"DEMISSION" courte pièce (2010) en 4 parties "Il aurait fallu lutter, José, cela ne se fait pas..."

Publié par Claire

 Courte pièce  ( appartenant au triptyque  théâtre/récit/journal de bord)

                                          Autour du même événement 

                          Marjorie, ou "le théâtre ?" Elle adore... Zut, quoi !!!! (nouvelle)

       "Mea culpa" mais, bon..."mea" pas seulement... RECIT de Wilhelmine à la première personne

 

                                 PREMIERE PARTIE

 

José et Cyndie; voix off de Bernard

 

Le metteur en scène José (cheveux mi-longs « façon perruque » et grosses lunettes)  lit un texte (le script) dans un coin est assise Cyndie

 

JOSE – Je crois que ça y est. Je pense avoir trouvé.

 

(Cri en coulisses)

 

JOSE – (au bruiteur qui se trouve dans les coulisses) Pas mal…On croirait moi quand je me trompe de robinet et que je me lave à l’eau bouillante …Bernard, pense aussi à trouver un rire de fille pour tout à l’heure…

BERNARD  (off)C’est noté, José.

JOSE – (à Cyndie) Tu as lu cet article, dans le journal d’il y a 3 jours, d’un metteur en scène qui meurt à la fin d’une répétition ?

CYNDIE – José, qu’est-ce que tu racontes ?

JOSE – Je t’assure, Cyndie… Ne blêmis pas, voyons.  Ça c’est passé en Angleterre…je l’ai dans ma poche, tiens, écoute … (Il sort un papier d’une de ses  poches) «  Hier, à Doogloow, le metteur en scène dramaturge Georg Taglee Junior a été retrouvé pendu… »

CYNDIE – Arrête un peu ça, tu veux ?

JOSE – Attends, ce n’est que l’accroche, pour mettre l’eau à la bouche des bons petits lecteurs amateurs de criminel frisson, il y a des  détails… « C’est vers 5 heures, dans le hangar désaffecté qui leur servait de salle de répétitions qu’ Alistair Froven et John Maxtou ont retrouvé, alors qu’ils venaient prendre auprès de lui les dernières instructions concernant le lendemain,  leur metteur en scène et ami  se balançant au bout d’une corde. Ils étaient là depuis bla bla bla bla…La première devait avoir lieu dans un mois etc. etc. »

CYNDIE – Brrr, ça fait froid dans le dos…Pourquoi tu me lis cette horreur ? Je t’aime bien, moi. C’est aux autres, plutôt qu’il faut parler.

JOSE -  Tu as peur de quoi ? D’avoir des envies de meurtre, toi aussi ? L’enquête n’est pas bouclée,  pour ce pauvre Georg…Mais il s’est peut-être bien  pendu tout seul…

CYNDIE - …Où est Monique ? Elle doit venir, aujourd’hui ?

JOSE –  Tout le monde doit venir, aujourd’hui. Tu comprends ? On arrive à la fin. C’est très important que vous vous regardiez jouer les uns les autres, même dans les scènes où vous n’apparaissez pas, pour...

CYNDIE – Excuse-moi de t’interrompre,  brave José la morale, mais moi je le sais  bien tout ça. Parle aux autres.

JOSE – A ceux qui ne sont pas là ?

CYNDIE – Oui. Et c’est un…un  problème. Pas pour moi, mais pour les autres. On en parlait, lundi...

JOSE – Quel problème ? Quels autres ? Je veux des noms.

CYNDIE – Ben, heu…le fait que tu ne sois pas assez...

JOSE – Tu trouves, toi que je ne suis pas assez..., comme tu dis ?

CYNDIE – Je te le répète, pas moi…

JOSE – Ah !  D’accord, d’accord. Tu n’es qu’une porte-parole, en somme, de …

CYNDIE – Tu te fâches. Je le savais. On ne peut rien te dire. Maintenant  je me tais. C’est tout. (Elle  se dirige vers une sortie.)

JOSE – C’est toi qui te fâches. Enfin, moi,… tant que tu t’exprimes sur la scène…Je n’ai rien à redire.

CYNDIE – (se retourne) Justement ça.  Il n’y a que le boulot qui compte pour toi. Tu devrais venir avec nous manger  un truc, de temps en temps. Où est le problème. C’est ta copine qui te l’interdit ?

