sur A. Camus "libertaire" extrait d'un texte de Fabrice MAGNONE

Publié le par Claire

Dans le mouvement libertaire, Albert Camus passe moins pour un compagnon de route que pour une sorte de maître à penser, si cette expression n’était pas totalement inappropriée pour des anarchistes. Elle conviendrait mieux à des commissaires politiques de la trempe de Louis Aragon ou Jean Paul Sartre. D’ailleurs, pour les libertaires comme pour beaucoup d’autres, Camus a fini par représenter une sorte d’anti-Sartre, de la même manière qu’André Breton faisait figure de négatif d’Aragon. Dans la préface à la brochure de Teodosio Vertone sur la pensée et l’action de Camus dans la mouvance libertaire, Roger Dadoun insiste sur cette antinomie.

Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse Sartre est du côté des pouvoirs, qu’à sa manière tortueuse ou « dialecticienne », il conforte et révère [tandis que Camus] s’attache à préserver, de toute son énergie, ce qu’on pourrait nommer l’écart libertaire : juste la distance, ou la juste distance, qui permet à l’individu de ne pas se faire l’agent actif ou le complice d’une domination. []

Ce n’est pas le moindre de ses mérites, Camus est l’un des rares intellectuels que les compagnons pourront ranger dans leur camp dans le conflit qui les oppose aux marxistes. Comme le fera Michel Foucault dans les années soixante dix [], il leur fournit les outils théoriques nécessaires au renouvellement de la pensée libertaire. Il les exorte surtout à ne pas céder à la tentation du romantisme nihiliste qui constitue la part maudite de l’idée anarchiste.

Fabrice MAGNONE

Publié dans citations. Notes.

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