"Agis dans ton lieu, pense avec le monde" -La pensée du rhizome, chez Édouard Glissant - "Mondialité" contre "mondialisation"

Publié le par Claire (C.A.-L.)

                     

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                                                                                       rhizome

 

         Extraits d'un entretien avec Edouard GLISSANT

         réalisé par Rosa Moussaoui et Fernand Nouvet

Le fondement-racine domine la pensée occidentale, dans son rapport au monde végétal, la déforestation, le déboisement, la sélection de lignée de plantes, mais aussi dans son rapport au monde animal où là encore la culture de la lignée prédomine.

Le rhizome est une tige souterraine souvent horizontale, de certaines plantes vivaces qui diffèrent de la racine en ce qu'il porte des feuilles réduites à des écailles, des nœuds et des bourgeons, qui produisent des tiges aériennes et des racines adventives.

Le rhizome peut même dans certains cas se ramifier considérablement et permettre ainsi la multiplication végétative de la plante, qui devient proliférante ou traçante avec

"des bourgeons au-dehors –[Le rhizome] ne commence et n'aboutit pas, il est toujours au milieu, entre les choses, inter-être, intermezzo. L'arbre est filiation, mais le rhizome est alliance, uniquement d'alliance."

                       comme l'écrivent Deleuze et Guattari 

           Edouard Glissant (1928, Sainte-Marie en artinique - 2011, Paris)

                                   Ecrivain, poète, essayiste 


                Ecrivain de l'universel, une pensée archipélique

   

                                Etes-vous un écrivain francophone ?

Je suis partisan du multilinguisme en écriture, la langue qu'on écrit fréquente toutes les autres.

C'est-à-dire que j'écris en présence de toutes les langues du monde.

Quand j'écris, j'entends toutes ces langues, y compris celles que je ne comprends pas, simplement par affinité.

C'est une donnée nouvelle de la littérature contemporaine, de la sensibilité actuelle : fabriquer son langage à partir de tant de langages qui nous sont proposés, par imprégnation, et par la télévision, les conférences, les musiques du monde, poèmes islandais ou chants africains.

Non pas un galimatias, mais une présence profonde, et peut-être cachée, de ces langues dans votre langue.

 

Comment définir cette " identité relation" que vous opposez à " l'identité racine"?

Édouard Glissant : L'identité relation suppose d'abord que je peux, individuellement ou collectivement, changer en échangeant avec l'autre, sans me perdre ni me dénaturer pour autant.

C'est la première des vérités profondes de notre temps.

La seconde, c'est que le lieu dans lequel je vis est incontournable. Nous ne vivons pas en suspension dans l'air du monde.

Quand nous disons le « tout-monde », ce n'est pas une espèce d'abstraction dans laquelle tout le monde doit se diluer.

Chacun est lié d'une manière ou d'une autre à son lieu. Mais je ne peux l'enfermer dans une définition a priori ni l'interdire à l'autre, aux autres. Dans le monde actuel, un monde bouleversé, complexe, inextricable, où les mélanges se font d'une manière foudroyante, il n'est plus possible de maintenir,

sinon par la force et l'agression,

l'idée qu'une communauté,

une collectivité aurait une identité qu'elle imposerait de manière définitive au reste du monde.


Quelle est cette « mondialité » que vous opposez au procès de mondialisatiion ?

Édouard Glissant : La mondialisation est désormais un fait.

On ne peut vivre chacun isolément: nos destins sont mélangés.

Ce qui se passe en Chine ou au Darfour engage l'avenir de ce qui se passe en Europe ou dans la Caraïbe, et inversement.

La mondialisation, comme phénomène, s'installe, avec ses aspects négatifs.

CONSTATS :

La libéralisation des marchés n'est pas autre chose qu'une entreprise de massacre des peuples.

L'uniformisation des cultures est une gigantesque tentative de stériliser les imaginaires individuels et collectifs.

La loi du profit tue autour de nous les arbres, les fleuves, les forêts, et par conséquent les humanités.

Mais une fois ces constats faits, faut-il, pour lutter, se replier sur son lieu, refuser ce mouvement du monde? Évidemment non !

C'est seulement un imaginaire du monde,

c'est-à-dire une conception de la mondialité,

qui nous permettra de lutter contre les aspects négatifs de la mondialisation.

Je crois qu'il faut adopter le principe : "Agis dans ton lieu, pense avec le monde".

                                              C'est cela la mondialité.

Une politique du monde qui s'oppose aux aspects négatifs de la mondialisation.


Publié dans citations. Notes.

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