JOSE – (la suit ; ils sortent) Attends, attends, je  voudrais comprendre, là…

 

 

                                                  DEUXIEME PARTIE

 

                                   Monique et Grégory

 

 (On entend des bruits de pas, des rires)

 

MONIQUE – (porte un sachet qu’elle déposera dans un coin) Il n’est encore pas là. Pourtant ça sent son odeur.

GREGORY – Tu trouves qu’il pue ?

MONIQUE – Oui. Le vieux cigare froid ou je ne sais pas quoi.

GREGORY – Je penche pour le « je ne sais pas quoi » parce qu’il ne fume pas.  Tu ne l’aimes pas beaucoup, hein ?

MONIQUE –Là, tu te trompes. C’est pas une question « d’amour »…Je ne sais pas toi, mais, il n’est pas vraiment compétent, hein…Tu sais, j’ai vu mieux…

GREGORY –Arrête ? Tu crois ? Qu’est-ce qui te fais dire un truc pareil ?

MONIQUE – Je ne veux pas dire qu’il ne comprend rien, mais …qu’il n’a pas,… je ne sais pas …la fibre, quoi.

GREGORY – La fibre ?

MONIQUE – Oui. Le sens du théâtre. Le sens du corps. Voilà, le corps. C’est ce qui manque, chez lui. Il parle, il parle, il explique, des trucs qu’il a trouvé dans des bouquins…Il réfléchit, ça c’est sûr ! Mais il n’est pas assez physique. Il est abstrait.

GREGORY – Je ne comprends pas… abstrait …?

MONIQUE – Fais pas l’idiot. T’as remarqué qu’il ne te touchait jamais ?

GREGORY – J’aime autant qu’il ne me touche pas, remarque.

MONIQUE – Je ne veux pas dire toucher sexuellement, quoique…Le théâtre ce soit ça aussi. Ils ne sont pas fidèles en amour dans ce milieu, ils aiment les expériences, l’éphémère. Papillons qui butinent… (Elle s’approche de Grégory et fait mine de le « papouiller ». Lui,  effarouché,  pousse de petits cris.)

MONIQUE – Bon assez rigolé. Il est où, le José ? Regarde par terre, dans le coin. Une Barbie…Qu’est-ce qu’elle fait là ? Y joue à la poupée ? Oh ! Le vicieux…Je n’ose pas y penser. Tu crois qu’il oblige Francine à …Waouh…C’est chaud…

GREGORY – Du calme. Monique. Tu as oublié que c’est un cadeau que la mère de la pièce va offrir à sa fille pour son anniversaire. Il faudra aussi qu’on pense à du papier  ou à un sachet pour le paquet.

MONIQUE – Tu as raison. Je n’y pensais plus. Mais moi je ne paye rien. Déjà le prix de l’inscription à l’association qui est exorbitant  par  rapport à la qualité  de l’offre… Moi je te le  dis 60 euros c’est cher,… pour ce que c’est ! En plus, je viens d’arriver. Et je dois payer la même chose que les autres là qui ont commencé en septembre…Tu ne trouves  pas ?

GREGORY – Si, un peu, ce n’est pas normal, en fait. Moi, je suis arrivé en décembre et je n’ai pas  encore payé. Si je peux passer à côté.

MONIQUE – Moi aussi, mon Grégory. Il n’a qu’à me le demander, le « metteur en scène ». Le mot m’écorche la bouche. J’en ai vu des vrais, moi, et…

GREGORY – Il n’ose pas, c’est comme pour le corps… Mais, dis-moi, t’es ici pour quoi, finalement ? C’est vrai. Tu es la meilleure d’entre nous. Je dis ça sans te flatter. C’est clair et net. Y a une telle différence entre toi et les autres que je pense que c’est peut-être pour ça d’ailleurs que José est mal à l’aise. Sa Francine, à côté…Et les autres du début, Samia, Martina …Du pipi de chat…

MONIQUE –Tu crois ?

