Le vrai/faux "problème"d'une écriture"féminine"... La notion de nature ...«écriture féminine» de Merete STISTRUP JENSEN.

Publié le par Claire

Si vous voulez consulter l'article intégral et initial, en voici les références http://clio.revues.org/index218.html
La notion d’«écriture féminine», censée ouvrir sur une théorie générale de la production littéraire des femmes, apparaît vers 1975, quand Hélène Cixous publie La jeune née en collaboration avec Catherine Clément, suivi, dans la même année, de l’essai «Le rire de la méduse» dans un numéro de L’Arc, consacré à Simone de Beauvoir. 

Dans le deuxième sexe, où elle critique la mythologie, l'idéologie, d'une nature féminine, Simone de Beauvoir, l'agrégée normative,  malgré tout, présente avec ironiques délices les clichés qui abondent sur  la production littéraire des femmes. «Il est connu que la femme est bavarde et écrivassière ; elle s’épanche en conversations, en lettres, en journaux intimes. Il suffit qu’elle ait un peu d’ambition, la voilà rédigeant ses mémoires, transposant sa biographie en roman, exhalant ses sentiments dans des poèmes»...«Les femmes ne dépassent jamais le prétexte... Encore toutes émerveillées d’avoir reçu la permission d’explorer ce monde, elles en font l’inventaire sans chercher à en découvrir le sens.  Un des domaines qu’elles ont exploré ... c’est la Nature [...qui ]représente ce que la femme elle-même représente pour l’homme : soi-même et sa négation, un royaume et un lieu d’exil ; elle est tout sous la figure de l’autre »...  =>=> Littérature subjective, limitée qui manque d'envergure démiurgique, se contentant d'un meli melo de sentiments, d'émotions. Du côté du spontané, de la transparence, du naturel, de l'essence, de la passion, de la 1ère personne, de l'oral... versus travail, retenue, raison, universalité, écrit, littérature...  

Le  «féminin» dans l’écriture ? Cixous, dans La jeune née, énumère trois points concernant la féminité dans l’écriture :
en premier lieu
, un privilège de la voix, c’est-à-dire une oralisation de la langue impliquant un rapport moins sublimé à la mère : «Dans la femme il y a toujours plus ou moins de “la mère” qui répare et alimente, et résiste à la séparation»...cf  métaphores : «le lait intarissable», «la femme écrit à l’encre blanche». Et également «un chant d’avant la loi». On peut établir des parallèles entre la conception de la voix chez Cixous et la modalité langagière que Kristeva ( il n'y a pas pour elle d'écriture féminine, mais des particularités stylistiques et thématiques)appelle le sémiotique#le symbolique. Le sémiotique=> oralité, plaisir,  «préalable» à la symbolisation qui concerne les pulsions. = dans le langage poétique... sous forme de rythmes phoniques et de musicalité sémantique. = remonte à structures pré-œdipiennes, processus «sémiotique maternel» # au symbolique, le langage «social», lieu paternel, lieu du surmoi.  D’après Kristeva, la femme reste le support le plus solide de la socialité, mais occulté ou n’apparaissant que dans les ruptures du symbolique, si bien que lorsque «le sujet-en-procès» se découvre séparé (du symbolique), il se découvre en même temps féminin.

12En second lieu, Cixous voit les effets de féminité dans le privilège du corps qui  apparaît dans l’histoire comme un revers : «les femmes ont vécu en rêves, en corps mais tus, en silence». 
L’hystérie traditionnellement allouée à la femme ... signifie la souffrance d’un corps en mal de langage. La souffrance d’un individu qui ne participe que très peu aux échanges symboliques, tout en résistant aux signes qui lui sont imposés. La jonction entre corps et langage, voire la somatisation même, se retrouve aussi du côté des «sorcières», et de façon plus verbalisée chez les «mystiques». Selon Irigaray, le discours mystique est «le lieu, le seul où dans l’histoire de l’Occident la femme parle, agit, aussi publiquement». Cixous veut revaloriser ce rapport au corps, # une forme d’oppression, susceptible de disparaître à mesure que les femmes prennent la parole en leur propre nom.  «Plus corps donc plus écriture». # Style, qui =unicité du sujet individuel= choix actif entre fond et forme dissociés, mais écriture qui est est censée instaurer un lieu pluriel, plus près de l'inconscient, traversée de plusieurs voix, déplaçant le sens habituel des mots, et introduisant une polysémie qui nous fait percevoir le monde autrement. 

15En troisième lieu, Cixous voit les effets de féminité dans la «dépropriation» ou la «dépersonnalisation», c’est-à-dire une subjectivité ouverte, une capacité de s’ouvrir à l’autre, de le voir dans sa fifférence sans  réduire l’autre au même. 

16Historiquement, les femmes ont occupé la place de l’autre dans un rapport hiérarchisé,
faisant du «féminin» quelque chose qui ressemble au «masculin» mais en moins bien, en moins parfait — ou, au contraire, très idéalisé, ce qui revient au même. Revaloriser l’autre dans sa différence signifie donc accorder de l’importance à ce qui dans l’écriture est impropre, ce qui relève de l’hétérogène, du sens indécidable, de l’autre face du texte. Cette inscription de la non-identité est, pour une large part, connotée au «féminin», non seulement chez Cixous, mais aussi, par exemple, dans les lectures déconstructives de Derrida. À la place d’une individualité bien affirmée sera donc valorisé le sujet clivé, pas seulement comme un écho aux théories modernes du sujet (psychanalyse, analyse du discours, critique déconstructive), mais appuyé sur un vécu particulièrement féminin en ce sens que les femmes par l’expérience de la maternité seraient davantage susceptibles de vivre «une subjectivité se divisant sans regret»=> sorte de paradoxe, puisque le refus de l’identité à soi entre dans une logique d’une affirmation du féminin. Dépouillement du sujet, écriture moderne, qu’elle soit écrite par des hommes ou des femmes, et  une forte affirmation identitaire.

La question se pose alors de savoir comment articuler le lien entre un sujet «féminin» qui vient tout juste d’apparaître (La jeune née, La venue à l’écriture) et l’effort — parallèle — de dénaturaliser les dualismes de la métaphysique occidentale, que ceux-ci relèvent des rapports de sexe ou d’autres oppositions.

18D’une part, Cixous souhaite valoriser des notions comme la voix, le corps, la dépropriation dans l’écriture, parce que historiquement, philosophiquement, les effets de féminité se trouvent là, mais cela ne veut pas dire que les femmes ont réellement écrit de ce côté-là, loin de là même. A ce propos, on se rappelle la fameuse note en bas de page dans Le rire de la Méduse, où Cixous dit qu’elle n’a vu inscrire de la féminité dans la littérature française que par Colette, Duras et Jean Genet. A ce niveau, on n’a rien à dire, parce qu’il s’agit en fait, non pas d’une théorie justifiée et documentée, mais plutôt d’une mise en avance d’une poétique ou d’un modèle esthétique bien précis. Ce qu’on peut dire, c’est : pourquoi, en somme, parler des effets de féminitépuisqu’il y a si peu de rapport entre féminité et femmes réelles, femmes dans l’histoire et leur écriture. D’autre part, un glissement ou une certaine confusion se produit sans cesse, dans les textes de Cixous, entre féminin et femme. Ainsi on peut également lire que «s’il y a un “propre” de la femme, c’est probablement sa capacité de se déproprier sans calcul», ou bien «plus que l’homme invité aux réussites sociales, à la sublimation, les femmes sont corps»... ( à suivre dans l'article sus- cité)

 

Publié dans citations. Notes.

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