Verlaine : parcours de lecture dans "Poésie et Profondeur"de JP Richard.

Publié le par Claire (C.A.-L.)

            2.Bande-portraits-Verlaine 

                                   Portraits inox Verlaine  d'Hubert Pauget

    

              PRISE DE NOTES

 

   dans le chapitre "Fadeur de Verlaine"

 

                  de  Jean-Pierre Richard

 

        Rêverie verlainienne, "experientia interrupta" d'une plongée dans des milieux aveugles.

                                  Acceptation et soumission à l'expérience sensible

Attitude de passivité de Verlaine face aux choses. 

Il ne se projette pas vers elles.

Il attend tranquillement qu’elles se manifestent à lui. 

Et quand enfin elles l’atteignent, elles sont affaiblies, atténuées par les étendues qu’elles ont dû parcourir. 

 

Verlaine a une préférence pour  les sensations épurées, à demi-mortes, 

qui ne contiennent plus leur origine concrète, 

plus aucune allusion à un monde réel,

messagères vides de tout message. 

 

Impossibilité de remonter à la "chose" originelle disparue : le fané verlainien a quelque chose d’irrévocable. 

"Fané", proche de l’extinction, qui tente de s’immobiliser dans un présent vague : il est somnolence.  

                                                Restent les sensations. 

Mais comme il faut quand même exciter la conscience, ne pas la laisser tomber en léthargie  par les bercements de vaguelettes, Verlaine cultive la dissonance, la fausse note. 

Goût pour l’impair, le rejet, le boitillement prosodique, le déhanchement syntaxique, esthétique du mot impropre qui explique le besoin profond de réveiller la conscience. 

Mariage du vague et de l’aigu, jonction de l’indécis au précis.

Mais ce n’est pas une coexistence entre aigreur et douceur, c’est un mélange intime : elles sont contenues l’une dans l’autre, elles s’équilibrent l’une l’autre. 

Séduisant mélange délicieux et dangereux.

La fermeté de la conscience décomposée, dissoute, s’abandonne à ces sensations, ni aigres, ni douces : tentation irrésistible, contagion qui pousse à l'abandon jusqu'aux limites  de l'impalpable, de l ‘inexistence, du vide, du neutre.

 L'esprit envahi par une puissance impénétrable est gagné d’incertitude et d’irresponsabilité. 

                                    La perte du sentiment de soi s'exacerbe.

La langueur verlainienne épuise l’être,  le pousse à bout, le force à se dissoudre et à s’oublier en autre chose que lui-même. Le moi sensible, personnel devient impersonnel. 

Une tristesse anonyme  se communique aux autres consciences dans une naïve immédiateté et  résonne, appel insidieux et indirect, sur un lieu commun de la sensibilité. La conscience est à la fois présente et inconsciente à elle-même. Verlaine est un poète attaché à son propre langage et perdu dans sa langue anonyme. D'ici et d'ailleurs, il se sent vivre hors de lui-même... 

 

                     Piège de l’absence-présence, de l’exil prétendu, de la fausse naïveté.

Mais ...Verlaine n’est pas allé au bout de l’expérience, il ne s’est pas perdu totalement, il n'a pas pu se retrouver. 

     Alors il renonce et brusquement : "Rien de cette fadeur n’était sincère"...

Le responsable de l'échec vécu c'est lui,  l’artifice littéraire. Mais il continue à écrire accusant au bout du compte moins le langage que sa propre faiblesse.

Pour se dégager de la sensation "fanée", l’ignorance indécise va faire place à une foi méticuleuse.

Le pouvoir de la religion vient de son caractère historique, incarné et concret.  

Monde spirituel d’où le hasard et le mélange ont été exclus à jamaisoù les choses s'affirment, où tout devient signifiant et se réaccorde dans l’harmonie d’un ordre divin.


La poésie verlainienne change de cap, didactique et bavarde, elle  développe des thèmes, des lieux communs...


La conclusion : Tragédie d’un être qui a refusé l’expérience sensible en sachant très bien que tout le reste est littérature.

                                                                                19/11/2013

Publié dans Paul VERLAINE

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