GREGORY – Fais ta modeste, va. Depuis que tu es arrivée. Le niveau… (Il fait un geste qui montre l’augmentation rapide et élevée)…Tu es vivante. Tu déménages. C’est ce que j’apprécie chez toi… (Monique semble vouloir en savoir plus. Ils s’assoient l’un en face de l’autre, pour continuer à converser. On entend des bruits de pas et des voix)

 

                                         TROISIEME PARTIE

 

                   Gregory ; Monique ; Martina ; Samia ; Andrea

 

(Arrivée d’Andréa, de Martina et Samia.  Grégory et Monique se retournent vers elles. Tout le monde s’embrasse, sans trop d’effusions ; sauf pour Andrea et Monique qui se mettent un peu à l’écart. Monique sort de son sac, qu’elle est allé ramasser, une perruque et de grosses lunettes de soleil. Elles rient toutes les deux et disparaissent.)

 

MARTINA – José n’est pas encore là ?

GREGORY-  Non. Ni Cyndie. Je ne sais pas ce qu’ils font. Je n’ai pas vu Francine non plus.

Remarque, Francine…

MARTINA – Quoi ? Elle n’est pas très futfut, mais elle est gentille.

GREGORY – Gentille…Au théâtre, ce n’est pas forcément la qualité indispensable.

SAMIA – C’est important qu’il n’y ait pas que des gens complètement égocentriques, narcissiques et j’en passe…

GREGORY – Tu vises qui ?

SAMIA – Mais personne, Grégory, personne. C’était des généralités. Bien, ta journée ? Je vois que tu  as réussi à venir plus tôt. Qu’est-ce qu’il fait, José ? Je l’appelle. (Elle se retire un peu plus loin pour téléphoner)

MARTINA – (à Grégory) Tu sais ton texte, cette fois-ci ?

GREGORY – Oh ! La méchante. J’ai eu quelques trous de mémoire hier, mais c’est parce que je n’étais pas concentré, à cause de José qui sortait tout le temps et qui avait l’air excité ou en colère. Il est hystérique comme mec. On croirait une femme.

MARTINA-  Goujat. En plus, toi aussi  tu crises, parfois. (Elle fait mine de la frapper avec le texte qu’elle tient dans la main)

GREGORY – Au fait, tu t’es exercée à parler moins vite ? Parce que tu cavales. Le public ne comprendra rien…José ne te l’avais jamais dit ? Monique s’est demandé où elle était tombée, quand elle t’a entendue la première fois.

MARTINA – Elle te fait des confidences ? Vous êtes intimes…Moi qui pensais que tu étais plutôt …

GREGORY – Plutôt quoi ? …Dis-le… Homo, c’est ça ? Et bien, non. Raté. Tu n’es pas la première à le penser. Mais ce n’est pas le cas. Et puis même, qu’est-ce que ça peut te faire ? Aurais-tu des visées sur moi, ma petite Martina ?  Sans rire, je pense, et Andrea aussi, que tu as un potentiel…

MARTINA – Qu’est-ce qu’elle vient faire là, Andrea ?

SAMIA – Il arrive.

MARTINA – Enfin…Ce n’est pas trop tôt. Alors, Andrea…

GREGORY – Tu sais qu’elle a monté des spectacles pendant vingt ans. Elle a dû arrêter parce que sa fille était malade. Chez elle…

MARTINA  et  SAMIA - Chez elle… ?

GREGORY – Oui. On y est allés, hier avec Cyndie et Monique, il y a une assez grande salle où l’on peut répéter…et  une gigantesque glace dans laquelle…

MARTINA - …Tu as pu te mirer tout ton saoul…Je rigole ! Et vous y retournez quand ? C’est pour répéter, quand José n’est pas là ?

GREGORY – Oui.  Et comme en ce moment, il me paraît moins, beaucoup moins motivé…Plus on s’approche du spectacle et plus il semble se détacher de nous. Il est tout le temps de mauvaise humeur.

SAMIA – et nous, on pourrait y aller aussi ? On est exclues, nous deux ?

GREGORY – Non, pas du tout. Au contraire, si on pouvait former une vraie troupe,  pas un machin hybride comme ça. Enfin, il faut  en parler avec Monique et Andrea, elles attendaient encore un peu pour voir ce que vous êtes capables de faire, avant de vous le demander.

SAMIA- Un test de niveau…J’y crois pas. Pour qui elles se prennent ?

