 40 000 !


...attrait pour la littérature et ... rencontres décisives. 

 il côtoie l’auteur qu’il place le plus haut au Panthéon des belles-lettres avec Paul Léautaud :

 Jean Giono qui lui dédie Le Moulin de Pologne en 1953... 

 Amitiés tenaces...cercle de ses épistolaires :

 

les écrivains Hervé Bazin, Louis Calaferte, Bernard Clavel, Robert Sabatier,

Georges Simenon,

  les éditeurs Pierre-André Benoit, Robert Morel (et Odette Ducarre) et

Pierre Seghers,

les peintres Bernard (et Annabel) Buffet et Stani Nitkowski,

...

les poètes Jean L’Anselme et Jean Vodaine,...

les photographes Claude Venezia et Pierre Verny.

 

Ces compagnons-là sont fascinés par le rythme majestueux de l’écriture, par la phrase ample et sinueuse, jamais tentée par la digression, allant droit au sujet. Une prose dense et poétique, qui les embarque dans un flot de mots et qui force l’admiration par sa puissance et sa maîtrise. Oui, c’est cela qui les

frappe d’emblée aux premiers chapitres de ses ouvrages comme aux premiers feuillets de la correspondance : Jules Mougin est un styliste.

L’âge a conforté les influences littéraires.

 

« C’est une chance pour un écrivain d’être influençable,... En ce qui me concerne, je suis heureux d’avoir été nourri très tôt par le meilleur de notre littérature. »

 

Au premier rang  Guillaume Apollinaire, et aussi 

... André Faber, ... Georges Perros, Jacques Prévert, Arthur Rimbaud, le duc de Saint-Simon,... Paul Verlaine.

... « Je n’ai d’attache nulle part, reconnaît-il. Ce que je sais de la vie je l’ai appris sur les paliers ou dans les cours des misérables maisons que l’on octroie aux ouvriers. C’est parmi ceux des grandes usines que je fis mes premiers pas et ce sont eux qui m’ont appris à parler ».

...

...le facteur Mougin est inscrit par Henri Mitterand à  son cours de littérature, à l’université Columbia de New York !


Publié dans citations. Notes.

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