RECIT
QUAND LE RIDEAU SE FERME
Prenons le spectacle de fin d'année de l’atelier "théâtre adulte" ( dont je suis l'animatrice
bénévole)d'un des quartiers d'une ville de taille moyenne, mais qui, quand même se prend pour une grande, et où il est fait allusion à des personnages dont la ressemblance avec
des personnes existant "en vrai de vrai" n'est que, fortuite.
Tout ( le spectacle) s'est bien passé, évidemment. Quoique l'évidence...
Ouf, il était temps que cela se termine. Dislocation. Démembrement.
Je reste partagée entre le désir d'être une "bonne fille" bien adaptée, gentille, accueillante, solide, capable, dont on peut dire qu'elle a fait ce qu'elle a pu (elle peut peu, c'est entendu),
acceptée donc par une majorité aux contours flous mais très contraignants que je connais par cœur, (par esprit et même par corps), et celui de ruer dans les brancards et/ou de prendre la
fuite...
Quand je suis confrontée à des gens que, dans ma jeunesse, sous l'influence de mes parents, j'aurais qualifiés d'"effrontés", qui foncent tête baissée, dès qu'ils pensent avoir repéré des
faiblesses, des "incompétences", parce que c'est certain, on n'attendait qu'eux...qui sont accueillis gentiment et qui ensuite sans tenir compte des caractéristiques du milieu dans lequel ils
"s'échouent", jugeant tout à leur aune, sans nuances, en avant toute, mon ego et moi, se montrent intransigeants, voire despotiques, dans tous les cas méprisants, je suis sidérée, blessée.
J'ai pris il ya deux mois la décision de ne pas tout plaquer et de mener le spectacle à son terme, en supportant les difficultés, pour Yann, qui s'engage pour moi dans cette affaire et qui est
pris en quelque sorte en otage (je compte sur l'ancienneté et l'authenticité de nos relations pour un retour à l’équilibre) et j'oubliais, je reste bêtement pour le théâtre...Je comprends un peu
ce que veut dire la phrase : "le spectacle continue". Finalement ce que ces gens et moi voulons, c'est (sans doute au fond pitoyable) nous exhiber et demander à ceux qui prennent sur leur temps
pour venir nous voir, de nous accepter, de nous aimer un moment, de combler nos manques, de nous recoller quelques instants dans le dénuement de la confrontation.
Ces conflits, venant de croisements de demandes "narcissiques" compensatoires, plus ou moins fortes, urgentes et exigeantes, d'accumulations de préjugés, pour certains, les plus agressifs,
sociaux, à n'en pas douter...Ce qui nous donne des remous dans la sphère culturelle. Aïe ! C'est chaud...Escarmouches, à fleurets pas toujours mouchetés...
Tout est prétexte aux échanges muets (parfois), excédés..."encore...ça va être comme ça longtemps, ça va être ta fête, tu vas te faire engueuler...Quelle frime...dans ce quartier proutprout...
(Expression délicieuse) qu'est-ce qui sont cons, y savent pas ce que c'est que le théâââtre. Y faut que je prenne tout en main. Bonjour l'ambiance les copains....franchement, j'ai envie de me
barrer (Mais qu'est-ce que vous attendez donc ????)".
Plaisir...
Je ne peux, ni ne veux, supporter des ambiances pareilles.
Ma manière à moi, il semblerait que j'en aie une, c'est d'être là, d'ouvrir mes capteurs, sans juger, même si j'ai des préventions ou des signaux d'alarme, que je me refuse à interpréter, parce
que je pense à juste titre que je ne sais pas tout, autrement la vie ne serait pas marrante (c'est peut-être ça, mon « péché mignon»...) et je cherche à assaisonner la vie à mon goût. Je
suis aussi très angoissée, et ma seule possibilité, c'est d'attendre, afin que les contours soient dessinés que je puisse les "toucher" en quelque sorte afin d'intervenir et de trouver ma place,
même si c'est moi qui, comme là, "anime les rencontres.
Je refuse absolument de me servir des "trucs" que j'ai pu apprendre dans des stages de gestion de groupes, de conflits et autres boîtes à outils tout cet arsenal destiné à favoriser la
"COMMUNICATION" , et l'emprise sur les autres, la manipulation consciente. Et pourtant, des stages j'en ai subis et même organisés...
Mais c'est vrai aussi que je ne cherche pas à rassurer par des mots convenus. Pour certains il doit être difficile, (voire anxiogène ?) de travailler avec moi. Je revendique le droit à la
spontanéité dans mes réactions. Au cours des répétitions, généralement, j’oublie tout et j’entre en sympathie avec celui qui joue. Je ris spontanément, et souvent. (L’ambition de ce
groupe est précisément celle de faire rire.) J’estime que la concentration dont je fais preuve, au moment des répétitions, pour chacun, ainsi que mes réactions sont suffisantes pour légitimer le
comédien. Je ne lui tape pas ensuite encore dans le dos en lui répétant qu’il a été merveilleux…Ce qui je crois est assez mal perçu par certains qui aiment les compliments, plus que tout.
Evidemment, quand je suis mal à l’aise, fâchée, ça se comprend très vite. Je m’abstiens de toute réaction. J’ai encore d’autres défauts aux yeux de certains. Celui, par exemple
d’accepter jusqu’au dernier moment les changements dans le jeu. Un risque qui vaut le coup, à mon sens. Pour ne pas mourir d'ennui. J’ai entendu dire aussi, au cours de ces dernières
semaines (par des gens arrivés il y a deux mois d’une vraie troupe) que je n’étais pas assez dirigiste avec ces « débutants » (certains travaillent avec moi depuis trois
ans). En gros, je devrais dire ce qu’il faut faire et… on imite…Mais, mon ambition est de les laisser trouver en eux, le « bon » geste, le ton adapté etc. J’attends le
moment où l’acteur (même absolument non-professionnel) et le personnage me semblent enfin faire corps. Quand on me dit, à voix basse mais péremptoire, que seuls des comédiens
chevronnés peuvent réussir un tel travail, je sais que ce n’est pas vrai. Que le temps et les essais successifs, permettent, (bien sûr dans un climat de confiance, et c’est peut-être bien ce qui
a été entamé depuis le mois d’avril, cette confiance) d’obtenir des résultats encourageants. Ils sont parfois déstabilisés, j’en conviens. S’ils ont besoin d’une maman, ou d’un papa…Et pourtant,
normative, ça…oui,…je suis, avec mon bagage littéraire, enserré d’une certaine attirance pour la métaphysique. J’ai besoin, par jeu et par habitude de toujours à chercher les références
livresques.
Et dieu sait que des livres théoriques sur le théâtre, j’en consomme…
Je ne sais pas pour qui j’écris, mais en relisant, j’ai comme l’impression que je cherche à me justifier. Boff. Mais je n'efface pas. Tant pis.
...
Une heure avant le début du spectacle, j'ai fait mes adieux au groupe, que j'ai laissé dans un état d'incertitude, propice à la création, n’est-ce pas ?….
La preuve...c'était très bien. Mes "ficellesdecaleçon", ma bonne Lucie...
Je ne mangerai pas la "pizza" traditionnelle, dans trois jours. Inutile de me téléphoner....Yann non plus.