GREGORY – Attends, attends, ne te fâche pas, Samia. C’est un peu normal, non ? Elles ne vous connaissent pas. Ce n’est pas avec ce que José nous fait faire qu’on peut se rendre compte.

MARTINA – Remarque quand même qu’on ne vous a pas attendus pour faire des représentations qui tenaient la route. Le public avait chaque fois l’air satisfait.

GREGORY – Non mais, je ne dis pas, mais…vous pouvez encore progresser. Faire des trucs mieux.

(Arrivent Andrea et Monique. Monique est déguisée. Perruque et grosses lunettes qui font qu’elle ressemble à José qu’elle va imiter. Réactions mitigées)

MONIQUE -  Bonjour. Bonjour. Quoi, pas encore au boulot ? On est là pour ça, merde. Tu sais Samia, la dernière fois il me semble que tu n’as pas bien perçu la dimension sociologique du passage que tu nous as joué. Le personnage est urbain tu vois. Le monde bipolaire dans lequel il évolue fait qu’à mon avis, tu devrais entrer à droite plutôt qu’à gauche. Enfin, je ne sais pas, je ne sais plus…Et toi Martina, quand tu lèves la main, fais-le façon « Molière femmes savantes » plutôt que « Marivaux jeu de l’amour et du hasard », tu vois ce que je veux dire ? Allez-y Putain, quoi…

ANDREA – (riant) C’est vrai qu’il est vulgaire, enfin grossier. Il paraît que c’est un ancien prof de français…C’est choquant….Mais bravo, Monique, tu es parfaite. Tu l’as bien repéré. C’est un don, chez toi, l’imitation. Si on s’y mettait, maintenant. N’attendons pas  José. Il a dû avoir un contretemps.

MONIQUE – N’empêche, dans ces cas-là on téléphone.  Allez, allez. Tout le monde en piste, les mignons. Et soyez plus naturels. Tu sais, Samia, dans la scène 2, embrasse-le mieux que ça, ton copain.  Ha ! Ha ! Ha ! Ce n’est pas grave, puisque c’est Martina. Charles  ne sera pas jaloux…

ANDREA – Dites, mes enfants, avant de commencer…  Vous êtes tous d’accord pour venir répéter demain chez moi ? On mangera un morceau après.

CYNDIE – (qui est arrivée entre temps et qui semble  tendue)  A quelle heure ?

SAMIA – Tu étais là ? Je ne t’ai pas vu entrer. Je n'ai paq droit à mon bisou ?(Cyndi s’exécute et embrasse tout le monde.)
CYNDIE - J'étais à côté. je cherchais mon texte. 

MARTINA – Tu n’aurais pas vu José, Cyndie ? C’est anormal qu’il ne soit pas là. Et Francine ? D’habitude, même sans lui, elle vient.

CYNDIE - Il était avec moi. 

(On entend le téléphone dans les coulisses. Bernard, le bruiteur répond)

BERNARD - (off)…Je vais leur dire. D’accord, Francine...Ben, au revoir, alors. On se reverra ? ( il sort des coulissesd'un air contrarié. Ils se regardent sans mot dire. Interrogateurs. )... Qu'est-ce que je fais du rire de fille qu'il m'a demandé tout à l'heure ?

MONIQUE
 - Fais-nous écouter ça, Bernard. On  continue, tu sais. Qu'est-ce qui lui prend ? Jamais vu ça. J'hallucine, hein, Andrea !!!


( On entend un grand rire libérateur dont on ne peut dire s'il est moqueur ou joyeux)

 

                                                              NOIR

 

 

 

                                                Quatrième partie

 

JOSE lit, il est assis

 

Quand je suis rentré, Francine m'a dévisagé. Elle ne paraissait toutefois pas vraiment étonnée. Elle-même, ce jour-là avait refusé de venir à la répétition.  Je devais être pâle, car elle m'a fait m'asseoir et m'a servi un verre d'eau. Je l'ai avertie de la décision que je venais de prendre, dans les coulisses, quand aux côtés  de Cyndie,  j'avais  assisté à leur arrivée. "Je n'ai pas eu envie de lutter. Tout m'est apparu comme tellement dérisoire."
J'ai appris que le spectacle s'était, comme les autres années, très bien passé.  

                                                                                                                                               FIN