Pour Senancour, ( 1770- 1846 ) entre "faire le bonheur de l'homme ou du citoyen", le choix est vite fait : c'est l'homme d'abord.

Publié le par Claire (C.A.-L.)

                                    Le mariage pour  Senancour à travers Oberman ( Lettres )

 

Idéalement : un choix réciproque qui, grâce au sentiment amoureux, permet une harmonieuse articulation entre vie privée et vie publique, pour soi et sa descendance.

 

Le mariage est l'une des institutions sur laquelle Senancour/Oberman s'étend avec une prédilection toute particulière.

Dans les réflexions, d'Oberman, le narrateur en 1ère personne, ( correspondance épistolaire ) on peut certainement, sans trop se tromper, voir le reflet des difficultés conjugales de Senancour, l'auteur. 

De très nombreuses lettres sont consacrées tout autant à fustiger cette institution dans la mesure où elle est une convention purement fortuite et une rencontre d'intérêt, qu'à la louer, si elle correspond aux sentiments profonds des deux conjoints.

Quand il évoque les législateurs qui ont fondé l'indissolubilité du mariage, il reprend quelques mots de HOBBES :

" Si quelques hommes ont été un fléau pour l'homme, ce sont bien les législateurs qui ont rendu la mariage indissoluble afin que l'on fût , forcé de s'aimer." 

Il s'insurge contre les liens du mariage, comme contraintes, dont l'amour serait absent; contre aussi l'institutionnalisation du hasard et des convenances à laquelle se réduit parfois le mariage.

" L'union dans laquelle les résultats de vos institutions nous forcent de suivre les convenances du hasard, ou de chercher celles de la fortune, à la place des convenances réelles; l'union qu'un moment peut flétrir pour toujours et que tant de dégoûts altèrent nécessairement; une telle union ne nous suffit pas..." ( Lettre LXIII )

L'observation du devoir de fidélité dans le mariage est contraire " à l'ordre naturel des choses", cependant, " Le mépris qu'on en fait mène pourtant à l'habitude de n'obéir qu'à l'usage, de se faire à soi-même une règle selon ses penchants, et de mépriser toute obligation dont l'infraction ne conduit pas nécessairement aux peines légales ou à la honte dans la société ".

Par conséquent, ici encore, la licence remplace l'observation trop difficile d'un code trop strict.

Il reproche donc au législateur d'avoir fait des lois trop dures : " vous avez trop étendu les devoirs. Vous avez dit : demandons plus afin d'obtenir assez. Vous vous êtes trompés : si vous exigez trop des hommes, ils se rebuteront."

Il stigmatis el'attitude de la femme qui "trompe celui par qui elle vit et pour qui elle devrait vivre... De tous les engagements, le mariage n'est-il pas celui dans lequel la confiance et la bonne foi importent le plus à la sécurité de la vie ? Quelle misérable probité que celle qui paie scrupuleusement un écu, et compte pour vain mot la promesse la plus sacrée qui soit entre les hommes ! " (id ibid)

 

Mais il dénonce aussi l'attitude de l'homme qui chercherait à séduire une femme en dehors des liens du mariage; "  Quelle moralité voulez-vous attendre de l'être qui s'attacherait à persuader une femme en se moquant d'elle, qui la méprise parce qu'elle a été telle qu'il la voulait, la déshonore parce qu'elle l'a aimé; la quitte parce qu'il en a joui, et qui l'abandonne quand elle a le malheur visible d'avoir partagé ses plaisirs ? "( idibid)

 

En raison de toutes ses difficultés, Oberman insiste sur le fait qu'il doit être un devoir pour chacun de ne pas s'engager dans les liens du mariage sans avoir mûrement réfléchi.

Car le fruit du mariage est l'enfant. " Il faut rendre une femme heureuse et préparer le bonheur de ses enfants : il faut  donc avant tout s'arranger de manière à avoir la certitude ou du moins la probabilité de le pouvoir. On doit encore à soi-même et à ses autres devoirs futurs de se ménager la faculté de les remplir, et par conséquent d'être dans une situation qui nous le permette et qui nous donne au moins la partie du bonheur nécessaire à l'emploi de la vie. C'est autant une faute qu'une imprudence de prendre une femme qui remplira nos jours de désordre, de dégoûts ou d'opprobre; d'en prendre une [ que vous  aurez la tentation de ] chasser iu d'abandonner. Une avec qui tout bonheur mutuel sera impossible."  ( Lettre LXXXVI)

 

Une grande réflexion est donc nécessaire dans le choix d'un conjoint : " Vous pouvez, en route, ne point choisir votre gîte, et considérer comme supportable l'auberge que vous rencontrerez. Mais vous choisirez au moins votre domicile, vous ne vous fixerez pas pour la vie, vous n'acquerrez pas de domaine sans avoir examiné s'il vous convient. Vous ne ferez donc pas, au hasard, un choix plus important encore, et par lui-même, par ce qu'il est irrévocable."

Malgré tout Oberman met en garde son lecteur contre la tentation de l'absolu, la recherche de la "perfection absolue " dans ce domaine :

" Il en faut pas chercher dans les autres ce qu'on n'oserait prétendre leur offrir soi-même, et juger ce qui se présente avec assez de sévérité pour ne jamais atteindre ce que l'on cherche." (id ibid)

                                                                 Et dans son cas à lui...

Il déplore que les circonstances ne lui aient pas permis ce choix raisonnable..."jusqu'à l'âge de n'en plus espérer". 

CAL

 

Publié dans Activités diverses

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